Deux trajectoires macroéconomiques et une économie « sous pression »
Dans son rapport trimestriel sur l’économie mondiale, l’OCDE décrit une économie mondiale « sous pression ». L’organisation présente deux scénarios selon la durée des perturbations liées à la guerre déclenchée le 28 février, tout en soulignant que « les effets économiques de ce conflit se feront probablement sentir pendant un certain temps, même après sa fin, compte tenu des mois qui seront nécessaires pour restaurer les infrastructures endommagées et les voies de transport et pour acheminer les produits dans le monde entier ».
Par rapport à une progression mondiale attendue de 2,9% en mars, la croissance 2026 serait ramenée à 2,8% si les perturbations restent limitées dans le temps et si des avancées vers un accord de paix se dessinent. Dans ce cas, l’OCDE anticipe une décrue graduelle des prix de l’énergie à partir de la mi‑2026, un reflux de l’inflation, des taux directeurs globalement stables et un rebond de l’activité à 3,1% en 2027.
Choc d’offre énergétique et tensions d’approvisionnement
La fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran, corridor stratégique pour le pétrole brut, le GNL et certains intrants comme les engrais, renforce les tensions sur l’offre et la logistique. L’OCDE indique que les économies d’Asie, très dépendantes des importations en provenance du Moyen‑Orient, sont parmi les plus exposées, notamment le Japon, tout en avertissant que « l’impact se fera sentir partout ». Sur le plan énergétique, le risque de flambée des prix du pétrole reste central pour l’inflation.
En cas de perturbations prolongées sans accord de paix « pendant encore une bonne partie de l’année 2027 », la croissance mondiale tomberait à 2,1% en 2026 puis 1,8% en 2027. Ce scénario se traduirait par des hausses nouvelles des prix de l’énergie, des tensions inflationnistes accrues, des pénuries d’approvisionnement plus fréquentes et la perspective que « plusieurs économies » entrent en récession ou s’en approchent, avec une montée du chômage.
Zones et pays, révisions ciblées
Dans l’hypothèse de perturbations limitées, l’OCDE abaisse la perspective de croissance 2026 pour l’Allemagne et la France à 0,7% chacune, soit 0,1 point de moins que précédemment. Les États‑Unis se maintiendraient autour de 2% et la Chine atteindrait 4,5%, sous réserve d’un apaisement progressif des tensions sur l’énergie et la logistique.
Avant la guerre, la dynamique mondiale était jugée « relativement solide », soutenue par l’investissement technologique. Depuis, l’accélération des prix de l’énergie et des engrais ampute le pouvoir d’achat, érode la confiance des entreprises et fait réapparaître des difficultés d’approvisionnement. Les pénuries « pourraient être particulièrement préjudiciables pour certains secteurs de croissance de l’économie mondiale, comme l’IA », précise l’OCDE.
Cap de politique économique et réaction syndicale
L’organisation recommande de cibler étroitement et de limiter dans le temps les mesures de soutien aux ménages et aux entreprises afin d’en contenir le coût budgétaire. Elle appelle parallèlement les banques centrales à rester « vigilantes et attentives », en indiquant qu’un ajustement de la politique monétaire serait « nécessaire » en cas de généralisation des tensions de prix ou de net fléchissement de l’activité. Dans le scénario prolongé, l’OCDE envisage des relèvements additionnels des taux directeurs de 0,5 à 0,75 point de pourcentage.
La Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) conteste cette lecture, estimant que l’institution « surestim[e] la résistance de la croissance mondiale à un moment où les travailleurs connaissent une deuxième crise du coût de la vie liée à l’énergie en l’espace de quatre ans ». Pour sa secrétaire générale, Veronica Nilsson, « la solution n’est pas l’austérité, la hausse des taux et la déréglementation, mais l’investissement public, une fiscalité progressive et une transition juste ».
Sur le plan géopolitique, l’OCDE considère pour l’heure qu’une issue négociée reste plausible, tout en soulignant l’incertitude élevée tant que les négociations indirectes entre Washington et Téhéran n’aboutissent pas. Les conséquences logistiques et énergétiques du verrouillage du détroit d’Ormuz demeurent un facteur déterminant pour l’orientation de l’inflation et de la croissance à l’horizon 2027.