Quelle suite pour le paquet énergie-climat ?

  • Source : Bernard Tardieu

Le paquet énergie-climat 20-20-20 pour 2020 a été adopté par l’Union européenne (UE) en décembre 2008. La  feuille de route 2050 présentée par la Commission Européenne le 19 décembre 2011 analyse la réalisation de l'objectif de décarbonisation de l'UE (qui demeure l’objectif premier) compatible avec la sécurité de l'approvisionnement en énergie et la compétitivité. Le « Livre Vert » publié le 27 Mars 2013 analyse l’échéance intermédiaire 2030 en intégrant les changements intervenus depuis 2008 : la crise économique grave notamment en Europe (déjà bien visible en 2011), les problèmes budgétaires de nombreux pays membres, le développement sur le marché global des gaz et huiles non conventionnels et du nucléaire, l’impact du coût croissant de l’énergie sur le niveau de vie des ménages et la compétitivité industrielle, l’incapacité de l’Europe d’entraîner ses partenaires internationaux dans son objectif de réduction des gaz à effet de serre.

L’Europe estime qu’elle doit se donner en exemple et ainsi entraîner le monde dans une démarche qu’elle juge vertueuse. Le prix du carbone, sur le marché des ETS est aujourd’hui beaucoup trop bas pour jouer un rôle économique significatif en Europe et dans le monde. L’UE n’émet que 11 % des émissions mondiales de GES et cette proportion décroît. Les efforts européens pénalisent l’industrie européenne sans qu’ils aient un impact notable sur les émissions planétaires.

Lorsque le sujet des énergies renouvelables est abordé, « renouvelable » et « intermittent » sont souvent confondus du fait du poids considérable de l’éolien et du photovoltaïque en Allemagne (32 GW photovoltaïque, 30 GW éolien, soit en cumul l’équivalent de la puissance nucléaire française). Pourtant des ENR aident à résoudre le problème de l’intermittence comme l’énergie hydraulique traditionnelle ou utilisée en STEP et les biocarburants qui, l’un et l’autre, permettent de stocker l’énergie.

Le problème du développement à grande échelle des énergies intermittentes dans le réseau électrique européen est souligné avec le besoin de réaliser des investissements massifs dans les infrastructures de transport d’électricité y compris à travers les frontières. On peut s’interroger sur la pertinence d’avoir développé si rapidement des énergies intermittentes notamment en Allemagne sans attendre que les réseaux et les systèmes de stockage correspondants aient été construits ni même définis. La volonté était sans doute de développer des leaders industriels à vocation mondiale. Malheureusement, cela a surtout servi l’industrie chinoise.

Le Livre Vert se soucie du coût de l’énergie ainsi produite et de la dépendance des industries et des emplois aux politiques de subvention des états. Parmi les axes de développement, l’UE prévoit d’encourager les biocarburants de seconde génération, les smarts grids et les villes intelligentes, les technologies de stockage et le nucléaire de quatrième génération. Elle recommande d’exploiter les gaz et huile conventionnels et non conventionnels (shale gas and shale oil).

Le Livre Vert insiste sur les problèmes de la compétitivité industrielle de l’Europe et sur les  conséquences d’une énergie (dont l’électricité) chère sur la compétitivité de l’Europe. Ce Livre Vert a le mérite de faire un effort de prise en compte de la réalité économique et physique. Il débouchera en fin d’année sur un document précisant les des orientations importantes pour notre pays. Il faut y travailler.

Bernard Tardieu
Président de la Commission Énergie et changement climatique de l’Académie des Technologies
Membre du Comité des Experts de Connaissance des Énergies

Pour consulter le Livret Vert de la Commission européenne, cliquer ci-dessous.

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