Déchets radioactifs: l'enquête publique pour Cigéo débute lundi

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Evoqué et controversé depuis plus de 30 ans, le projet Cigéo d'enfouissement de déchets hautement radioactifs entre lundi dans une étape clef, avec le début dans la Meuse et en Haute-Marne de l'enquête publique, préalable à son éventuelle autorisation par le gouvernement.

Des milliers de pages de documents sur ce projet porté par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) seront mises à disposition dans les mairies des communes concernées, et chacun pourra produire des observations ou poser des questions jusqu'au 2 juillet.

A partir de 2050, ce projet vise à enfouir à 500 mètres sous terre, près du petit village de Bure, quelque 83.000 mètres cubes de déchets de centrales nucléaires devant rester hautement radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d'années.

Pour la préfète de la Meuse, Anne-Florence Canton, les "enjeux sont beaucoup plus larges" pour les deux départements concernés que le seul projet d'enfouissement, citant "le développement territorial, la formation, l'emploi, la fiscalité" ou encore le logement.

L'Andra a déposé en janvier 2023 une demande d'autorisation de Cigéo, mais son acceptation par le gouvernement est conditionnée à plusieurs étapes administratives, dont l'enquête publique.

- Avant l'élection de 2027? -

Celle-ci doit aussi permettre d'évoquer le coût du projet. Récemment revu à la hausse, il est désormais officiellement estimé par l'Etat à 33,36 milliards d'euros, au lieu des 25 milliards envisagés en 2016. Près d'un tiers de cette enveloppe correspond au coût de la phase de construction initiale et au "coût de la fiscalité" dû par l'Andra.

Pour les opposants à Cigéo, cette nouvelle évaluation représente "une arnaque de plus".

Vingt-huit associations, antinucléaires et locales, ainsi qu'une soixantaine de requérants individuels ont tenté cette semaine de bloquer en urgence, devant la justice, l'ouverture de l'enquête publique. Le tribunal administratif de Nancy a cependant rejeté leur demande mercredi.

L'enquête publique est certes un "préalable obligatoire" au feu vert gouvernemental, mais elle n'a "ni pour objet, ni pour effet" d'autoriser le projet, a rappelé la juridiction, pour qui les opposants pourront précisément utiliser ce cadre pour formuler leurs objections.

"Nous n'avons pas dit notre dernier mot", ont réagi les militants anti-Cigéo, qui craignent que le démarrage dès ce printemps de l'enquête publique débouche sur un décret d'autorisation de création avant l'élection présidentielle de 2027.

- Encore un long chemin -

Le Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) dénonce aussi une "mascarade démocratique", face notamment à l'absence de réunion d'information en présentiel. Seules deux sont prévues en visioconférence, les 3 et 15 juin.

Par le passé, des opposants avaient perturbé des réunions publiques en présentiel.

La contestation du projet est ancienne, depuis sa genèse. En septembre, environ un millier d'opposants avaient manifesté à Bure. Ils étaient une petite centaine, mi-avril, à marcher et à dire adieu à la gare de Luméville-en-Ornois, haut lieu de la lutte, désormais propriété de l'Andra suite à une procédure d'expropriation.

De nombreuses phases techniques et réglementaires doivent encore jalonner ce projet hors norme qui doit s'étaler sur un peu plus de 150 ans, de sa construction jusqu'à la fermeture définitive du stockage dans les années 2170.

S'il est autorisé, le projet débutera par une phase pilote "permettant de conforter le caractère réversible et la démonstration de sûreté de l'installation, notamment par un programme d'essais", selon la loi.

Le site a été pensé pour accueillir les déchets existants et futurs des installations nucléaires déjà autorisées à fin 2016, ce qui comprend les réacteurs actuels d'EDF dont l'EPR de Flamanville, les sites d'Orano (cycle du combustible) et du CEA (recherche), mais pas ceux issus de nouveaux réacteurs. Toute extension de capacité devra faire l'objet d'une nouvelle autorisation.