La guerre du gaz de schiste n’aura (sans doute) pas lieu

Sébastien Chailleux et Philippe Zittoun

Sébastien Chailleux, Maître de conférences en science politique, Sciences Po Bordeaux
Philippe Zittoun, Directeur de recherche en science politique, secrétaire général de l'Association Internationale de Politiques Publiques, ENTPE

Le conflit russo-ukrainien a conduit à une hausse subite du prix du baril de pétrole et du mètre cube de gaz, et a mis en évidence la dépendance que génère notre consommation énergétique. Face à ce constat, certaines voix s’étonnent que la France ne revienne pas sur « l’eldorado » inexploité(1) que constituent ses propres gisements en gaz de schiste) et regrettent que son exploration soit devenu un véritable « tabou »(2).

Le gaz de schiste est un gaz naturel dont la particularité réside dans la nature du sous-sol dans lequel il se trouve enfermé. Alors que le gaz conventionnel se trouve piégé dans une roche perméable qui permet facilement son extraction, le gaz de schiste est emprisonné dans les porosités de certains types de roches argileuses imperméables. Son extraction nécessite donc des techniques plus complexes.

En France comme dans plusieurs autres pays, les débats autour de l’interdiction et de l’autorisation de la fracturation hydraulique (la principale technique d’extraction du gaz de schiste) sont fréquemment relancés.

Pour ses défenseurs, exploiter les richesses gazières de notre sous-sol représenterait une formidable opportunité pour permettre à notre pays de bénéficier d’une énergie à moindre coût et de réduire nos importations et notre dépendance aux pays gaziers.

Pour ses opposants, le coût environnemental de l’exploitation du gaz de schiste (que ce soit en matière de pollution(3) des nappes phréatiques, d’émission de gaz à effet de serre ou d’augmentation des tremblements de terre(4)…) est tel qu’il n’est pas question de revenir sur son interdiction.

Malgré la dimension économique et géopolitique de leurs arguments, les défenseurs du gaz de schiste peinent à se faire entendre dans un paysage médiatique dominé par les opposants qui semble avoir réussi à verrouiller le débat. Malgré un climat politique particulièrement concurrentiel en cette période d’élections présidentielle et législatives, pourquoi est-il si difficile d’aborder cette question de l’exploration du gaz de schiste, et que nous apprend-elle sur les dynamiques de verrouillage des débats ?

Les premiers débats entourant l’interdiction de la fracturation hydraulique

Pour comprendre ces dynamiques de verrouillage, il faut d’abord remonter dans le temps, juste avant la loi Jacob de 2011(5), qui prohibe la fracturation hydraulique.

Le sujet s’invite dans les médias sur la pointe des pieds à partir de 2010, avec quelques articles épars. Il arrive sur un terrain vide de sens : personne n’a alors entendu parler d’un tel sujet, à l’exception de quelques géologues pétroliers spécialisés.

Au premier semestre 2010, les premiers articles mettent en balance deux énoncés en compétition : le gaz de schiste est défini d’un côté comme possible eldorado(6), et de l’autre comme risque environnemental(7), sans que l’un ne s’impose sur l’autre et sans que l’un et l’autre ne suscitent beaucoup d’écho.

Un basculement s’opère à partir de décembre 2010, avec l’émergence d’une variation de l’énoncé dramatique du gaz de schiste portée par des opposants locaux. Son exploration est désormais aussi associée à la mise en danger de territoires particuliers (visés par des permis d’exploration), tels que le Larzac, la Drôme et l’Ardèche. Elle n’est plus seulement un problème impersonnel pour la planète, mais devient une dramaturgie enracinée dans un territoire et associée aux victimes potentielles que sont les habitants, les agriculteurs, les chasseurs, les pêcheurs, les spéléologues, etc. du territoire en question

Elle aussi associée à un problème démocratique, où les victimes sont ces élus locaux qui n’ont pas été consultés et dont la légitimité est désormais remise en cause.

La mobilisation efficace des opposants

Ce nouveau variant territoriale et démocratique de l’énoncé dramatique, couplée à une forte mobilisation, contribue très largement à la victoire médiatique écrasante des opposants.

Tout d’abord, leur capacité à déployer une véritable contre-expertise et à structurer des arguments puisés en partie dans les luttes nord-américaines constitue une arme redoutable. Les opposants québécois(8) jouent un rôle central, en diffusant les informations venant des États-Unis et en insistant sur la nécessité de bloquer l’industrie dès la phase d’exploration.

Leurs actions reposent également sur l’organisation d’évènements publics à fort écho médiatique, qu’il s’agisse de manifestations(9) qui voient les riverains descendre dans la rue, ou de réunions publiques(10) dans lesquelles les élus prennent la parole pour accuser l’État de déni de démocratie et délégitimer le processus de délivrance des permis.

