Négociations incertaines et risque sur le détroit d'Ormuz
Lundi, le marché a réagi à la perspective d’une suspension des discussions indirectes entre Washington et Téhéran destinées à mettre fin au conflit au Moyen‑Orient, élément jugé clé pour un apaisement des tensions d’approvisionnement. « Le marché attend un accord depuis plusieurs semaines, en vain », indique Andy Lipow, de Lipow Oil Associates.
Donald Trump a affirmé sur Truth Social que « les discussions continuaient à un rythme rapide avec la République islamique d'Iran », contredisant l’agence iranienne Tasnim qui a évoqué une rupture du dialogue, notamment en raison de l’offensive israélienne au Liban. Pour les opérateurs, l’hypothèse d’un accord imminent s’éloigne, tout comme celle d’un retour à la normale des exportations d’hydrocarbures du Golfe via le détroit d'Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite en temps normal près d’un cinquième du pétrole mondial et que Téhéran contrôle depuis les premières frappes israélo‑américaines en Iran, fin février.
Réactions de marché et niveaux de clôture
Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août, premier jour d’utilisation de cette échéance comme contrat de référence, a gagné 4,24 % pour s’établir à 94,98 dollars, après un plus haut en séance à 97,79 dollars. L’évolution reflète l’actualisation, par les traders, d’un scénario de tensions prolongées sur les flux du Golfe.
Aux États‑Unis, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en juillet a progressé de 5,49 % à 92,16 dollars, après un pic intraday à 94,78 dollars. La hausse simultanée des deux références, Brent et WTI, signale un marché focalisé sur le risque d’offre plutôt que sur des fondamentaux de demande à court terme.
Stocks en recul et alertes de l'AIE
Le resserrement des prix intervient alors que les réserves stratégiques et les stocks commerciaux se réduisent, un facteur de vulnérabilité supplémentaire en cas de perturbation durable des expéditions par Ormuz. « Le marché craint que nous soyons engagés dans une course contre la montre, alors que les réserves stratégiques de pétrole et les stocks commerciaux continuent de s'épuiser, dans l'attente d'être reconstitués avec la réouverture du détroit d'Ormuz », souligne Andy Lipow.
Mi‑mai, l’Agence internationale de l’énergie a signalé une fonte « record » des réserves pétrolières à mesure que la guerre s’enlise. Les déblocages de barils stratégiques annoncés par plusieurs pays amortissent partiellement le choc, mais ces volumes « ne peuvent pas durer éternellement », prévient Phil Flynn (The Price Futures Group).
Le 21 mai, le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a averti que le marché pétrolier pourrait entrer en « zone rouge », avec un risque de pénurie d’offre en juillet ou en août en l’absence d’issue durable au conflit.