Interception en Atlantique et contrôles en cours

Dimanche, à plus de 400 nautiques à l’ouest de la pointe bretonne, des équipes de la Marine nationale sont montées à bord du Tagor, en application de la convention de Montego Bay sur le droit de la mer, en raison de doutes sur la réalité du pavillon affiché. Parti de Mourmansk et annoncé à destination de Limbé (Cameroun), le navire arborait le pavillon camerounais jugé suspect par l’autorité maritime. « L’examen des documents a confirmé les doutes quant à l’irrégularité du pavillon arboré », a indiqué la préfecture maritime de l’Atlantique, qui a signalé les faits au procureur de Brest, compétent en matière maritime.

Le chef de l’État a confirmé l’opération lundi et déclaré : « Il est inacceptable que des bateaux contournent les sanctions internationales, violent le droit de la mer et financent la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine depuis plus de 4 ans ». Il a souligné que la « détermination » de la France à lutter contre cette flotte était « constante et totale ».

Le bâtiment compte 23 membres d’équipage, sans nationalités précisées, et est escorté vers un point de mouillage pour poursuite des vérifications. Compte tenu de la distance, l’acheminement devrait prendre « 24 à 48 heures », selon la préfecture maritime, qui précise que le pétrolier était « quasiment vide » au moment de l’arraisonnement.

Le système d’identification automatique (AIS) du Tagor n’émettait plus depuis environ une semaine, période durant laquelle il évoluait au large de la Norvège, selon le site Marine Traffic. Le porte-parole de la préfecture maritime, le capitaine de frégate Guillaume Le Rasle, a expliqué que « ce qui a déclenché (l’arraisonnement), ce sont les doutes sur la régularité du pavillon » et qu’il s’agit d’un navire « suivi, connu » ; la décision de déroutement a été prise dimanche soir afin de « vérifier la véracité de son pavillon ».

Un navire sous sanctions et à pavillons multiples

Selon l’AFP, le Tagor est visé par des sanctions de l’Union européenne, des États-Unis et du Royaume-Uni. Il a changé à de multiples reprises d’immatriculation, arborant notamment les pavillons de Madagascar, des Îles Marshall ou du Panama.

Soupçonné de transporter du pétrole russe ou iranien malgré les régimes de sanctions, le navire serait lié, d’après le site Opensanctions.org, à l’homme d’affaires Mohammad Hossein Shamkhani. Celui-ci est présenté comme le fils d’Ali Shamkhani, proche conseiller de l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, tous deux tués en février au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran. Sollicitée sur ce point, la préfecture maritime de l’Atlantique n’a pas commenté.

Série d’interceptions et réponse française

Cette opération constitue la quatrième interception en mer par la France depuis l’automne 2025 d’un pétrolier associé à la « flotte fantôme », après le Boracay arraisonné en septembre 2025 au large d’Ouessant (Finistère), puis le Grinch et le Deyna immobilisés en Méditerranée en janvier et en mars 2026. Les trois navires avaient été retenus avant de repartir, les deux derniers après paiement d’amendes.

Pour renforcer la répression, la France a annoncé le 8 avril le doublement des peines applicables en cas de défaut de pavillon et de refus d’obtempérer, afin de lutter plus efficacement contre ces pratiques maritimes. Le parquet de Brest a été saisi et n’avait pas réagi dans l’immédiat.