Ensuite, ils ne rencontrent qu’une très faible résistance de la part des défenseurs du gaz de schiste. Cela s’explique d’une part par la structuration du paysage énergétique français autour de grandes industries peu intéressées par des « petits » gisements, là où le gaz de schiste est d’abord l’affaire de petites et moyennes entreprises étatsuniennes.

D’autre part, les principaux acteurs du secteur industriel focalisent alors leur attention sur le sauvetage du nucléaire civil après l’accident de Fukushima en mars 2011.

Enfin, c’est la ministre de l’écologie, Nathalie Koscuisko-Morizet, qui prend en charge le dossier, en insistant sur sa dimension environnementale et en marginalisant le rôle du ministère de l’industrie, dont la position est plus favorable aux industriels.

Une remobilisation des partisans du gaz de schiste qui ne porte pas ses fruits

L’issue de la première bataille qui conduit au vote de la loi d’interdiction de la fracturation hydraulique en 2011 s’explique autant par l’effort de mobilisation des opposants que par le faible engagement des défenseurs. La deuxième bataille qui s’engage un an plus tard est bien différente, mobilisant des partisans au poids politique beaucoup plus lourd alors même que la pression des mobilisations est en partie retombée.

Alors que le sujet avait disparu de l’arène médiatique au cours d’une année électorale qui a conduit à la victoire de François Hollande, il refait surface dès l’été 2012 par la voix de nouveaux porte-parole, tels le ministre de l’Industrie Arnaud Montebourg et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Ces derniers proposent de rouvrir le débat(11), en faisant de l’exploitation du gaz de schiste la solution au problème de la trop faible croissance du pays.

Au cours des mois suivants, une véritable attaque politique et médiatique est lancée, dont l’objectif est de montrer que le tabou posé sur le gaz de schiste est le signe de l’immobilité de l’État et de l’incompétence d’une partie des socialistes qui refusent cette manne qui s’offre à eux pour sauver la France.

Il s’agit avant tout d’une lutte interne au gouvernement, qui oppose Arnaud Montebourg à la ministre de l’écologie Delphine Batho, dont le but est de remporter l’arbitrage du président Hollande.

Delphine Batho continue de défendre la position socialiste de 2011 qui était celle de l’interdiction, tandis qu’Arnaud Montebourg tente d’expliquer qu’il est possible de développer une exploitation propre afin de bénéficier d’une manne énergétique utile à la croissance économique.

Cependant, cette nouvelle bataille du sens n’arrive pas à infléchir l’étiquette sémantique qui colle désormais au gaz de schiste dans l’arène médiatique : celle d’être un drame environnemental doublé d’un problème politique suscitant le désordre public.

Il faut dire que les étiquettes sémantiques ont ceci de particulier qu’elles ne collent pas seulement au sujet, mais aussi à l’identité de ceux qui décident d’en devenir les porte-parole. Défendre le gaz de schiste, c’est ainsi être contre l’environnement et déclencher le désordre des mobilisations.

C’est ainsi que François Hollande finit à plusieurs reprises, comme son prédécesseur et bien qu’il n’en soit pas nécessairement convaincu, par refuser de rouvrir le débat(12).

Et maintenant ?

Les défenseurs du gaz de schiste ont non seulement perdu la bataille initiale de définition des termes du débat, mais chaque défaite qu’ils ont rencontrée n’a fait que renforcer la colle sémantique qui associe le gaz de schiste à un drame environnemental et ses porte-parole à des personnes non soucieuses des enjeux environnementaux.

Le prix à payer pour rouvrir le débat s’est donc alourdi chaque année un peu plus, renforcé l’échec des prospections dans d’autres pays comme la Pologne, les problèmes qui s’accumulent aux États-Unis et le renforcement législatif français avec la loi Hulot de 2017(13) qui prévoit la fin de l’exploitation d’hydrocarbures d’ici 2040 dans un objectif de neutralité carbone.

Au-delà des discours scientifiques, l’histoire de l’interdiction du gaz de schiste est ainsi un formidable révélateur de l’importance des luttes de sens, qui sont aussi des luttes de pouvoir se déployant non seulement dans les arènes médiatiques, mais aussi dans les arènes discrètes du monde politico-bureaucratique.

 

Sources / Notes

L'État sous pression - Enquête sur l'interdiction française du gaz de schiste, Sébastien Chailleux et Philippe Zittoun, Presses de Sciences Po.

