Mozambique : la promesse d'énormes réserves de gaz, le théâtre d'une insurrection

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le nord du Mozambique abrite d'énormes réserves de gaz qui font l'objet d'importants projets d'exploitation portés par des multinationales comme le français TotalEnergies, l'Italien ENI ou l'Américain ExxonMobil.

Ruée vers le gaz mozambicain

Ces projets sont situés dans la province du Cabo Delgado, dans le nord du pays, où sévit une insurrection jihadiste meurtrière depuis 2017. Jeudi, TotalEnergies a annoncé la reprise officielle de son vaste projet, après cinq ans d'interruption consécutive à une attaque jihadiste au bilan très lourd contre la ville de Palma. Il est présenté comme le plus grand investissement privé dans les infrastructures énergétiques en Afrique.

Paradoxe, le pays d'Afrique le plus vulnérable au changement climatique - selon le World Risk Index de 2023 - dispose de gigantesques réserves de gaz naturel décelées au début des années 2010 au large de la province de Cabo Delgado (nord), dans le bassin de Rovuma.

La Banque africaine de développement évoque des réserves de plus de 5 000 milliards de mètres cubes de gaz. "Suffisamment pour approvisionner la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie pendant près de 20 ans", écrivait-elle en 2018. Le début d'une "ruée vers le gaz" mozambicain et de projets de production de gaz naturel liquéfié, qualifiés de "bombes climatiques" par le collectif "Say No to Gas", rassemblé autour de l'ONG locale Justiça Ambiental.

La croissance du Mozambique devrait s'accélérer fortement pour atteindre 10% lorsque le projet Mozambique LNG de Total entrera en production à l'horizon 2029, selon des estimations du FMI en 2024. Un bond spectaculaire pour un pays à la croissance de 2,5% en 2025.

Mais les retombées de cet eldorado gazier dépendront du fonds souverain créé par les autorités du Mozambique. Un pays où une partie de la classe politique a déjà été prise dans un scandale de détournement de fonds illégalement empruntés par des entreprises publiques.

Multiples projets de multinationales

TotalEnergies détient une participation de 26,5 % dans le projet Mozambique LNG, et il en est l'opérateur. Le projet devrait entrer en production en 2029, selon le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné jeudi.

Le site offshore flottant du groupe italien ENI à Coral Sul, dont le financement d'une réplique plus au nord a été approuvé en 2025, a bien commencé à produire fin 2022, représentant l'équivalent du quart de la capacité de production de celui de TotalEnergies.

Enfin, un troisième projet est conduit par la major américaine ExxonMobil, qui a annoncé à son tour en novembre la levée de la force majeure. Le projet, mené en partenariat notamment avec ENI et le Chinois CNPC, devrait recevoir courant 2026 sa décision d'investissement finale et pourrait entrer en production en 2030.

Ces projets "pourraient faire du Mozambique un des dix premiers producteurs mondiaux (de gaz, ndlr), contribuant à 20% de la production africaine d'ici 2040", d'après un rapport du cabinet d'audit Deloitte de 2024.

Le projet de TotalEnergies - comme celui d'ExxonMobil - comprend des installations de liquéfaction onshore pour transformer le gaz de l'état gazeux à l'état liquide et ainsi pouvoir le transporter en grande quantité par la mer.

Insurrection jihadiste et justice saisie

Une insurrection jihadiste déchire le nord du Mozambique depuis 2017. Dans son épisode le plus marquant en mars 2021, le groupe local affilié à l'organisation État islamique a pillé plusieurs jours durant Palma, la ville voisine du site, et fait de nombreuses victimes.

L'ONG Acled, qui collecte des données sur les conflits, a dénombré quelque 800 morts dans l'attaque.

Une information judiciaire a été ouverte en France pour homicide involontaire contre TotalEnergies, à la suite de plaintes de survivants et familles de victimes. Ils reprochent au groupe de ne pas avoir assuré leur sécurité, ce que conteste le groupe.

Des soldats mozambicains chargés de protéger le site gazier à cette période-là ont aussi été accusés d'exactions mortelles sur des villageois dans des témoignages recueillis par le média Politico. La justice mozambicaine et la commission des droits de l'homme du Mozambique ont ouvert une enquête.

Une plainte sur ces faits présumés a aussi été déposée en France par une ONG allemande, sous la qualification de "complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées".

TotalEnergies a indiqué rejeter "avec force et de façon catégorique l'affirmation de Politico selon laquelle Mozambique LNG ou la Compagnie aurait eu, ou aurait pu avoir, connaissance des actes de violence dénoncés" dans le média.

Depuis le début de l'insurrection en 2017, 6 400 morts ont été dénombrés par l'Acled. Face à l'incapacité du groupe paramilitaire russe Wagner à endiguer les insurgés, des soldats rwandais ont été déployés en 2021.

