- Connaissance des Énergies avec AFP
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Donald Trump a perdu un défenseur des baisses de taux d'intérêt au sein de la Réserve fédérale américaine (Fed): un haut responsable a expliqué vendredi qu'il redoutait désormais une inflation durable du fait de la guerre au Moyen-Orient.
"Il y a deux semaines", Christopher Waller envisageait encore de voter pour une détente monétaire, a déclaré ce gouverneur de la banque centrale des Etats-Unis, sur la chaîne de télévision économique CNBC.
Mais depuis, "le détroit d'Ormuz est resté fermé, il semble que le conflit va se prolonger et que les prix du pétrole vont rester élevés plus longtemps. Donc cela suggère que l'inflation est davantage un motif d'inquiétude que ce que je pensais".
M. Waller est considéré par les observateurs de la Fed comme une "colombe", c'est-à-dire comme un responsable plus soucieux de soutenir l'activité que de lutter contre l'inflation.
Il a voté à contre-courant (pour une détente monétaire plutôt qu'un statu quo) plusieurs fois ces derniers mois, le plus récemment lors de la réunion de janvier.
Cette semaine, la Fed a laissé ses taux directeurs inchangés par onze votes contre douze. M. Waller a rejoint l'avis de la majorité.
Son cas est singulier.
Docteur en économie aux origines modestes, il mêle démonstrations articulées et propos sans fard.
Il est gouverneur depuis 2020 - Donald Trump l'avait désigné du temps de son premier séjour à la Maison Blanche - et il était cité comme l'un des favoris du milliardaire républicain pour prendre la tête de l'institution monétaire au printemps, à la fin du mandat de Jerome Powell.
M. Trump, qui réclame des taux beaucoup plus bas, lui a finalement préféré l'ex-gouverneur Kevin Warsh.
L'an dernier, quand le président a fortement relevé les droits de douane sur les produits importés, Christopher Waller a soutenu que la Fed pouvait considérer tout rebond inflationniste comme de courte durée, "passager".
La situation est "très différente" avec la flambée sur les prix de l'énergie, a-t-il expliqué vendredi.
"Quand vous imposez un droit de douane sur les jouets, ça ne va pas se répercuter sur les coûts de tous les produits, mais le pétrole, c'est un produit intermédiaire essentiel et cette hausse finira par être répercutée ailleurs, et c'est là qu'on craint un choc pétrolier important et persistant", a-t-il enchaîné.
"Ce n'est pas comme une hausse passagère qui redescend aussitôt", a-t-il insisté.
Il n'en est toutefois pas du tout au point de plaider pour une hausse des taux de la Fed, seulement pour un statu quo.
- "Cerveau" contre "tripes" -
Il estimait jusqu'alors que la banque centrale devait être plus accommodante pour soutenir la croissance et le marché du travail.
Christopher Waller a dit vendredi que les données autour de l'emploi américain l'obligeaient à se remettre en question.
En moyenne, les Etats-Unis n'ont quasiment pas créé d'emplois ces trois derniers mois. Le pays reste néanmoins proche d'une situation de plein-emploi avec un chômage à 4,4%.
"Cela fait 45 ans que je suis économiste et on ne m'a jamais dit que zéro (création d'emploi, NDLR) pouvait être normal", a lancé le gouverneur.
Cependant, "beaucoup de recherches récentes indiquent que la croissance de la main-d'oeuvre sera nulle ou quasiment nulle cette année", ce qui implique que le taux de chômage peut rester stable même sans créations d'emplois.
"Je me retrouve dans cette situation un peu bizarre", a décrit Christopher Waller, "mon cerveau comprend la logique mathématique, mais mes tripes me disent que ça ne peut pas être une bonne chose."
Cette stagnation de la population active est largement imputée aux politiques migratoires très dures du gouvernement Trump.
Les Etats-Unis n'ont jamais "connu dans l'histoire" ce genre de configuration, a souligné le président de la Fed en conférence de presse cette semaine.
"C'est quelque chose que nous surveillons de près et qui, vous savez, nous préoccupe. Mais en fin de compte, on peut faire le constat que c'est la conséquence d'une politique délibérée (...) en matière d'immigration", a conclu Jerome Powell.