- Connaissance des Énergies avec AFP
- parue le
La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise énergétique mondiale la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a frappé de nouveau Téhéran lundi matin, promettant "plusieurs semaines de combats".
La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.
En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.
La crise de l'énergie inquiète le directeur de l'AIE, Fatih Birol, qui estime que la planète a "perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.
Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.
"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie", a ajouté le chef de l'AIE.
Comme en écho de ces propos, un important fournisseur d'énergie au Cambodge a annoncé suspendre la vente de gaz de pétrole liquéfié (GPL) à partir d'avril. L'Indonésie envisage pour sa part de réaliser jusqu'à 80.000 milliards de roupies (4,7 milliards de dollars) d'économies pour se protéger des conséquences de la guerre.
- 40 sites énergétiques touchés -
Habituellement très en retenue dans cette crise, Pékin a réagi en mettant en garde contre le risque d'une situation "incontrôlable".
Les Bourses asiatiques ont ouvert la semaine en fort repli. Tokyo a lâché 5% puis terminé en recul de 3,47%. Séoul a sombré de 6,5%.
Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.
Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires dans le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays de la région sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.
Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point, plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.
- "Encore plusieurs semaines" -
Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.
La nuit a aussi été le théâtre d'attaques aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et en Arabie saoudite.
Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.
L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.
Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah.
Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé un "prélude à une invasion terrestre" et "une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.
Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien, Téhéran poursuit attaques et menaces.
Samedi, deux frappes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.
Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".
burx-jnd-dla/hme