- Connaissance des Énergies avec AFP
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Des centaines de conducteurs de tricycles, incontournables pour le transport quotidien des Philippins, font la queue mardi à Manille pour recevoir des aides destinées à les soulager temporairement de la flambée des prix du carburant provoquée par la guerre au Moyen-Orient, qui a poussé l'archipel à chercher des solutions à court terme.
Les taxes sur les carburants en question
Depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran le 28 février, les Philippines ont instauré la semaine de travail de quatre jours pour les fonctionnaires, réduit les horaires des ferries dans certaines régions et songent à s'approvisionner en pétrole russe.
Les autorités ont annoncé mardi une série de hausses de tarifs sur l'ensemble des transports locaux. Ces augmentations épargnent toutefois les centaines de milliers de conducteurs de tricycles du pays, dont les véhicules - une petite moto assortie d'un sidecar pour passagers - sont les seuls à pouvoir circuler dans les ruelles étroites.
"Le prix du carburant a encore augmenté aujourd'hui, mais mon tarif reste le même", a expliqué à l'AFP Al de Ocampo, conducteur de tricycle, car ses clients n'ont pas les moyens de payer davantage. Son revenu quotidien habituel de 1 000 pesos (15 euros environ) s'en trouve divisé par deux ces dernières semaines. Méfiant, il pense que la subvention de 5 000 pesos qu'il vient de recevoir ne tiendra pas plus d'une semaine. Les autorités "doivent supprimer la taxe sur le carburant (ou) au moins la réduire", plaide-t-il. "Cela serait d'une grande aide jusqu'à la fin de la guerre."
Le Sénat philippin devrait se prononcer mardi pour accorder au président Ferdinand Marcos, présent lors de la distribution des aides, le pouvoir de suspendre ou de réduire temporairement les droits d'accise sur le pétrole.
Éventuel achat de pétrole russe
Conducteur de tricycle depuis quarante ans, Romeo Cipriano est arrivé à l'aube pour éviter de patienter debout sous la chaleur tropicale. "Ce sont les prix du carburant les plus élevés que j'aie jamais connus", a déclaré le sexagénaire à l'AFP. Alors la subvention gouvernementale, "c'est mieux que rien".
La plupart des trajets en jeepneys, sortes de camionnettes fumantes et colorées qui emmènent chaque jour des millions de Philippins au travail, devraient augmenter de 8% en moyenne, a annoncé l'autorité de régulation des transports mardi.
Les Philippines, qui dépendent presque entièrement du Moyen-Orient pour leur approvisionnement en pétrole brut, envisagent désormais de se fournir auprès de la Russie, après un assouplissement temporaire des sanctions américaines suite au blocage du détroit d'Ormuz.
Mardi, Ramon Ang, patron de Petron, la seule raffinerie de pétrole des Philippines, a confirmé à l'AFP que la société était "en pourparlers" en vue d'un éventuel achat de pétrole russe, refusant de donner plus de détails.
En attendant patiemment sa subvention à Manille, Cipriano, un autre conducteur de tricycle, espère la fin rapide de la guerre : "Nous ne sommes pas les seuls touchés. En guerre, personne ne gagne".