Elec4.0 : la vision d’un futur électrique plus « smart »

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Ségolène Royal colloque de l'UFE

« L'inaction a un coût, la croissance verte est le seul choix réaliste » a réaffirmé Ségolène Royal lors du colloque de l'UFE le 8 octobre 2015. (©MD)

Le colloque annuel de l’Union française de l’électricité (UFE) s’est tenu hier à Paris, deux mois et demi après l’adoption de la loi de transition énergétique en France et à moins de deux mois de la COP21 (30 novembre-11 décembre). Les électriciens y ont esquissé le paysage électrique de demain (« Elec4.0 »), dans un contexte de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

Quel monde électrique pour demain ?

L’UFE a exposé, dans une vidéo de présentation, sa vision d’un monde plus électrique à l’horizon 2040. En France, elle imagine que la population aura augmenté de 6 millions de personnes, le nombre de logements crû de 10 millions et la puissance du parc électrique doublé (128,9 GW à fin 2014).

Malgré les gains en matière d’efficacité énergétique, la France consommerait davantage d’électricité en raison de la multiplication des appareils connectés et du développement d’une mobilité électrique (l’UFE envisage un parc de plus de 10 millions de voitures électriques en 2040).

La ministre Ségolène Royal a rappelé hier quelques objectifs devant contribuer au déploiement de cette mobilité électrique. En 2030, il est prévu que 7 millions de bornes et points de recharge soient accessibles aux véhicules électriques. La ministre a par ailleurs annoncé ce matin que la prime à l’achat d’une voiture électrique de 10 000 euros allait être étendue pour tout abandon d’un véhicule diesel de plus de 10 ans, contre plus de 15 ans auparavant.

Quel futur mix de production électrique ?

En 2014, la France a produit 540,6 TWh, dont 77% à partir de son parc nucléaire et 12,6% de ses centrales hydrauliques. La loi de transition énergétique adoptée en juillet dernier fixe comme objectif de ramener la part de production du nucléaire à 50% à l’horizon 2025 en plafonnant la puissance du parc nucléaire à son niveau actuel (63,2 GW, ce qui implique que la mise en service de l’EPR de Flamanville soit compensée par l’arrêt d’une centrale de puissance au moins équivalente, a priori Fessenheim). Pour Ségolène Royal, cette orientation « pérennise le socle nucléaire » en mettant dos à dos les partisans de la sortie du nucléaire et ceux du tout nucléaire.

Bilan électrique 2014 de la France
Mix électrique de la France d'après données de RTE (©Connaissance des Énergies)

Pour diversifier le parc électrique français (aujourd’hui déjà « décarboné » à près de 95%), les énergies renouvelables sont mises en première ligne. Elles comptent pour 17,7% de la production électrique française en 2014 mais seulement 5,1% hors hydroélectricité (3,1% pour l’éolien, 1,1% pour le photovoltaïque). Il est prévu de porter la part de l’ensemble des énergies renouvelables à 27% de ce mix en 2020 et à 40% en 2030.

L’éolien et le solaire photovoltaïque seront les principaux bénéficiaires de cette orientation. Compte tenu des facteurs de charge limités de ces filières (respectivement 23% et 14%), il sera nécessaire d’augmenter très sensiblement la puissance installée de leurs parcs (ce qui explique le doublement total du parc électrique français envisagé par l’UFE). En 2040, l’UFE prévoit notamment que 3 éoliennes et l'équivalent de la surface de 5 terrains de football recouverts de panneaux photovoltaïques soient, chaque jour, installés et connectés au réseau électrique français. Ségolène Royal a annoncé que le calendrier des prochains appels d'offres français pour 2016 et 2017 portant sur l'éolien en mer, le solaire, la petite hydroélectricité et la biomassé serait dévoilé d'ici à fin octobre 2015.

Si le développement des énergies renouvelables est encouragé(1), les modalités de financement de ces dernières doivent être révisées. Leur déploiement est aujourd’hui financé par les seuls consommateurs d’électricité sous la forme de la CSPE. Ségolène Royal a confirmé qu’une partie de cette charge serait transférée vers la contribution climat énergie (CCE) dont s’acquittent entre autres les consommateurs de carburants. Concrètement, les automobilistes devront dans le futur supporter une partie du coût de « la décarbonisation ».

Rappelons enfin que la loi de transition prévoit la mise en place d’une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)(2) qui précisera sur plusieurs années les objectifs de développement des différentes sources de production électrique. Celle-ci apportea également des « orientations précises » en matière d'efficacité énergétique, de sécurité d'approvisionnement ou encore de flexibilité des infrastructures énergétiques. 

Le numérique, clé d’un secteur électrique plus « smart »

En l’absence de solutions de stockage de grande ampleur (hormis les STEP), le développement des énergies renouvelables intermittentes plus ou moins prévisibles (éolien, photovoltaïque) nécessite une gestion plus intelligente de l’équilibre entre production et consommation sur le réseau électrique. L’émergence de particuliers producteurs d’électricité complexifie encore cette gestion. L’avenir du secteur électrique passe ainsi par l’intégration de davantage de technologies numériques.

Cette alliance se matérialise déjà aujourd’hui à travers les compteurs communicants Linky pour l’électricité et Gazpar pour le gaz. Ségolène Royal a rappelé hier que ces compteurs qui seront généralisés en France devront être aussi « intelligents » pour les consommateurs que pour les fournisseurs (sans que des frais supplémentaires doivent être engagés par les particuliers).

Plus généralement, de nombreuses expérimentations sur les réseaux intelligents (« smart grids ») se développent. Un appel à projet a été lancé en avril 2015 sur cette thématique(3) par le gouvernement et les lauréats devraient être annoncés fin octobre. La ministre a annoncé hier que plusieurs projets seraient retenus au lieu d’un seul prévu à l’origine.

Le prix du carbone, un signal nécessaire dans le cadre de la COP21

Ségolène Royal a de nouveau appelé de ses vœux l’émergence d’un système de fixation unique du prix du carbone au niveau mondial. Celui-ci pourrait servir de « boussole du climat » à tous les acteurs économiques. Ces derniers plaident eux-mêmes pour un signal prix de la tonne de CO2 qui permette d’orienter leurs investissements vers les technologies sobres en carbone, comme ils l’avaient exprimé en mai 2015 lors du Business Climate Summit. Aujourd’hui, une soixantaine de pays ont mis en place des mécanismes de taxation du carbone.

Quant au changement climatique, Edouard Sauvage, directeur de la stratégie d’Engie, a rappelé que l’industrie électrique était déjà témoin de ses impacts, les sécheresses affectant les centrales électriques et les cataclysmes impactant les infrastructures de réseaux.  Au cours de la COP21, un espace dédié aux entreprises (la « Galerie ») permettra aux électriciens d’exposer leurs innovations leur permettant de mieux s’adapter à ces dérèglements climatiques et au monde électrique de demain.


Vidéo d'ouverture du colloque 2015 de l'UFE