EDF craint d'importants manques à gagner dans un contexte de surproduction électrique

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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EDF craint d'importants manques à gagner dans les années à venir si la France tarde à sortir des énergies fossiles pour passer à l'électricité, alors qu'elle est aujourd'hui confrontée à une surproduction électrique du fait de l'essor des renouvelables et d'une consommation atone.

Le géant public français du nucléaire a publié lundi un rapport très attendu sur les conséquences de la modulation, terme technique désignant sa capacité à varier la production de ses réacteurs nucléaires selon les besoins de consommation.

Ce phénomène, qui est aussi vieux que le parc nucléaire français, s'est accéléré depuis deux ans, en raison "du développement des moyens de production renouvelables, solaires et éoliens, en France et en Europe, dans un contexte de consommation atone", souligne EDF.

"Historiquement, le parc nucléaire a toujours contribué à l'équilibre du système électrique français", a rappelé Bernard Fontana, le PDG d'EDF dans le Figaro.

"Il est capable d'ajuster à la hausse comme à la baisse jusqu'à 80% de sa puissance en 30 minutes et cela deux fois par jour", a expliqué Catherine Bauby, directrice de la stratégie d'EDF, à des journalistes.

Depuis les années 2000, elle se maintenait à un niveau stable, mais l'année 2024 aura marqué un "tournant".

Entre 2019 et 2025, les volumes de modulation nucléaire ont "doublé", passant d'environ 15 TWh à 33 TWh en 2025, soit près de 9% de la production nucléaire d'EDF.

Un paradoxe: la feuille de route énergétique de la France (PPE) dévoilée jeudi par le gouvernement prévoit un accroissement sur le long terme de ses capacités de production électrique, notamment dans le nucléaire, pour renforcer sa souveraineté énergétique et réduire sa dépendance aux énergies fossiles (gaz, pétrole).

Celles-ci coûtent de l'ordre de 60 milliards d'euros d'importations chaque année.

Mais à court terme, elle fait face à une surcapacité de production en raison d'une stagnation de la consommation électrique qui s'explique notamment par le retard pris dans le pays dans l'électrification des usages. Autrement dit, la conversion de secteurs dépendants des énergies fossiles à l'électricité (transports avec les voitures électriques, bâtiment avec les pompes à chaleur, industrie avec des fours électriques...).

Cette situation conduit de plus en plus EDF à réduire sa production nucléaire, voire à arrêter des réacteurs quand les énergies renouvelables (éolien et solaire), intermittentes, font le plein, notamment en milieu de journée.

- Manque à gagner -

Dans ce rapport, EDF a donc voulu évaluer les conséquences industrielles, organisationnelles et économiques de la modulation, mais aussi son manque à gagner faute de "débouchés économiques".

En premier lieu, la modulation n'affecte pas la sûreté des centrales, insiste EDF.

En revanche, "la flexibilité accrue demandée" aux réacteurs, mais aussi aux centrales à gaz et aux barrages "d'EDF conduit notamment à un renchérissement des coûts de maintenance de tous ces équipements", souligne l'électricien.

EDF cite en exemple les turbines des réacteurs, dont les contrôles seront plus fréquents - tous les 6 ans au lieu de 10 actuellement - générant ainsi un surcoût de l'ordre de 30 millions d'euros par an pour le parc nucléaire.

"Nous sommes face à un enjeu économique lié à l'usure prématurée de certains équipements, comme les turbines, les pompes ou les alternateurs, et à une réduction de notre production", privant ainsi l'électricien de revenus, a expliqué Bernard Fontana, sans donner de coût global.

Le chiffrage global fait encore l'objet de "travaux" qui sont "en cours de finalisation", explique-t-on.

La modulation s'est invitée dans les débats politiques parfois houleux sur la feuille de route énergétique ces derniers mois, le RN et une partie de la droite estimant qu'elle justifiait de freiner le développement de l'éolien et le solaire, voire un moratoire.

De son côté, le gouvernement a exclu tout moratoire, mais a appelé à accélérer l'électrification des usages - l'encouragement à consommer de l'électricité décarbonée en remplacement des énergies fossiles (pétrole, fioul et gaz ) - en prenant acte des nouvelles prévisions de consommation revues à la baisse par RTE, le gestionnaire du réseau d'électricité à haute tension.

"Pour sortir de cette situation de surcapacités, la priorité absolue, c'est l'électrification des usages", a aussi déclaré lundi Catherine Bauby, chez EDF.

Dans l'intervalle, elle juge nécessaire "d'ajuster le rythme de déploiement des énergies renouvelables", comme le prévoit d'ailleurs la PPE.

Commentaires

Denis
C'est simple. Casser les prix pour favoriser le chauffage électrique. Un radiateur est vite amorti.
Denis
Si la planification énergétique avait été confiée à des industriels au lieu de la mettre dans les mains des écolos du ministère et de l'Europe, cette incohérence aurait été évitée.

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