La consommation de pétrole aurait-elle atteint son pic en 2019 ?

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Production de pétrole

Selon BP, la crise du Covid-19 aura des conséquences durables sur la consommation mondiale de pétrole : à l'horizon 2025, celle-ci serait réduite de 3 millions de barils par jour en raison de la pandémie. (©flickR-BP)

Le monde pourrait ne jamais plus consommer autant de pétrole qu’en 2019 selon le BP Energy Outlook 2020 publié le 14 septembre(1). Voici quelques prévisions marquantes de cette publication.

Un recul majeur des énergies fossiles au profil des filières décarbonées

Dans son Energy Outlook, BP présente 3 scénarios d’évolution du système énergétique mondial d’ici à 2050 : « Business-as-usual » (BAU, dans la lignée des politiques annoncées), « Rapid » (visant à limiter le réchauffement en dessous de 2°C d’ici à 2100(2)) et « Net Zero » (réchauffement limité à 1,5°C). Tous ces scénarios s’appuient sur des technologies existantes et « reflètent un large éventail de possibilités illustrant l'incertitude entourant les marchés de l'énergie jusqu'en 2050 »(3).

BP présente certaines tendances communes à ces 3 scénarios, notamment une hausse de la consommation mondiale d’énergie d’ici à 2050 (+ 0,7% par an dans le scénario BAU, + 0,3% par an dans les deux autres, contre + 2% par an en moyenne lors des deux dernières décennies), liée en particulier au « rattrapage » des économies émergentes, plus urbanisées et aspirant à un niveau de vie plus élevé.

Évolution de la consommation mondiale d'énergie selon BP

L’évolution du mix énergétique mondial d’ici à 2050 sera marquée par un recul des énergies fossiles (plus ou moins important selon les scénarios) au profit des filières renouvelables. BP estime en particulier que la consommation mondiale de pétrole, durablement affaiblie par la crise du Covid-19, a atteint un pic en 2019, le rythme et l’ampleur de la baisse à venir d’ici 2050 étant liée à la vitesse du mouvement d’électrification du transport routier et aux progrès d’efficacité énergétique(4).

Évolution de la consommation mondiale de pétrole selon BP

Le gaz naturel est « plus résilient » que le pétrole (et a fortiori que le charbon) dans les scénarios de BP : se substituant au charbon dans les pays en voie de développement, il est présenté comme un allié de la transition énergétique lorsqu’il est associé à des systèmes de capture, stockage et utilisation du CO2 (CCUS).

Les énergies renouvelables, éolien et solaire en tête, connaissent quant à elles un déploiement massif dans tous les scénarios de BP d’ici à 2050, grâce à de nouvelles baisses de coûts et aux politiques de transition énergétique. Dans son scénario Rapid, BP estime que les filières renouvelables hors hydroélectricité pourraient compter pour 45% de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2050, contre seulement 5% en 2018.

L’hydroélectricité et l’énergie nucléaire progressent également dans tous les scénarios de BP (en particulier dans les scénarios les plus ambitieux de lutte contre le changement climatique). Le nucléaire devrait se développer massivement en Chine (qui pourrait compter pour plus de 15% de la production nucléaire mondiale en 2050 selon les scénarios Rapid et Net Zero, contre 4% en 2018).

Électricité et hydrogène, deux vecteurs moteurs de la transition

L’électricité et l’hydrogène sont amenés à occuper « un rôle de plus en plus central » dans le système énergétique mondial d’ici à 2050 selon les différents scénarios de BP. À l'horizon 2050, la part de l’électricité dans la consommation mondiale d’énergie finale pourrait atteindre 34% dans le scénario BAU, 45% dans le scénario Rapid et plus de 50% dans le scénario NetZero, contre près de 20% en 2018.

L'électricité dans la consommation mondiale d'énergie d'ici à 2050

L’hydrogène est présenté par BP comme le moyen d’apporter « de l’énergie aux activités difficiles ou coûteuses à électrifier ». Dans les scénarios Rapid et Net Zero, la production d’hydrogène est très majoritairement « verte » (produite par électrolyse avec de l’électricité d’origine renouvelable) ou « bleue » (produite à partir d’énergies fossiles mais avec capture et stockage de CO2).

L'hydrogène dans la consommation mondiale d'énergie d'ici à 2050

Les scénarios esquissés par BP sont assez similaires à ceux présentés récemment par DNV GL mais ils auront un écho particulier car émanant d’une major pétrolière. Précisons que BP, qui produit des études statistiques de référence dans le domaine de l’énergie, affirme désormais vouloir « contribuer à la transition énergétique » mondiale. En août 2020, la major américaine a publié sa nouvelle stratégie qui est censée illustrer cette ambition(5).

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