Les partenariats charbon contre argent « pour une transition énergétique juste » (JETP) : miracle ou mirage ?

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Injecter des milliards de dollars dans les économies émergentes pour leur permettre de sortir des combustibles fossiles, tel est le principe des partenariats pour une transition énergétique juste (JETP). Mais ce qui a parfois été présenté comme une solution climatique majeure, n'est-il pas en réalité une illusion ?

Lors des négociations sur le climat de la COP28, où les appels à une augmentation rapide des énergies renouvelables et à un abandon rapide du pétrole, du gaz et du charbon dominent les discussions, le Vietnam a présenté la semaine dernière un plan pour sortir du charbon dans le cadre de son accord JETP.

Voici ce qu'il faut savoir concernant ce mécanisme:

Qu'est-ce qu'un JETP ?

Les JETP financent des accords entre un petit groupe de pays riches et une grande économie émergente - généralement très dépendante du charbon - visant à garantir une transition juste pour les communautés vers des énergies autres que les fossiles.

Les motivations de ces arrangements varient, explique Leo Roberts du groupe de réflexion E3G.

Les donateurs veulent des réductions "bon marché" des émissions pour empêcher le monde de dépasser ses objectifs de réchauffement en essayant de modifier la trajectoire énergétique des principales économies en développement.

Les pays recepteurs souhaitent se développer et croître économiquement.

"S'il est possible de trouver de l'argent pour accélérer la transition des combustibles fossiles vers des systèmes électriques basés sur les énergies renouvelables dans ces pays, alors chacun obtiendra ce qu'il veut", estime M. Roberts.

Quels pays y ont déjà adhéré ?

Le premier JETP - d'une valeur de 8,5 milliards de dollars, et actuellement le plus avancé - a été passé entre l'Afrique du Sud et un groupe de pays riches dirigé par la Grande-Bretagne. Il avait été dévoilé lors des négociations sur le climat de la COP26 à Glasgow.

"L'économie tout entière de l'Afrique du Sud est freinée par une dépendance excessive" à l'égard de centrales à charbon vieillissantes, note M. Roberts, ajoutant que l'électricité qui en ressort "n'est pas fiable", connaît des "pannes recurrentes", et "incroyablement chère".

Un deuxième JETP a été signé avec l'Indonésie, en échange d'un finacement de 20 milliards de dollars.

Le Vietnam recherche lui des financements pour alimenter "un énorme volume de développement" avec son JETP de 15 milliards de dollars, note M. Roberts.

Des spécialistes des questions environnementales ont toutefois exprimé leurs inquiétudes quant à l'intention du pays communiste d'utiliser ses centrales au charbon jusqu'à la fin de leur durée de vie, ainsi qu'au rétrécissement de l'espace accordé à la société civile.

Un autre accord a été annoncé avec le Sénégal, d'un montant d'environ 2,5 milliards d'euros, mais il se concentre sur les ressources gazières et le pays n'a pas renoncé au développement des énergies fossiles.

Quel argent ?

L'accord avec l'Afrique du Sud, en particulier, a été critiqué parce qu'il était presque entièrement constitué de prêts à des taux d'intérêt à peine meilleurs que ceux du marché. "Il est devenu évident que ces 8,5 milliards de dollars n'étaient qu'un mirage", estime M. Roberts.

Un autre problème est que les fonds fournis par le JETP sont loin d'être suffisants pour financer l'ensemble de la transition énergétique dans chaque pays. Ils sont en fait censés agir comme une incitation au financement privé.

Ainsi, l'Afrique du Sud estime que pour assurer sa transition, elle aurait besoin d'environ 80 milliards de dollars sur cinq ans, tandis que pour l'Indonésie ce serait au moins 97,3 milliards de dollars.

Est-ce que cela peut marcher ?

Pour M. Roberts, ce qui pourrait assurer l'avenir des JETP, c'est qu'ils bénéficient d'un soutien au plus haut niveau.

Mais cela pourrait ne pas suffire. Ainsi l'un d'entre eux en faveur de l'Inde semble désormais "avoir été retiré de la table", New Delhi ayant apparemment eu des craintes.

Les JETP pourraient toutefois contribuer à élaborer une approche plus globale pour aider les pays en développement à abandonner les combustibles fossiles.

"L'objectif ultime est de pouvoir fournir un financement énergétique massivement accru à un groupe beaucoup plus large de pays afin qu'ils puissent assurer la transition de leurs économies", souligne M. Roberts.

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