  1. Le gaz de schiste, un « eldorado » inexploité, Le Point, 17 mars 2022.
  2. Gaz de schiste : le grand tabou de la transition énergétique, article du blog EnergyStream des consultants de Wavestone, 2014.
  3. Plus de 10 pour cent des puits d'extraction fuient au nord-est de la Colombie-Britannique, Romain Chesnaux, The Conversation, 5 mars 2020.
  4. Crises sismiques : la France aussi peut trembler, Robin Lacassin, The Conversation, 17 décembre 2015.
  5. Loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011 visant à interdire l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique.
  6. Révolution énergétique en vue grâce au gaz naturel, La Tribune, 28 mars 2010.
  7. Des risques pour l'environnement, La Tribune, 28 mars 2010.
  8. Le Québec se décide à consulter les citoyens sur les gaz de schiste, Le Devoir, 30 août 2010.
  9. Célébrités et anonymes convergent dans le Larzac contre les gaz de schistes, Le Point, 5 février 2011.
  10. La fronde anti gaz de schiste s’étend, Libération, 29 mars 2011.
  11. Arnaud Montebourg rouvre la porte au gaz de schiste, Les Échos, 28 novembre 2012.
  12. Hollande ferme la porte aux gaz de schiste, Le Parisien, 15 septembre 2012.
  13. Loi n° 2017-1839 du 30 décembre 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures et portant diverses dispositions relatives à l'énergie et à l'environnement.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Commentaire

Hervé

Il faut je crois examiner cela à la lumière de la conjoncture actuelle et du conflit Ukrainien.

La France est dans une situation difficile: on a fermé la plupart des centrales à charbon, l'industrie nucléaire dont l'expansion a été abandonnée depuis longtemps (et cible d'attaques de toutes part) est en pertes de vitesse alors que le gaz reste encore une source importante pour les applications de chaleur.
De plus, la mode actuelle est aux ENRi qui sont trés consommatrices de gaz pour compenser leur instabilité.
La demande va donc croitre.

Parallèlement à cela, en plus de la menace qui pèse sur la perte de l'approvisionnement Russe qui mécaniquement va faire monter les prix marché, et les principaux lobbies écolos andi GDS vont perdre leurs financements venant de Russie. Enfin la crise économique qui s'annonce va renchérir le cout des importations, réduisant d'autant nos capacités d'achat de combustibles à l'étranger.

En l'état, je crois qu'on n'en est plus à discuter sur le plat que l'on préfère: quand il n'y a plus rien, on mange ce qu'on trouve. A moins d'un revirement des relations avec la Russie (qui reste encore possible si on se retire du conflit), il n'y aura bientôt que deux possibilités:
- soit les GDS ne sont pas exploitables et ça va être compliqué
- soit ils le sont et dans ce cas, il est peu probable qu'on s'en prive longtemps.

Il est donc plus qu'urgent de débloquer les possibilités de recherche et de commencer les forages.

APO

Même Pouyanné ne dit pas croire à l'exploitation du Gaz de Schiste en France ...
Les géologues américains consultés par Total, avec les Data en leur possession, voient le truc comme compliqué dans des espaces pas simples qui plus est... (ce n'est pas le désert Texan ou les plaines vides du Dakota !!!). La Pologne a été un échec pour les GDS !!!

Je pense que vous faites erreur... Nous ne les exploiterons pas ou seulement de manière ponctuelle en quelques points géographiques moins sensibles (à noter que pour obtenir les 500 TW.h de Gaz importés à ce jour, même avec des exploitations à grande échelle, on en serait encore loin !).
Par contre que la France laisse aller forer un jour au large de la Guyane est de plus en plus une certitude (hélas !) et dans le Canal du Mozambique près des iles éparses une hypothèse forte (avec ou sans pseudo rétrocession à Madagascar de ces iles pour faciliter si besoin des contournements de Loi nationales métropolitaines...).

charly

Et le GDS américain (est/sera ?) livré à l'Europe reconnaissante ?
Existe-t-il des bilans et études sérieux et "neutres" sur les conséquences de l'exploitation des GDS aux USA ?
Le robinet qui s'enflammait a été démasqué comme un montage, un peu plus tard... Que croire ? Qui croire ? Quand la croyance remplace la rationalité la porte est grand ouverte aux fake news...

blaizot

Le GDS américain arrive déjà en masse en France ; en 2021 on a importé 170 Bcf soit près de 5 Gm3 de méthane (gaz de schistes) pour une consommation totale de 40 Gm3. Un peu moins que l'Espagne et les Pays-Bas (avec reroutage vers l'Allemagne je pense).
Pourvu que cette hypocrisie (cacher ce schiste que je ne saurais voir -chez nous- mais bienvenue aux GDS américain) dure ! et c'est bien parti puisqu'Engie vient de signer 2 nouveaux contrats au Texas.

