Cap sur Hinkley Point C : le CA d’EDF donne son feu vert

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Hinkley Point C

Les deux réacteurs de la centrale nucléaire Hinkley Point B actuellement en service ont produit près de 7,1 TWh en 2015. (©EDF-Philippe Eranian)

Le conseil d’administration d’EDF a voté cet après-midi la décision finale d’investissement du projet Hinkley Point C au Royaume-Uni. Le point sur ce projet très contesté.

Rappels sur le projet de 2 EPR à Hinkley Point

Après de multiples reports, la décision finale de construire 2 réacteurs de type EPR dans le Somerset, sur la côte ouest de l’Angleterre, a été validée (par 10 voix pour contre 7 voix contre) par le conseil d’administration d’EDF. Les deux EPR doivent être construits à côté des deux réacteurs nucléaires de la centrale d’Hinkley Point B actuellement en service (d’où le nom d’Hinkley Point « C » pour les 2 EPR) qui sont connectés au réseau électrique britannique depuis 1976.

Ces deux EPR auront chacun une puissance installée d’environ 1,6 GW et doivent, selon leur futur exploitant EDF Energy (filiale britannique de l’électricien), satisfaire l’équivalent de 7% des besoins en électricité du Royaume-Uni. Pour rappel, le parc nucléaire britannique est actuellement composé de 15 réacteurs repartis entre 7 centrales. En 2015, il a généré 63,9 TWh, soit près de 18,9% de la production électrique britannique.

Un accord commercial a été conclu par EDF Energy avec le gouvernement britannique dès octobre 2013 et garantit que l’électricité produite par Hinkley Point C sera rachetée pendant une durée de 35 ans à un tarif garanti de 92,5 livres par MWh. Le Brexit n’aurait pas remis en question le soutien britannique à ce projet selon le PDF d'EDF Jean-Bernard Lévy.

Démissions et des investissements

Si Hinkley Point C se trouve au cœur de la stratégie CAP 2030 d’EDF(1) et est soutenu par le gouvernement français (l’État est actionnaire à 85,3% d’EDF(2)), il a fait l’objet de nombreuses contestations en interne. Les fédérations de l’énergie CGT, CFE-CGC et FO dénoncent entre autres un « passage en force » de la direction de l’électricien.

Les administrateurs salariés d’EDF étaient fortement opposés au vote de la décision finale et un des 6 administrateurs proposés par l’État, Gérard Magnin, a démissionné ce jeudi, pour ne « pas cautionner » une stratégie qu’il ne partage pas. Cette démission s’ajoute à celle très médiatique du directeur financier Thomas Piquemal début mars 2016. Rappelons par ailleurs que le CCE (comité central d’entreprise) d’EDF n’a pas rendu d’avis sur le projet et a assigné le groupe en référé fin juin, estimant ne pas disposer d’éléments suffisants (une audience est prévue le 22 décembre 2016).

EDF a déjà engagé 2,4 milliards de livres dans les études préalables et travaux préparatoires autour du site (terrassement, routes, etc.). L’investissement total du projet Hinkley Point C est évalué par l’électricien à 18 milliards de livres (soit plus de 21 milliards d’euros). Pour rappel, EDF détient une participation majoritaire de 66,5% dans ce projet, les 33,5% de parts restantes étant détenues par la compagnie chinoise CGN (China General Nuclear Power Corporation).

Selon le calendrier actuel d’EDF, le premier béton du réacteur 1 de la nouvelle centrale Hinkley Point C devrait être coulé mi-2019, soit après la mise en service de l’EPR de Flamanville programmée fin 2018. EDF y voit un gage de sérieux face aux détracteurs du projet qui constatent qu’aucun des 4 projets d’EPR dans le monde (1 en France et en Finlande, 2 en Chine) n’est encore en service. Pour Hinkley Point C, la mise en service est envisagée par EDF à l’horizon 2025.