L’énergie dans les municipales : silence radio

Clément Le Roy

Responsable de la Practice Énergie et Environnement chez Wavestone

À l’approche des élections municipales, les débats publics se structurent autour de thèmes identifiés comme immédiatement visibles : sécurité, propreté, tranquillité publique, mobilité, école, fiscalité locale. Ces sujets sont légitimes, mais ils occupent souvent tout l’espace du débat, laissant dans l’ombre des enjeux pourtant tout aussi déterminants pour la vie quotidienne et l’avenir des territoires. Parmi eux, l’énergie demeure l’une des grandes absentes des campagnes municipales, cantonnée à quelques mentions techniques ou à des engagements généraux rarement discutés politiquement.

Comme si l’énergie relevait d’un autre niveau de décision, trop complexe, trop technique ou trop éloignée du quotidien pour être pleinement assumée dans un débat local. Cette mise à distance est pourtant une erreur majeure. Stratégique, parce que l’énergie conditionne désormais une part croissante des budgets communaux, dans un contexte de fortes tensions financières. Sociale, parce qu’elle pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages et accentue les inégalités territoriales. Démocratique, enfin, parce qu’elle engage des choix structurants, souvent irréversibles, qui façonnent les villes et les villages pour plusieurs décennies.

À l’heure où les crises énergétique, climatique et sociale se superposent, ne pas faire de l’énergie un thème central des municipales n’est plus un simple oubli. C’est un renoncement politique, qui prive les citoyens d’un débat essentiel sur leur cadre de vie, leurs factures, leur confort et leur capacité collective à faire face aux chocs à venir.

L’énergie, une réalité locale et quotidienne

L’énergie n’est ni une abstraction ni un sujet réservé aux experts. Elle irrigue chaque geste du quotidien : se chauffer l’hiver, s’éclairer, faire fonctionner une école, une crèche ou une piscine, se déplacer, télétravailler, produire et consommer localement. Derrière chacun de ces usages se cachent des choix très concrets, souvent invisibles, mais dont les effets sont immédiatement ressentis par les habitantes et habitants.

Contrairement à une idée répandue, une part décisive de ces choix se joue à l’échelle communale. Urbanisme, localisation des équipements, gestion du patrimoine public, éclairage, concessions, réseaux de chaleur, soutien aux projets locaux : les municipalités disposent de leviers réels, qui influencent durablement les consommations d’énergie et les émissions associées.

Les communes gèrent par ailleurs un patrimoine souvent ancien et énergivore : bâtiments scolaires construits avant les premières réglementations thermiques, équipements sportifs très consommateurs, bâtiments administratifs mal isolés, éclairage public obsolète. À l’échelle nationale, l’énergie utilisée par les collectivités locales – pour leurs bâtiments, leur éclairage public et leurs services – représente plusieurs dizaines de térawattheures par an, soit près de 10 % de la consommation finale d’énergie française. Ce chiffre, rarement mis en avant, illustre pourtant le poids considérable des décisions locales dans la trajectoire énergétique du pays.

Depuis 2021, la flambée des prix de l’électricité et du gaz a brutalement rappelé cette réalité. De nombreuses communes ont vu leur facture énergétique doubler, voire tripler en un an. Grandes villes, villes moyennes et communes rurales ont dû geler des projets, différer des investissements ou réduire certains services pour absorber le choc. L’énergie s’est imposée comme un sujet budgétaire central, souvent subi plus que choisi, révélant la fragilité d’un modèle fondé sur l’inaction et le court terme. Mais cette contrainte met aussi en lumière une évidence trop souvent ignorée : subir coûte toujours plus cher qu’anticiper.

Une responsabilité budgétaire et patrimoniale des communes

Le premier levier d’action des municipalités réside dans leur propre patrimoine. Les bâtiments publics constituent à la fois une charge financière importante et une formidable opportunité d’action. Rénover une école, moderniser une chaufferie, améliorer l’isolation d’un gymnase ou installer des systèmes de régulation performants sont des décisions politiques, aux effets rapides, mesurables et durables.

Ces choix engagent certes des investissements initiaux, mais ils permettent surtout de réduire structurellement les dépenses de fonctionnement. Dans un contexte de forte volatilité des prix de l’énergie, ne pas investir revient à exposer la collectivité à une dépendance croissante et à une vulnérabilité budgétaire accrue. 

De nombreuses collectivités l’ont démontré. À Besançon, un plan pluriannuel de rénovation énergétique du patrimoine municipal a permis des baisses de consommation de 30 à 60 % selon les bâtiments. À Dunkerque, la rénovation ciblée des équipements sportifs et scolaires a réduit durablement les charges tout en améliorant le confort des usagers. Ces politiques ne relèvent pas de l’affichage écologique, mais d’une gestion rigoureuse et anticipatrice des finances locales.

L’éclairage public constitue un autre poste clé. Il peut représenter jusqu’à 40 % de la facture d’électricité d’une commune. Longtemps considéré comme incompressible, il est pourtant l’un des leviers les plus simples à activer. Passage aux LED, modernisation des armoires électriques, extinction nocturne raisonnée ou pilotage intelligent permettent des économies de 50 à 70 % de ce poste, sans dégradation de la sécurité ni de la qualité de vie. Là encore, il s’agit moins d’idéologie que de responsabilité budgétaire.

L’énergie comme levier de pouvoir d’achat et de justice sociale

Faire de l’énergie un thème central des municipales, c’est d’abord parler de pouvoir d’achat. La précarité énergétique touche aujourd’hui plus de 12 millions de personnes en France. Derrière ce chiffre, ce sont des logements mal isolés, des factures imprévisibles, des situations de renoncement et des inégalités territoriales profondes, souvent invisibles dans les statistiques locales.

