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La situation du Venezuela en 5 questions

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Leonardo Vivas - Le Venezuela en cinq questions

Le Vénézuélien Leonardo Vivas est professeur à la Northeastern University de Boston. (©photo)

Le Venezuela disposait encore des principales réserves prouvées de pétrole au monde à fin 2016 selon le BP Statistical Review of World Energy publié en juin 2017. Ce pays a toutefois été déclaré en défaut de paiement partiel en novembre 2017 et rencontre actuellement une crise majeure que nous explique Leonardo Vivas, professeur à la Northeastern University de Boston.

1) Comment le pays disposant des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde peut-il avoir été déclaré en défaut de paiement partiel ?

La chute du baril à moins de 40 $ avait affecté le pays en 2014 et 2015 mais n’explique pas seule cette crise, les prix du pétrole étant depuis remontés à près de 60 $ par baril. Malgré l’importance des ressources financières du pays lors des 50 dernières années, la politique de l’administration Chávez a consisté à augmenter la dette souveraine et celle de PDVSA. La récente crise de l'économie vénézuélienne, en partie liée à la chute des prix du pétrole, a conduit à de grandes difficultés pour traiter cette dette.

La pénurie dramatique de nourriture et de médicaments au Venezuela est due à la très forte réduction des importations nationales. Malgré la souffrance d'une majorité croissante de Vénézuéliens, la situation était « gérable » jusqu'à ce que la production de pétrole commence à baisser à des niveaux historiquement bas, le Venezuela commençant alors à perdre sa capacité à contracter des dettes.

Jusqu'en 2016, il n'a pas été nécessaire de déclarer le pays en défaut partiel car la Russie et la Chine sont venues à sa rescousse. Mais en 2017, le Venezuela a connu la pire crise financière de son histoire et les États-Unis ont imposé d’importantes sanctions affectant des individus mais aussi un éventail de transactions financières du gouvernement et de PDVSA. La chute de la production pétrolière et l'incapacité de contracter plus de dettes mettent aujourd’hui le pays à genoux.

2) Comment s’explique la chute de la production pétrolière du Venezuela ?

Le gouvernement vénézuélien et certains de ses alliés internationaux ont entretenu le mythe que les problèmes actuels de l'industrie pétrolière sont essentiellement dus à la baisse des prix. Dans le cas du Venezuela, PDVSA était l'une des entreprises pétrolières mondiales les plus efficaces jusqu'à ce qu’Hugo Chávez arrive au pouvoir. Ce dernier a limogé la « crème de la crème » des managers du groupe (près de 18 000 cadres et ouvriers qualifiés début 2018).

Compte tenu de l'efficacité de l'entreprise, le gouvernement a décidé que PDVSA devrait prendre en charge les programmes sociaux, en subventionnant entre autres la distribution d’aliments et différents programmes, notamment de santé. Lorsque les prix du pétrole étaient élevés, cette situation n’a pas gravement affecté PDVSA, car, comme le dit le dicton, « la deuxième meilleure affaire dans le monde est un pétrole mal géré ». 

En 2012, les choses ont toutefois commencé à devenir incontrôlables, avec un incendie dans la plus grande raffinerie de PDVSA (Amuay) symbolisant la dégradation du groupe en interne. Cela a évidemment affecté la capacité de production du groupe, d’autant plus que beaucoup de champs pétroliers vénézuéliens sont assez anciens et nécessitent beaucoup d'investissements pour maintenir un niveau de production rentable. 

À partir de 2015, il y a eu une diminution significative de la production, qui a affecté les exportations. L’an dernier, les restrictions financières imposées par les États-Unis au gouvernement du Venezuela et à PDVSA les ont empêchés d'obtenir de nouveaux fonds pour investir. En conséquence, la production de PDVSA aurait chuté d’environ 100 000 barils par mois. On estime que la production pétrolière vénézuélienne en décembre 2017 a avoisiné 1,3 million de barils par jour, soit le plus bas niveau des 40 à 50 dernières années.

3) Le pays continue-t-il à subventionner des produits énergétiques pour la population ? 

