- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'arraisonnement par la France d'un deuxième pétrolier de la flotte fantôme russe, avec l'aide du Royaume-Uni, est un signal "fort" envoyé par les Européens pour signifier à la Russie qu'elle ne peut agir en toute impunité, selon des experts.
Ces navires sous pavillon de complaisance permettent aux Russes d'exporter leur pétrole en contournant les sanctions occidentales.
La marge de manoeuvre des Européens reste toutefois limitée, dans le cadre d'un droit maritime international contraignant et face à des pratiques de contournement en mer qui compliquent la traque des pétroliers fantômes.
- Accroître la pression -
Le Grinch, arraisonné jeudi en Méditerranée au cours d'une spectaculaire opération des commandos marine français en eaux internationales, avant d'être détourné vers le port de Marseille-Fos, est le deuxième navire sous sanctions internationales intercepté par les autorités française après le Boraçay fin septembre.
"Voilà précisément la détermination qu'il faut pour que le pétrole russe ne finance plus la guerre de la Russie", a salué sur X le président Volodymyr Zelensky.
Cette deuxième intervention française est "un signal fort" envoyé à Moscou, d'autant que cette fois, "la France a bénéficié du soutien du Royaume-Uni, donc les alliés se montrent prêts à coopérer", estime Elisabeth Braw, une experte de l'Atlantic Council.
La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper a récemment confirmé au site Politico que son pays était "prêt à intervenir", sans exclure la possibilité de confisquer le pétrole transporté par la flotte fantôme pour financer l'effort de guerre ukrainien.
Quant à l'Allemagne, elle a pris une mesure inédite en interdisant, le 10 janvier, à un pétrolier de pénétrer dans ses eaux territoriales en mer Baltique, l'obligeant à faire un large détour par le nord et la mer de Barents.
- Ce que permet le droit -
"Tout le défi est de rester dans le respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), une sorte de bible des affaires maritimes", ce qui relève souvent de l'interprétation qu'en font les Etats, souligne Elisabeth Braw. "Les pays riverains de la mer Baltique hésitent à arraisonner des navires hors de leurs eaux territoriales car ils estiment que c'est hors de leur juridiction".
"Le seul mode d'action possible en haute mer est le +droit de visite+ prévu par l'article 110 de la Convention, qui permet de monter à bord d'un navire suspecté d'être sans nationalité ou d'arborer un pavillon ne correspondant pas à la nationalité du navire et de contrôler les titres autorisant le port du pavillon", explique le contre-amiral français Laurent Bechler, le directeur du Centre d'études stratégiques de la marine (CESM).
C'est justement ce que la Marine française dit avoir fait dans le cas du Grinch. En cas d'incohérences entre les titres, les autorités peuvent considérer qu'il y a absence de nationalité, le navire perd alors la compétence exclusive de l'Etat du pavillon et celles-ci peuvent dérouter le navire vers leurs eaux territoriales.
Une fois arraisonné, l'enquête ouverte sur le Grinch par le parquet de Marseille - le droit français s'applique désormais - devra encore déterminer si les soupçons de défaut de pavillon étaient fondés.
Peut-on pour autant alors saisir le navire, voire confisquer sa cargaison ? "Cela dépendra de l'infraction et des circonstances mais la marge de manoeuvre est étroite. C'est pour cela que la plupart des navires arraisonnés récemment ont été libérés dans la foulée", selon Mme Braw.
- "Arraisonnements sporadiques" -
Plus généralement, le mode opératoire très opaque de ces bateaux (propriétaires installés dans des paradis fiscaux, transpondeurs souvent éteints ou transfert de pétrole de bateau à bateau en mer pour "blanchir" la cargaison, etc.) les rend difficiles à repérer.
"C'est un jeu du chat et de la souris compliqué pour les Européens", résume Igor Delanoë, le directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe et chercheur à l'Iris.
D'autant que "ce transport pétrolier répond à un double besoin systémique : pour la Russie de vendre et pour des pays comme la Chine et l'Inde (les principaux acheteurs du pétrole russe sous sanctions, ndlr) d'acheter; donc il faut taper fort au portefeuille des Russes sans pour autant se mettre à dos les Chinois et les Indiens."
"En outre, les arraisonnements impliquent des capacités logistiques, militaires et des coûts importants", souligne-t-il. C'est pourquoi, comparativement aux effectifs de la flotte fantôme, qui comprend 600 à 1.400 bateaux selon les estimations, "les arraisonnements restent jusque-là sporadiques".
