Nabucco vs South Stream : le match gazier

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Partenariat européen Nabucco

Les présidents de l'Azerbaïdjan Ilham Aliyev (à gauche) et de la Commission européenne José Manuel Barroso à Bruxelles en juin 2011. Un partenariat essentiel pour Nabucco, concurrencé par le projet russe South Stream. (©Union européenne)

Dès novembre 2008, la Commission européenne pose les bases d’un « corridor sud » pour le gaz : un réseau de gazoducs relié à la mer Caspienne, permettant aux Etats membres de moins dépendre de la Russie, d’où provient 25% du gaz européen. La crise diplomatique entre la Russie et l’Ukraine en janvier 2006 a mis en lumière la nécessité pour l’UE de diversifier ses sources d’approvisionnement. Une nécessité confirmée en janvier 2009 par la deuxième « guerre du gaz » entre la Russie et l’Ukraine qui a fortement pénalisé les livraisons européennes.

Porté par un consortium de groupes énergétiques européens, le projet Nabucco est le plus important des gazoducs envisagés au niveau communautaire. Il est en concurrence avec le projet russe South Stream du consortium Gazprom/ENI (Italie), qui entend aussi exploiter les ressources de la mer Caspienne avec une capacité supérieure, en contournant l’Ukraine.

Nabucco, soutenu par l’Azerbaïdjan…

D’une longueur de 3 900 km, le gazoduc Nabucco entend relier la côte est de la Turquie à Baumgarten en Autriche afin de transporter 31 milliards de m3 de gaz par an. Les travaux doivent commencer en 2013 et le gaz être acheminé à partir de 2017.

L’importance du projet (budget de 7,9 milliards d’euros en cours de révision) exige des garanties en termes d’approvisionnement. En janvier 2011, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso est allé rencontrer les dirigeants de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan. Le principal accord d'association a été lancé en 2010 avec la république azérie, qui dispose d’un potentiel immense avec son champ offshore de Shah Deniz (10 milliards de mètres cubes disponibles à l’horizon 2015). Malgré ce soutien, Nabucco reste dans l’attente de garanties supplémentaires en matière d’approvisionnement pour garantir la viabilité de son gazoduc(1). Les alternatives à l’Azerbaïdjan sont en effet minces : le fournisseur potentiel turkmène apparaît moins fiable et les réserves iranienne et irakienne sont « interdites » à l’Union européenne à moyen terme (sanctions vis-à-vis de l’Iran tandis que l’Irak consacre sa production à sa consommation interne).

Le cadre législatif de Nabucco a toutefois été finalisé en juin 2011(2) avec la signature d’un accord entre l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie et la Turquie, pour rendre le projet conforme aux législations de ces pays par lesquels transiterait le gazoduc.

… mais concurrencé par South Stream et d’autres projets

La route du gazoduc Nabucco reste semée d’embûches. South Stream, principal projet concurrent, prévoit une capacité de 47 milliards de m3 par an. Le gazoduc russe doit acheminer le gaz exploité par la compagnie Gazprom et relier la mer Caspienne à l’Italie, via un réseau terrestre de 1640 à 2540 km et offshore de 923 km(3).

Carte du corridor gazier sud

Carte des différents projets de gazoducs au sud de l'Europe (©EurActiv)

Et la concurrence ne se limite pas à South Stream pour le projet Nabucco. Il existe plusieurs projets plus petits de gazoducs soutenus par la Commission européenne : 

  • le gazoduc transadriatique (TAP) ;
  • le projet « Interconnector Turkey-GreeceItaly/Interconnector Greece-Bulgaria » (ITGI/IGB);
  • le projet de gaz naturel liquéfié dans la mer Noire « Azerbaijan–Georgia–Romania Interconnector » (AGRI).

A ceux-ci s’ajoute encore le projet ukrainien White Stream. Cette abondance de projets exige de fait un arbitrage, reposant tant sur les futurs développements économiques que géopolitiques pour les différents gazoducs en lice.

Projet

Consortium

Pays de transit du gazoduc

Nabucco

Bulgarian Energy Holding (Bulgarie), Botas (Turquie), MOL (Hongrie), OMV (Autriche), RWE (Allemagne), Transgaz (Roumanie)

Turquie, Bulgarie, Roumanie Hongrie, Autriche

South Stream

Gazprom (Russie), ENI (Italie) et partenariats avec Grèce, Bulgarie, Serbie, Croatie, Hongrie, Slovénie et Autriche

Bulgarie, Roumanie, Grèce, Serbie, Hongrie, Croatie, Slovénie, Italie

TAP

EGL (Suisse, 42.5%), Statoil (Norvège, 42.5%) et E.ON Ruhrgas (Allemagne, 15%).

Grèce, Albanie, Italie

ITGI/IGB

IGI: Edison (Italie), Desfa et DEPA (Grèce)/ IGB: IGI Poseidon SA & Bulgarian Energy Holding

Turquie, Grèce, Bulgarie

AGRI

Compagnies publiques d’Azerbaïdjan, de Géorgie et de Roumanie

Géorgie, Roumanie

White Stream

Consortium non dévoilé

Géorgie, Roumanie, Ukraine