- Connaissance des Énergies avec AFP
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Les gares vieillissantes de Birmanie sont en effervescence, attirant les voyageurs qui choisissent le train plutôt que le bus ou la voiture, devenus trop coûteux avec l'envolée des prix du carburant due à la guerre au Moyen-Orient.
Lors d'un trajet de la plus grande ville du pays, Rangoun (sud), jusqu'à la capitale Naypyidaw (centre), des journalistes de l'AFP ont pris place dans des wagons climatisés remplis de voyageurs somnolant et partageant thé, riz frit et nouilles instantanées.
Le train n'a jamais été le mode de transport le plus populaire dans le pays, la plupart des rames étant anciennes et peu confortables.
Seuls les habitants des zones rurales misaient depuis longtemps sur le rail bon marché pour se déplacer, en dépit d'attaques ponctuelles.
Des groupes rebelles visent sporadiquement des trains depuis 2021 - quand un coup d'Etat militaire a renversé le gouvernement démocratiquement élu d'Aung San Suu Kyi, déclenchant une résistance armée contre la junte, et la guerre civile.
Mais face aux tarifs des billets de bus qui commencent désormais à 35.000 kyats (14,50 euros), le train devient plus attractif, avec un ticket adulte de première classe adulte 19.000 kyats (7,80 euros).
"Les coûts sont élevés si nous utilisons une voiture", explique Zeya Ko Ko, 28 ans, un passager du train pour Naypyidaw. "Les bus posent aussi problème car le carburant peut venir à manquer dans certaines zones à cause de la crise."
Le train dépasse ainsi une file de camions attendant de pouvoir se ravitailler en essence.
- Difficultés pour se déplacer -
En raison de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran depuis près d'un mois, les prix mondiaux du carburant se sont envolés, le transport maritime international est perturbé et les craintes de pénuries se sont accrues, en particulier en Asie, très dépendante des importations transitant par le détroit d'Ormuz, fermé de facto.
En Birmanie, les prix à la pompe ont grimpé et la junte a instauré des mesures pour économiser le carburant, notamment la circulation alternée pour les véhicules privés.
De longues files de voitures et de motos se forment dans les stations-service à travers le pays.
"Nous rencontrons des difficultés pour nous déplacer en cas d'urgence médicale. Comme les véhicules privés sont soumis à la règle des plaques paires et impaires, nous ne pouvons pas partir immédiatement quand nous sommes malades", déplore Pearl Hmway, une restauratrice de 53 ans de la région de Mandalay (centre), en attendant un train pour rentrer chez elle.
Un responsable de la gare de Naypyidaw a confirmé à l'AFP que davantage de personnes empruntaient le train en raison des pénuries de carburant.
"Le gouvernement a augmenté le nombre de trains programmés en raison de la hausse de la demande", a-t-il déclaré sous couvert d'anonymat, n'étant pas autorisé à s'adresser aux médias.
Selon les passagers, les billets de train partent aussi plus rapidement, rendant les réservations en ligne plus difficiles.
"Le train est plus rapide et il n'y a pas besoin de faire la queue", observe Zanaka, un moine de 26 ans, qui emprunte ce moyen de transport pour la première fois. Il a calculé qu'avec l'augmentation du prix des billets de bus suivant celui du carburant, son voyage lui aurait coûté deux fois plus cher par la route que par le rail.
"C'est pourquoi j'opte pour le train au retour."