Hausse des prix de l'énergie, Ukraine, Chine : l'acier craque

  • AFP
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Hausse des prix de l'énergie, incertitudes liées à la guerre en Ukraine, et surtout ralentissement des investissements chinois ont nettement freiné la production d'acier dans le monde cette année, mettant en pause l'ambitieuse transition énergétique lancée par la sidérurgie européenne.

Au premier semestre, la production mondiale d'acier brut a chuté de 5,4% par rapport aux six premiers mois de 2021, à 1,1 milliard de tonnes, selon l'association World Steel qui regroupe 64 pays producteurs. Le recul est violent en Russie, dans ses satellites (Biélorussie, Kazakhstan, Moldavie, Ouzbékistan) et en Ukraine: la production totale d'acier y accuse une chute de 18,8% à 50,5 millions de tonnes au premier semestre, selon World Steel.

Symbole de cet effondrement, l'usine sidérurgique d'Azovstal à Marioupol, utilisée comme camp retranché par l'armée ukrainienne, a été réduite à l'état de ruine dans les combats acharnés contre les Russes. ArcelorMittal, deuxième sidérurgiste mondial, a par ailleurs annoncé dès le début de la guerre en mars l'arrêt de la principale usine du pays, à Kryvy Rig.

En Europe (27 pays), le recul s'est élevé à 5,6% pour 86 millions de tonnes (Mt) de janvier à juin. Le recul le plus conséquent est chez le premier continent producteur, l'Asie, avec -4,8% à 812,6 Mt. Seul le Moyen Orient tire son épingle du jeu, avec une production en hausse de 4,4% à 25,3 Mt.

Usines arrêtées

"Ce sont les marchés qui baissent, c'est d'abord la demande de nos clients qui baisse, l'industrie automobile par exemple. Et la flambée des prix de l'énergie en Europe est un facteur aggravant", dit ArcelorMittal.

Le sidérurgiste a annoncé le week-end dernier qu'il mettrait à l'arrêt deux de ses haut-fourneaux en Europe, à Brême (Allemagne) à partir de fin septembre, ainsi qu'à Gijon dans les Asturies (Espagne). "Les coûts élevés du gaz et de l'électricité pèsent fortement sur notre compétitivité", a expliqué Reiner Blaschek, le patron d'ArcelorMittal Allemagne.

En France, où le sidérurgiste exploite deux usines, un des trois hauts fourneaux de Dunkerque (nord) est à l'arrêt depuis juillet dans le cadre de la décarbonation du site, et un deuxième le sera pour maintenance pendant au moins six semaines.

Le sidérurgiste a aussi annoncé l'arrêt temporaire de deux lignes de galvanisation de l'acier et une ligne d'agglomération (traitement du minerai de fer) dans le nord de la France ainsi qu'un four de réchauffage à Fos-sur-Mer, dans le sud.

"La Chine qui a été pendant plus de 20 ans le moteur de la croissance de la sidérurgie mondiale en construisant infrastructures, routes, et usines, a annoncé qu'elle allait stabiliser voire décroître sa consommation d'acier", rappelle à l'AFP Marcel Genet, expert en sidérurgie et fondateur de la société Laplace Conseil. Or, la consommation chinoise représentait 90% de la croissance de l'acier des 20 dernières années.

Ce qui place l'acier européen, en pleine transition énergétique, en position particulièrement précaire.

Besoin de renouvelables et de nucléaire

"Jusqu'à l'an dernier tous les sidérurgistes présents en Europe, l'allemand ThyssenKrupp, l'indien Tatasteel ou ArcelorMittal notamment étaient d'accord pour une transition ordonnée du secteur", rappelle M. Genet.

C'est-à-dire en remplaçant progressivement les vieux hauts fourneaux utilisateurs de charbon, qui émettent de l'ordre de deux tonnes de CO2 par tonne d'acier produite, par un principe dit "de réduction directe" alimenté par du gaz. Ce qui permettrait de diviser par deux les émissions de CO2 de la sidérurgie d'ici à 2040, rappelle M. Genet.

L'étape suivante de la transition énergétique était le passage à l'hydrogène dit "vert" (produit lui-même avec de l'électricité d'origine renouvelable) à la place du gaz, dans l'espoir de ne plus générer du tout de CO2 en produisant de l'acier.

Le plan a été validé par la Commission européenne, qui a fait entrer le gaz dans la taxonomie des énergies jugées acceptables pour la transition. Mais la guerre en Ukraine a interrompu tous ces scénarios, car le prix du gaz naturel a été multiplié par 10 depuis un an. "Aujourd'hui, tous les projets de développement de l'acier européen sont en standby", dit M. Genet. Selon lui, "il faudrait accélérer l'arrivée des énergies renouvelables et du nucléaire" si on veut continuer à faire de l'acier en Europe.

Commentaires

Daphné

Les économies d'énergie demandées par les gouvernements tombent un peu à plat. Certes elles peuvent nous faire économiser le GN en réduisant la consommation du GN dans les foyers pour le chauffage et en poussant à la consommation de crudités pour éviter la cuisson(!).( Les défavorisés se font un plaisir de consommer exagérément de l'énergie pour augmenter leurs factures)!! Même sans mesures drastiques, les entreprises réduisent déjà au minimulm leur consommation pour réduire leurs coûts de production.Par contre, l'électricité que nous produisons actuellement ne SE STOCKE PAS! On peut réguler partiellement la production d'énergie dans les centrales nucléaires ou à gaz mais pas dans les énergies renouvelables. Il est temps enfin de mettre en place en urgence le stockage de l'électricité. Actuellement le seul moyen rentable a l'échelle industrielle est le stockage de l'hydrogène par électrolyse à forte température et pression ( HTPE ) Le stockage par batteries au niveau industriel à l'échelle nécessaire n'est pas possible et de plus les éléments des batteries sont tous importés. Nous avons les entreprises qui fabriquent les électrolyseur,s, d'autres qui produisent des contenants étanches et résistants aux pressions et à la corrosion, un réseau de GN installé pouvant accepté 15à 20% d'hydrogène ce qui augmenterait d'autant le rendement du GN donc baisserait sa consommation, une entreprise qui peut installer des distributeurs autonome d'hydrogène vert pour recharger des véhicules à moteur thermique ou électrique par pile à combustible . Au fur et à mesure que nos centrales seront réparées et la sécurité entièrement rétablie , nous pourrons nous attaquer en urgence avant tout autre projet aux problèmes de stockage d'électricité et à investir dans la production industrielle d'hydrogène. Après plus de 20 ans de recherches, les Français en ont les capacités technologiquees et les moyens. Mais nos propres élites scientifiques n'ont pas la confiance des responsables surtout pas nos politiques! On dirait qu'ils leur font de l'ombre! C'est une honte! Qu'on offre de bons salaires aux ouvriers qualifiés dont on a besoin , qu'on les attire dans les filières d'apprentissage dès la fin de l'école obligatoire sans passer par un BAC et un risque de 20% d'échec inutilement humiliant, qu'on instaure des passerelles de formation vers le supérieur à ceux qui le voudront et on verra bien si on manque autant qu'on le dit de main d'oeuvre qualifiée!

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