- Connaissance des Énergies avec AFP
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Le groupe danois Ørsted, spécialiste de l’éolien en mer, a annoncé ce 2 janvier engager un recours aux États-Unis contre la suspension de Revolution Wind, un parc au large de la Nouvelle-Angleterre présenté comme quasi achevé. La décision contestée a été prise fin décembre par l’administration Trump, au nom de la "sécurité nationale".
Un recours devant la justice fédérale à Washington
Le projet de parc éolien Revolution Wind est développé via une coentreprise 50/50 entre Ørsted et Skyborn Renewables (plateforme de Global Infrastructure Partners, aujourd’hui intégré à BlackRock) et doit alimenter le Rhode Island et le Connecticut dans le cadre de contrats de long terme. Il était censé commencer à produire de l'électricité en ce début d'année 2026.
Ørsted estime que le projet "subit un préjudice important" du fait de sa suspension, et qu’"une action en justice est nécessaire pour protéger les droits". Le groupe danois indique avoir saisi la justice fédérale à Washington (U.S. District Court for the District of Columbia) et demandé une injonction préliminaire contre l’ordre de suspension visant le bail fédéral.
"Revolution Wind a obtenu tous les permis fédéraux et étatiques requis en 2023, à l'issue d'examens approfondis qui ont débuté il y a plus de neuf ans", souligne Ørsted. Les autorités fédérales avaient notamment acté l’approbation du projet à l’été 2023, via un « record of decision » (ROD) signé par le BOEM et d’autres agences.
Ørsted rappelle qu’il s’agit d’un nouvel épisode judiciaire, après une première décision d’arrêt des travaux en août 2025, finalement levée en septembre par un juge fédéral, permettant la reprise du chantier.
Un projet de 704 MW
Situé à environ 15 milles nautiques au sud-est de Point Judith (Rhode Island), Revolution Wind est autorisé pour une puissance installée d’environ 704 MW, avec jusqu’à 65 éoliennes et deux sous-stations en mer.
Les développeurs présentent le projet comme devant livrer 400 MW au Rhode Island et 304 MW au Connecticut, "pour fournir en électricité plus de 350 000 foyers" dans le cadre de contrats d’achat d’électricité de 20 ans. À ce stade, le chantier était annoncé à près de 90% d’avancement (Reuters évoque 87% fin décembre, tandis que le Financial Times indique que 58 des 65 turbines sont déjà installées).
Le montage capitalistique a évolué depuis le lancement : l’énergéticien américain Eversource a finalisé sa sortie de l’éolien en mer en cédant à Global Infrastructure Partners sa participation de 50% dans Revolution Wind (et South Fork Wind), pour 745 millions de dollars de produit brut ajusté, d’après un communiqué de l’entreprise.
Une nouvelle pause décidée au nom de la « sécurité nationale »
Le 22 décembre 2025, le département américain de l’Intérieur avait annoncé la mise en pause immédiate des baux de cinq projets d’éolien en mer de grande envergure en construction sur la côte Est : Vineyard Wind 1 (Massachusetts), Revolution Wind (Rhode Island/Connecticut), CVOW (Virginie), Sunrise Wind (New York) et Empire Wind 1 (New York). Des courriers du BOEM évoquent une suspension d’au moins 90 jours, susceptible d’être prolongée.
Washington met en avant un risque d’interférences radar (« clutter ») liées aux structures et au mouvement des pales, un argument contesté par des élus et plusieurs États concernés, qui soulignent le caractère déjà approfondi des revues menées lors des procédures d’autorisation. Dans ce contexte, le développeur du projet géant Coastal Virginia Offshore Wind (Dominion Energy Virginia) a lui aussi engagé une procédure contre l’administration.
Cette nouvelle suspension intervient alors que l’éolien en mer américain est déjà confronté à l’inflation des coûts, à des tensions sur la chaîne d’approvisionnement et à la hausse des taux d’intérêt, qui ont conduit plusieurs acteurs à revoir leurs portefeuilles. Ørsted a, par exemple, enregistré des dépréciations liées à ses activités américaines, dont Sunrise Wind, avec une dépréciation de 1,6 milliard d'euros annoncée début 2025.
Donald Trump a multiplié, depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, les attaques contre l’éolien, accusé de "tuer les oiseaux", les baleines et de "bousiller le paysage" — une rhétorique déjà associée à des annonces de gel des permis et financements fédéraux, qui ont fragilisé plusieurs développeurs.