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Le point sur les déchets radioactifs en France

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Centre de stockage de la Manche

Situé à Digulleville, le Centre de stockage de la Manche est aujourd'hui entièrement rempli. (©Andra)

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a publié mi-juillet la dernière édition de son Inventaire national des matières et déchets radioactifs(1). Ce qu’il faut en retenir.

1 540 000 m3 de déchets radioactifs en France

Publié tous les trois ans, l’inventaire mis à jour par l’Andra présente « l’état des stocks et la localisation des matières et déchets radioactifs sur le territoire français » ainsi qu’une estimation du volume de nouveaux déchets qui seront produits dans le futur, selon différents scénarios d’évolution possible de la politique énergétique française (l’industrie électronucléaire compte pour 58,8% des déchets radioactifs comptabilisés(2)).

En France, l’Andra fait état de 1 540 000 m3 de déchets radioactifs(3) à fin 2016 (contre 1 460 000 m3 à fin 2013). Ces déchets sont définis par le code de l’environnement comme « des substances radioactives pour lesquelles aucune utilisation ultérieure n’est prévue ou envisagée »(4). Ils sont classés par l’Andra en 6 catégories en fonction de leur niveau de radioactivité et de leur « durée de vie ».

Près de 60% du volume de déchets radioactifs comptabilisés par l’inventaire national sont des déchets « FMA-VC », c’est à dire de faible et moyenne activité (quelques centaines à un million de Bq/g) à vie courte (demi-vie inférieure ou égale à 31 ans). Ces déchets comprennent par exemple des outils, vêtements ou gants utilisés dans le cadre de la maintenance de centrales nucléaires.

Au total, les déchets FMA-VC ne comptent toutefois que pour 0,03% du niveau de radioactivité total des déchets comptabilisés par l’Andra. À l’inverse, les déchets de haute activité (HA) qui ne constituent que 0,2% du stock de déchets radioactifs en France, sont responsables de près de 95% de la radioactivité des déchets mentionnés par l'inventaire.

Déchets radioactifs en France
Les déchets de très faible activité (TFA) et de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) comptent pour près de 91% du volume de déchets radioactifs pris en compte par l’Andra à fin 2016.  (©Connaissance des Énergies, d’après Andra)

3 centres de stockage dans la Manche et l’Aube

L’Andra rappelle que « plus de 90% des déchets radioactifs ont d’ores et déjà une solution de stockage en surface » dans ses centres de stockage (CSM dans la Manche(5) et CSA dans l’Aube pour les déchets FMA-VC et Cires dans l’Aube pour les déchets de très faible activité). Il est prévu de stocker les déchets au niveau de radioactivité plus important (aujourd’hui entreposés sur les sites des « producteurs et détenteurs ») en couche géologique profonde (projet Cigéo).

Pour rappel, les assemblages de combustible usé « sont entreposés dans une piscine de refroidissement à proximité du réacteur avant d’être évacués vers l’usine de retraitement de La Hague »(6). Les produits de fission et actinides mineurs en découlant, qui constituent la majorité des déchets HA, sont in fine incorporés dans une matrice de verre, elle-même intégrée dans un conteneur en acier inoxydable.

L’Inventaire de l’Andra confirme par ailleurs « l’important volume de déchets qui proviendra du démantèlement des installations nucléaires », essentiellement des déchets TFA et FMA-CV. Malgré des programmes de réduction des volumes de déchets à la source, l’Andra étudie ainsi également « la possibilité de construire un nouveau centre de stockage » pour ces déchets.

Des scénarios prospectifs

Parmi les différents scénarios de l’Andra « pour la détermination des inventaires prospectifs » figurent :

  • le renouvellement du parc électronucléaire par des EPR, puis par des réacteurs à neutrons rapides (RNR) permettant un « multi-recyclage » des matières issus du retraitement de combustible usé ;
  • un renouvellement du parc nucléaire uniquement par des EPR « sans retraitement des combustibles usés MOX et URE(7) » ;
  • un non-renouvellement du parc électronucléaire après 40 ans d’exploitation des réacteurs (60 ans pour l’EPR de Flamanville qui doit être mis en service).

« Logiquement, plus le parc fonctionne longtemps, plus il y a de combustibles à retraiter », constate l’Andra. Selon les scénarios, la nature de ces déchets diffère toutefois. Dans le cas d’une mise en service de réacteurs à neutrons rapides qui permettraient de mieux recyler les combustibles usés, seuls les déchets vitrifiés devraient encore être stockés parmi les déchets à haute activité.

L’Andra rappelle que les données de son inventaire et ses scénarios prospectifs constitueront « un outil précieux » dans la perspective du débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui débutera à l’automne 2018.