La géothermie encore trop marginale malgré ses « atouts majeurs », déplore la Cour des comptes

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Vue de la centrale géothermique de Bouillante

Vue de la centrale géothermique de Bouillante (©EDF-Paul Véronique/Graphix)

La géothermie reste, en dépit de ses atouts, marginale en France, où elle ne représente qu'environ 1% de la consommation finale de chaleur, observe la Cour des comptes qui préconise de lever les freins structurels à son développement et de simplifier des procédures trop complexes.

Une énergie renouvelable disponible en continu

La géothermie, qui consiste à valoriser la chaleur naturelle du sous-sol sous forme d'électricité ou de calories, est une "énergie locale, renouvelable, décarbonée et disponible en continu" qui "dispose d'atouts majeurs pour la transition énergétique", fait valoir la Cour dans un rapport publié mardi.

Pourtant, souligne-t-elle, les soutiens publics mobilisés n'ont pas permis, à ce stade, de lever les freins structurels à son développement: les coûts initiaux des projets, les risques techniques et géologiques et la complexité des procédures et des cadres d'intervention.

"L'atteinte des objectifs repose moins sur une hausse des aides que sur une meilleure organisation et priorisation des soutiens, une gestion plus claire des risques, un renforcement de la connaissance du sous-sol et la mobilisation d'innovations aujourd'hui matures", estime la Cour.

3 techniques

La Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), feuille de route énergétique de la France, se donne pour objectif de multiplier par quatre la production de chaleur géothermique en France métropolitaine d'ici 2035. En 2022, la chaleur représentait près de 45 % de la consommation finale d'énergie mais était majoritairement d'origine fossile (environ 73%).

Il existe trois techniques de géothermie. Celle dite "de surface" permet de faire du chaud et du froid en utilisant la température du sous-sol à moins de 200 mètres de profondeur. La géothermie "profonde" consiste à aller chercher de l'eau chaude à 1 000 ou 2 000 mètres de profondeur, où la température de l'eau varie de 80 à 150 degrés. Enfin, la géothermie de haute énergie consiste à aller chercher de la vapeur à des températures supérieures à 150°C dans les zones à volcanisme actif. Elle est présente en Guadeloupe et aux Antilles.

Celle de surface reste peu développée en France, notamment dans le logement collectif, malgré des performances environnementales et énergétiques élevées, pointe le Cour des comptes en préconisant la simplification des règles, la priorisation des soutiens et le développement d'outils organisationnels et juridiques plutôt qu'une augmentation des subventions.

« Un enjeu stratégique pour les territoires ultramarins »

La géothermie profonde "reste pénalisée par des investissements initiaux très élevés et des incertitudes sur la ressource géologique", poursuit la rue Cambon, qui propose de "lever les freins économiques, d'adapter la filière à une montée en puissance rapide des projets et de réduire la lenteur des procédures administratives".

Elle recommande, entre autres, de préciser la doctrine de couverture des risques et de renforcer la connaissance du sous-sol.

La géothermie de haute énergie "constitue un enjeu stratégique pour les territoires ultramarins" mais il faut "structurer les outils de planification, notamment le cadastre géothermique".

Commentaires

DI STEFANO
Oui, en effet c'est bien dommage que la géothermie soit sous exploitée en France Métropolitaine. je pense que le plus gros frein est bien la longueur et la complexité des procédures administratives nécessaires en préambule au démarrage operationnel des projets.
Rochain Serge
Deux blocages dont l'un est une consequence de l'autre : 1) Le poids en France du lobby nucléaire bloque tous développements de sources énergétiques qui feraient de l'ombre au nucléaire. Le seul qui soit passé à travers les chausses-traps du nucléaire est l'hydoélectricité parce qu'elle lui est antérieure et que le nucléaire a du s'appuyer sur elle pour résoudre les problèmes d'équilibre du réseau face aux variations de la puissance consommée relativement rapide durant le cycle diurne pour lesquels le peu de souplesse du nucléaire le rend impuissant. La seconde raison est celle dénoncée ci-dessus par Di Stefano, mais elle n'est que la conséquence de la puissance du lobby nucléaire dont les ramifications politiques influencent jusqu'à pouvoir imposer les procédures concernant le domaine de la production d'énergie.
ThB
Quand un pays comme la France mise à 70 % sur le nucléaire pour son électricité, il ne faut pas s’étonner de voir les énergies renouvelables asphyxiées financièrement.
Le nucléaire se comporte comme un trou noir budgétaire :
il engloutit des milliards d’euros en subventions, en grands projets (comme l’EPR de Flamanville, dont le coût a explosé à plus de 12 milliards) et en maintenance d’un parc vieillissant, ne laissant que des miettes aux autres comme le précise la Cour des Compte pour la géothermie en particulier. Pour se faire son lobby phagocyte le débat public.

Pendant ce temps, l’Allemagne, qui a choisi de sortir du nucléaire, investit massivement dans les énergies vertes et crée des emplois locaux, tout en réduisant sa dépendance aux importations. En France, le débat est étouffé : les choix énergétiques sont verrouillés par des lobbies puissants, et les alternatives peinent à émerger, faute de moyens.
Résultat ? Une transition énergétique à deux vitesses, où le nucléaire reste roi… mais à quel prix pour l’innovation et l’indépendance énergétique ?

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