- Connaissance des Énergies avec AFP
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Après des années de rapprochement diplomatique prudent avec Téhéran, les tirs de missiles et de drones iraniens viennent doucher la stratégie d'apaisement des pays du Golfe, et ouvrent la perspective d'une confrontation militaire, selon des experts interrogés par l'AFP.
Ils ont tenté en vain de peser sur Washington pour écarter l'option militaire et se retrouvent désormais en première ligne. Avec un dilemme: riposter et risquer l'escalade, ou rester sur la défensive.
"Les pays arabes du Golfe sont sur la ligne de front d'une guerre qu'ils ont essayé d'éviter", résume l'expert Hasan Alhasan, de l'Institut international des études stratégiques (IISS).
Dans ces conditions, poursuit-il, "un débat se fait jour dans les capitales de la région sur les mérites de la patience stratégique et de la retenue".
Les attaques ont fait trois morts aux Emirats sur un total de huit dans les Etats du Golfe, et provoqué des dégâts et incendies dans des sites aussi emblématiques que The Palm, l'île artificielle emblématique de Dubaï.
Un coup dur pour ces destinations réputées parmi les plus sûres du Moyen-Orient et abritant des infrastructures énergétiques vitales pour la production d'hydrocarbures mondiale.
- Ryad prêt à riposter? -
En Arabie saoudite, l'ambassade américaine a dû fermer ses portes mardi après l'attaque de deux drones. Et la veille, une importante raffinerie avait dû interrompre des opérations.
Les militaires saoudiens ont relevé leur niveau d'alerte, a indiqué à l'AFP une source proche de l'armée, et une autre a dit prévoir une riposte militaire si les infrastructures pétrolières étaient visées.
"L'Arabie saoudite, si ce n'est le Golfe dans son entier, prépare une réponse à l'Iran. Elle ne peut pas ne rien faire après avoir été attaquée", estime Farea Al-Muslimi, un chercheur du programme de Chatham House pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord.
Dans un accord conclu par l'entremise de la Chine, Téhéran et Ryad avaient convenu en mars 2023 de restaurer leurs relations et de rouvrir leurs ambassades respectives, marquant un réchauffement significatif entre les deux rivaux.
Selon Hesham Al-Ghannam, un expert en sécurité saoudien, Ryad a "dénié l'accès à son espace aérien et aux bases, montrant sa neutralité à Téhéran" avant le lancement de l'attaque israélo-américaine samedi. Mais "l'Iran a malgré tout frappé son territoire", faisant peu de cas de cette précaution.
- Les Emirats sur une "posture défensive" -
Aux Emirats, des drones ont touché des raffineries ainsi qu'un parking adjacent au consulat américain de Dubaï mardi. Et là aussi des débris d'interception ont mis le feu à des installations pétrolières, selon les autorités.
Le pays dit avoir été ciblé par plus de 800 drones et 200 missiles depuis samedi, faisant les frais de l'essentiel de la riposte iranienne dans le Golfe.
Pourtant, comme dans le cas de Ryad, les relations s'étaient apaisées ces derniers temps: les Emirats avaient rouvert leur représentation diplomatique en Iran en 2022 après des années de tension.
Pour le politologue basé aux Emirats Abdulkhaleq Abdulla, la relation avec l'Iran a atteint son point "le plus bas", et le pays est désormais perçu comme "une sorte d'ennemi, un agresseur".
Mardi soir, les autorités émiraties ont toutefois réaffirmé ne pas avoir l'intention de "modifier leur posture défensive".
- Pour le Qatar, les lignes rouges "franchies" -
Quant au Qatar, jusqu'à présent réputé pour avoir les relations les plus étroites avec la République islamique, il a annoncé lundi avoir abattu deux bombardiers Su-24 iraniens, un tournant.
Auparavant, QatarEnergy, l'un des principaux producteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, avait dû suspendre sa production après que des drones avaient visé deux de ses sites clés.
Se partageant avec l'Iran le plus important champ gazier au monde, Doha avait décidé de maintenir des relations avec Téhéran bien qu'il ait été visé par des roquettes iraniennes lors de la précédente guerre lancée par Israël, en juin 2025.
Les lignes rouges du Qatar "ont d'ores et déjà été franchies", a averti mardi un porte-parole de la diplomatie, Majed al-Ansari. "Nous nous réservons le droit de répliquer", a-t-il dit, et "nous examinons toutes les options".