Commentaires

Alain Stolz
Lorsqu'il y a des réserves à piller, Total n'est jamais très loin. Néo colonialisme, quand tu nous tiens...
ant
Le commentaire d'Alain Stolz est immonde. Ca pue la haine crasse de l'Europe. Dans un tel projet les entreprises internationales investissent des fortunes et la majorité de la rente de la concession profite à l'Etat (et logiquement à la population, si l'Etat redistribue effectivement, en Afrique ça dépend des pays, mais ce n'est pas la faute des "blancs"). Total et ses partenaires ne vont toucher qu'une fraction. Et d'ailleurs, la composition de l'actionnariat est : TotalEnergies has a 26.5% stake in the Mozambique LNG consortium. Japan's Mitsui owns 20%, with ENH at 15%, and Bharat Petroleum, Oil India, and ONGC Videsh all on 10%. Thailand's holds the remaining 8.5% stake. Donc un mélange entre la France, le Japon, le Mozambique, l'Inde et la Thailande... On est au XXIème siècle, il faut changer ses oeillères, le monde a changé en un siècle...
Hélène de la R…
Ce qu'ant et les cuistres de son genre comme Silicate n'ont pas compris, c'est que TotalEnergies n’a pas payé d’impôt sur les sociétés en France pendant plusieurs années.
Alors que TotalEnergies engrange les profits record, le groupe n’a pas payé un seul euro d’impôt sur les sociétés en France en 2020 et 2021.
Vous pouvez vérifier ces informations vous-même puisqu'elles sont consignées dans un rapport que TotalEnergies a publié en mars 2022 qui n’a pas eu l’attention qu’il mérite (TotalEnergies, Tax Transparency, Report 2019-2020, mars 2022). Dans un effort, louable, de transparence, TotalEnergies y consigne des données portant sur les bénéfices réalisés et l’impôt sur les sociétés payé pays par pays. Si un tel rapport doit-être remis à l’administration fiscale depuis 2017, c’est la première fois que TotalEnergies le rend public, avec les données relatives aux exercices comptables des années 2019 et 2020.
Qu’y trouve-t-on ? D’abord la confirmation que TotalEnergies n’a pas payé d’impôt sur les sociétés en France en 2021 suite à ses résultats de 2020. Ce n’est guère surprenant si l’on tient compte du fait que l’impôt sur les bénéfices d’une année donnée est calculé en fonction des profits de l’année précédente. Ce n’est guère surprenant : en 2020, année de la pandémie, une bonne part de l’économie de nombreux pays, dont la France, était à l’arrêt.
Voyez-vous, cette année-là, TotalEnergies a annoncé avoir réalisé 5,9 milliards d’euros de pertes mondiales cumulées, dont 0,9 milliard euros environ en France. Il paraît donc logique que le groupe n’ait pas payé d’impôt sur les bénéfices l’année suivante. En 2020, Total a quand même versé 7,6 milliards d’euros à ses actionnaires, malgré ses pertes abyssales.
Plus surprenant, ce rapport nous apprend que TotalEnergies n’a pas payé d’impôt sur les bénéfices également en 2020. Le groupe avait pourtant réalisé en 2019 un bénéfice mondial très confortable de plus de 10 milliards d’euros. Le groupe précise qu’il a réalisé cette année-là une perte fiscale en France, selon les règles fiscales françaises en vigueur, qui l’ont conduit à ne pas y payer d’impôts sur les sociétés.
Il a même encaissé un chèque de 124 millions d’euros de la part du Trésor public en remboursement d’un trop perçu. Ici, l’étonnement est de rigueur. Comment un groupe qui fait 10 milliards d’euros de profits peut n’en avoir réalisé aucun dans un pays où son siège est installé et qui représente 21 % de son activité, 35 % de ses effectifs, 44 % du capital social de toutes les entités juridiques du groupe, ou encore 66,5 % des bénéfices cumulés et non distribués par le groupe ?
Le fait que TotalEnergies ne paye pas d’impôt sur les bénéfices en France n’est pas nouveau. Déjà en 2015, le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, reconnaissait que son groupe n’avait pas payé d’impôts sur les sociétés de 2012 à 2015 - alors que son groupe faisait des résultats mondiaux très largement positifs.
Sachez que comme de nombreuses autres entreprises multinationales du CAC40, TotalEnergies recourt à des pratiques d’optimisation fiscale afin de ne déclarer chaque année que des bénéfices négatifs, nuls ou faibles en France afin d’y limiter son imposition.
Alain Stolz
Ant, quel rapport avec l’Europe ? C’est Total que je critique, pas l’Europe.
Dans un jugement du 23 octobre 2025, le Tribunal judiciaire de Paris a condamné le Groupe TotalEnergies pour greenwashing sur le fondement de pratiques commerciales trompeuses. De plus, Au nord du Mozambique, Total prévoit de développer un projet colossal d’extraction et d’exportation de gaz fossile. Au-delà de la menace que représente ce projet pour le climat, il est responsable de graves violations des droits humains et lié à des crimes présumés contre des civil·es.
Le groupe TotalEnergies est d’ailleurs visé par une plainte pour « complicité de crimes de guerre » au Mozambique. La présence accrue d’entreprises étrangères, perçues comme des symboles de pillage des ressources locales, contribue fortement à exacerber les tensions, faisant des infrastructures gazières des cibles prioritaires des attaques. Le développement gazier au Mozambique s’accompagne d’une militarisation croissante, poussée par les majors dont Total, non sans aggraver le conflit armé. La population civile se trouve en première ligne, prise en étau dans ces violences.
Repassez quand vous connaîtrez le dossier.

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