Davi

Excellent article félicitation aux auteurs!! ils montrent comment les "luttes de sens" peuvent amener notre société vers de mauvais (voire très mauvais!) choix et décisions; et pas seulement dans les domaines des gaz de schistes mais dans le domaine des énergies en général!!

Lecteur 92

Intéressant petit article : heureux de constater que des specialises de science politique peuvent s'intéresser à l'extraordinaire pouvoir des activistes environnementaux qui ont su décupler --comme les populistes en politique-- dans l'opinion une approche simple voire simpliste de vrais questions. On leur doit quelques (rares) bonnes choses, qui auraient été acquises sans eux - mais on leur doit aussi quelques évolutions regrettables comme par exemple notre dépendance au gaz russe lui même rendu nécessaire par leur rejet sans nuances et sans intelligence du nucléaire civil. Ce sont sans nul doute des empêcheurs de raisonner calmement et intelligemment en paix (ils adoreront les débats entre citoyens tirés au sort - et sont de grands fanatiques des "grands dépats" démocratiques et citoyens"; ils adorent également les assemblées générales d'entreprises dans lesquelles ils peuvent faire semblent de raisonner ... CEci dit, s'agissant d'une exploration et production éventuelle de gaz de schiste dans notre petit pays, l'interdicution de principe doit sans doute être rejetée. Mais nos espaces géographiques sont étroits, la densité démographique de son territoire n'a rien à voir avec elle des Etats Unis ... donc y développer en France des projets gaz de schiste de manière intelligente et acceptable localement serait de toutes façons très difficile. Une piste qu'il faut sans doute oublier - sauf extrêmes nécessités, qu'on ne voit pas venir..

sommer frederic

Je pense que exploiter le gaz de schiste ne provoque pas plus de dégâts que la géothermie profonde ; c'est un alsacien, géologue en plus , qui vous parle et qui s'est déjà réveillé plusieurs fois la nuit à 30 km des forages de la Wantzenau

Arnaud

Cet article évoque à peine la problématique d'effet de serre induit par l'exploitation de ces ressources supplémentaires et les commentaires des lecteurs précédents pas du tout.

Tant pour contrer la dépendance aux fossiles que pour le climat, il est avant tout urgent de décarboner l’économie française.
Je vous invite à prendre connaissance du plan de décarbonation de l'économie française par "The Shift Project", un think tank d'ingénieurs, faites une recherche Youtube "shift project pdef".

sommer frederic

Jean Marc Jancovici est un puissant défenseur du nucléaire , mais aussi un grand adepte du réchauffement climatique provoqué par le CO2 émis par l'homme ; je pense qu'il aura des problèmes avec le gouvernement de Borne ou du Nupes .
Mais reconnaissez que le RC marque le pas , que les banquises se maintiennent, que les prévisions du GIEC sont toujours exagérées et que le sans le CO2 la vie sur Terre disparaît

APO

@Frédéric Sommer,
Pourriez-vous citer vos sources (scientifiques si possible) sur : "Mais reconnaissez que le RC marque le pas , que les banquises se maintiennent, que les prévisions du GIEC sont toujours exagérées" --> Pour mémoire, les scientifiques du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'Eude du Climat) mandatés par l'Arabie Saoudite, le Qatar, les EAU, ..., les USA sous Trump, la Russie et la Chine ont tous le "droit au chapitre". Les exagérations du GIEC sont plutôt considérés comme très largement sous-évalués par nombre de scientifiques occidentaux, car la faute à des manques d'études plurielles sur certains sujets et/ou de faits ou de démonstrations suffisamment étayées !!! Je ne reconnais qu'une "affirmation" légère (et surement auto-rassurante) dans vos propos mentionnés, mais j'apprécierais (avec bonheur et réconfort) que vous me démontriez le contraire !

Pour la conclusion de : " et que le sans le CO2 la vie sur Terre disparaît " Oui certes mais Est-ce possible!? D'autre part avec Beaucoup plus de Co2 dans l'atmosphère sur Terre, les formes de vie vont également changer et/ou être très impactées, il y aura du positif (certes) et du négatif (incontestable !!!).
Personnellement, j'aime bien les forêts avec de beaux hêtres, mais cela risque de ne pas durer longtemps... Avez-vous la sécheresse en cours dans le Nord de la France !?

sommer frederic

APO,
si vous voulez que je vous réponde donnez moi votre nom et j'irai sur google scholar pour savoir si cela vaut la peine que je perde mon temps pour vous donner des références biblio et continuer de discuter avec vous

sommer frederic

@APO
"Avez-vous la sécheresse en cours dans le Nord de la France !?"""
En Australie, d’importantes inondations tuent au moins 20 personnes, une partie de Sydney évacuée
Le Nord de la France ce n'est c'est petit par rapport au reste du monde

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