Les finances du Venezuela sont une boîte noire. Depuis plus de 5 ans, le pays a échoué à fournir des informations sur ses principales variables économiques. Or, on sait bien que ces informations économiques sont la première condition pour amorcer des discussions avec le FMI.

Pour donner une idée aux lecteurs, le gallon d'essence au Venezuela coûte près de 38 cents (ndlr : un gallon équivaut à près de 3,8 litres), après une révision majeure des prix en 2016. PDVSA a été contraint d'importer environ 100 000 à 150 000 barils par jour pour approvisionner le marché national en essence. 

Il existe également d'énormes subventions sur la nourriture, fragilisées par le fait que la plupart des provisions alimentaires sont importées. La situation était déjà problématique jusqu'à début 2017 mais l'hyperinflation ravage aujourd’hui le pays. Il est presque impossible d'estimer un niveau global de subventions.

Le principal problème aujourd’hui est que le gouvernement a rejeté toute réforme de la politique économique. Les contrôles des prix ont été détruits par l'hyperinflation. Après la période de Noël, en janvier 2018, le gouvernement a par exemple forcé certains points de distribution à revenir aux prix de la mi-décembre, ce qui aggrave l'offre de biens dans ces régions.

La création du Petro est ridicule, cette « monnaie virtuelle » n’étant pas une crypto-monnaie puisqu’elle repose sur les réserves nationales de pétrole. Il est impossible de monétiser ces dernières avec une production qui s’effondre.

4) Outre le pétrole, quelles sont les principales ressources du Venezuela ?

Le Venezuela est un pays très riche en ressources naturelles. Contrairement à la « malédiction des ressources » théorisée au niveau académique, le pays avait réussi à la fin du XXe siècle à construire, lentement mais efficacement, un portefeuille varié de secteurs présentant de la valeur en matière d'exportations. 

Citons notamment l'acier et ses produits dérivés (y compris des composants pour l'industrie automobile), l'ensemble de la filière de l'aluminium, le cacao (le Venezuela est bien connu pour la qualité de son chocolat), le riz, le café ou encore les projets de construction (grâce à l'expérience des entreprises dans les projets pétroliers et hydroélectriques).

En 1998, malgré un taux de change généralement surévalué, le Venezuela exportait jusqu'à 15% de ses produits qui généraient des recettes en devises. La majeure partie de cette capacité de production a été aujourd’hui totalement détruite mais il est envisageable que le Venezuela se redresse – non sans douleur bien sûr  – après un changement économique radical, de bonnes incitations et un soutien financier étranger très significatif.

5) Quel regard portez-vous sur l’élection présidentielle anticipée annoncée par Nicolas Maduro ?

L'élection présidentielle anticipée envisagée par l’Assemblée nationale constituante est illégale, il s’agit de la dernière mesure dictatoriale de Nicolas Maduro. Si les élections avaient normalement lieu, c’est-à-dire à la fin de l'année, le gouvernement Maduro les perdrait probablement. En fixant la date avant le 1er mai, ce dernier essaie de profiter du désarroi au sein de l'opposition qui est divisée entre ceux qui souhaitent participer aux élections dans des conditions normales et ceux qui dénoncent une élection frauduleuse. 

Aujourd’hui, des dirigeants de l’opposition comme Henrique Capriles, deux fois candidat à la présidence, Antonio Ledezma, ancien maire du grand Caracas, María Corina Machado, Leopoldo López (en résidence surveillée), et d'autres ont été interdits de participer à cette élection. Ils ont condamné cette élection illégale à laquelle toute participation légitimerait un gouvernement affaibli.

Ces élections anticipées causent un autre problème: si un membre de l’opposition est élu Président en avril, il devra légalement attendre janvier 2019 pour prendre ses fonctions, selon les dispositions constitutionnelles. Cela signifierait que le pays n'aurait alors pas un mais deux présidents. Le gouvernement actuel pourrait continuer à agir librement et gagner du temps pour mettre en œuvre différentes stratégies afin de neutraliser l’opposition.