La situation énergétique de l’Estonie analysée par l’AIE

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Tallinn

L'Estonie est peuplée par environ 1,3 million de personnes. Ici, la capitale Tallinn. (©Pixabay)

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié le 4 octobre un rapport consacré à la situation énergétique de l’Estonie(1), pays qu’elle qualifie d’« unique parmi ses États membres(2) ». Explications.

Les schistes bitumineux, socle du système énergétique estonien

Le système énergétique de l’Estonie se caractérise par une forte dépendance aux schistes bitumineux(3) produits sur son territoire. Ces roches sédimentaires contenant du kérogène sont brûlées pour produire de la chaleur et de l’électricité mais aussi « liquéfiées » pour en extraire les hydrocarbures. En 2018, ces schistes bitumineux ont compté pour 72,7% de l'approvisionnement du pays en énergie primaire et pour 75,9% de la production nationale d’électricité, selon les dernières données de l’AIE.

L’importance des schistes bitumineux en Estonie confère au pays « un haut degré d’indépendance énergétique, mais aussi l’intensité carbone la plus forte de tous les pays membres de l’AIE », constate l’Agence internationale de l’énergie. Notons que l'industrie estonienne des schistes bitumineux cherche à « extraire une plus grande valeur de ses ressources » en réduisant peu à peu la part consacrée à la production d'électricité et de chaleur et en augmentant celle dédiée à la production d'hydrocarbures(4).

L'AIE rappelle que l’Estonie ne taxe pas les émissions de CO2 à l'heure actuelle et ne confère pas un coût aux « externalités négatives liées à la production ou la consommation d’énergie » (les taxes portant sur l’électricité ne tiennent notamment pas compte des sources d’énergie sollicitées pour la produire).

Consommation énergétique de l'EstonieEn 2018, les énergies fossiles ont compté pour près de 82% de l'approvisionnement en énergie primaire de l'Estonie selon l'AIE. (©Connaissance des Énergies, d'après AIE)

Les recommandations de l’AIE pour engager une « transition énergétique »

L’AIE appelle entre autres l’Estonie à :

  • clarifier ses ambitions en matière d’énergie et de climat aux horizons 2030 et 2050 en mettant en place « un système permettant de suivre de façon régulière les progrès effectués » ;
  •  réaliser une analyse poussée des trajectoires de déploiement des énergies renouvelables les moins coûteuses ;
  • modifier la taxation en vigueur en matière d’énergie afin que celle-ci reflète les « coûts externes » des différentes sources d’énergie, notamment en matière d’émissions de CO2 ou de particules, afin de favoriser le recours à des technologies « bas carbone » ;
  • augmenter le soutien financier public dans le cadre de la rénovation du parc de bâtiments existant.

L’Estonie s’est entre autres fixé pour objectif de porter à 50% la part des énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie finale et dans sa production d’électricité à l’horizon 2030(5). Une ambition jugée « atteignable » par l’AIE - notamment en ayant davantage recours aux importantes ressources forestières du pays - mais qui nécessite que le gouvernement mette en oeuvre ces différentes recommandations.

Rappelons que l’Estonienne Kadri Simson, ancienne ministre de l’Économie dans son pays, va devenir Commissaire européenne à l’énergie(6).

Production électrique de l'Estonie
La part des schistes bitumineux dans la production électrique de l'Estonie est passée de 91% en 2008 à près de 76% en 2018. (©Connaissance des Énergies, d'après AIE)

Sources / Notes
  1. Energy Policies of IEA Countries : Estonia 2019, AIE, octobre 2019.
  2. L’Estonie est devenue un pays membre de l’AIE en mai 2014.
  3. Précisons que les schistes bitumineux exploités en Estonie (« oil shale » en anglais) et les hydrocarbures qui en sont tirés (« shale oil » en anglais) ne doivent pas être confondus avec le pétrole issu de réservoirs compacts ou pétrole « de schiste » exploité aux États-Unis (également qualifié parfois de « shale oil » en anglais).
  4. Précisons que l’Estonie exporte la grande majorité de sa production d’hydrocarbures issus des schistes bitumineux et qu'elle « dépend aussi des importations pour satisfaire sa demande de produits pétroliers (puisque le pays) ne dispose pas de raffineries sur son territoire ».
  5. Et à 80% dans sa production de chaleur et 14% dans les transports.
  6. L’entrée en fonction des nouveaux commissaires est prévue le 1er novembre 2019, faisant suite au vote d’approbation du Parlement européen.