Les communes sont souvent le premier échelon vers lequel se tournent les ménages en difficulté. Sans pouvoir agir seules, elles jouent un rôle déterminant pour coordonner les réponses. En lien avec les intercommunalités, les bailleurs sociaux, les services sociaux et le tissu associatif, elles peuvent structurer des politiques locales de rénovation de l’habitat, soutenir les ménages modestes, accompagner les copropriétés fragiles et articuler politiques sociales et énergétiques.

Une politique énergétique locale ambitieuse est une politique sociale à part entière. Isoler un logement, c’est protéger ses occupants du froid et de la chaleur excessive. Rénover, c’est réduire durablement les factures et redonner de la capacité de choix aux ménages. À l’inverse, se limiter à des aides ponctuelles revient à traiter les symptômes sans jamais s’attaquer aux causes structurelles de la précarité.

Dans ce domaine, les municipalités peuvent jouer un rôle d’entraînement, en montrant l’exemple sur leur propre patrimoine, en facilitant l’accès aux dispositifs existants et en construisant des parcours d’accompagnement lisibles pour les habitants.

Produire localement et reconquérir une souveraineté énergétique

Au-delà de la sobriété et de l’efficacité, les communes peuvent devenir actrices de la production d’énergie. Toitures d’écoles et de gymnases, parkings, foncier communal, réseaux de chaleur : les leviers sont nombreux.

Des villes comme Mouans-Sartoux, Montdidier ou La Rochelle ont investi dans le solaire photovoltaïque sur bâtiments publics. D’autres, comme Rennes, Brest ou Strasbourg, ont développé des réseaux de chaleur alimentés majoritairement par la biomasse ou la récupération de chaleur, couvrant parfois plus de la moitié des besoins de chauffage urbain.

Ces projets permettent de réduire la dépendance aux marchés énergétiques internationaux, de sécuriser les coûts sur le long terme et de créer de la valeur locale. Lorsqu’ils intègrent des dispositifs de participation citoyenne, ils contribuent également à renforcer l’acceptabilité et l’ancrage territorial.

Démocratie locale, climat et vision de long terme

L’énergie est aussi un sujet éminemment démocratique. Les projets énergétiques cristallisent parfois des oppositions, souvent moins par rejet que par manque de concertation et de transparence. À l’inverse, lorsque les citoyens sont associés en amont – information, débat public, participation financière ou gouvernance partagée – l’adhésion progresse fortement.

Parler d’énergie dans les municipales, c’est également parler de climat sans détour. Urbanisme, logement, mobilités, aménagement du territoire : les décisions municipales conditionnent une part majeure des émissions locales. Faire l’impasse sur l’énergie dans un programme municipal, c’est renoncer à l’un des leviers climatiques les plus immédiats et les plus visibles.

Il serait illusoire de prétendre que les communes détiennent toutes les clés. Elles ne fixent pas les tarifs nationaux de l’électricité ou du gaz. Elles ne maîtrisent pas directement les grands réseaux énergétiques : lorsqu’elles en sont autorités concédantes, notamment via les syndicats d’énergie pour l’électricité et le gaz, leur rôle s’exerce dans le cadre de concessions ou de délégations de service public, avec un pouvoir d’orientation réel mais un pilotage opérationnel indirect. Elles ne peuvent se substituer à l’État pour financer l’ensemble de la rénovation privée. Mais elles peuvent orienter, faciliter, accélérer et donner une direction politique claire.

La question n’est donc pas de savoir si l’énergie doit entrer dans la campagne municipale, mais comment : avec quelle ambition sociale, quelle vision de la souveraineté locale et quelle trajectoire climatique crédible. Les électrices et électeurs sont prêts pour ce débat. Ils en vivent déjà les conséquences, sur leurs factures, leur confort et leur cadre de vie. Ce qu’ils attendent, ce ne sont pas des slogans, mais des choix clairs, des priorités assumées et une vision de long terme.

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Commentaire

Freudon Saké
Il est notoire que les notables sont inconséquents et incompétents.Cette semaine sur France 24, un maire communiste ; elle pleure que les dealers font la loi sur sa commune et brûlent sa voiture…
Mais dans les années 70, quel est le parti qui s'est accoquiné aux frérots pour faire couler à flot le béton des loges, grâce à l'argent public ?
Il n'y a pas que les pirates monégasques qui traitent avec les mafieux pour construire des HLM.
Depuis, il y a des maires pour faire construire des stades à 400 millions d'euros et jumeler leur municipalité avec des villes d'Asie centrale, dans des pays où règnent diverses activités criminelles, notamment le trafic d'êtres humains, l'extorsion et le commerce illicite de marchandises contrefaites, ainsi que de ressources naturelles.
La bonne gestion énergétique et économique n'évoque rien chez ces gens-là, pire, ils sont heureux de servir leur idéologie en important des hydrocarbures de Russie, du Moyen-Orient et d'ailleurs, tant que cela fait vendre du béton à leur caste.
Tous les gouvernements sont les complices de cette crapulerie en bandes organisées, il faut construire des EPR et hyperélectrifié le pays à marche forcée, pour être encore plus dépendant des États tyrans et participer ainsi à la mondialisation heureuse, qui va changer notre statut de mammifère propriétaire de son terrier à celui de fourmi locataire de la fourmilière et totalement soumis à la reine de la Cité Interdite.
Voici des chiffres clés représentatifs :
1. Poids pour les communes
41 % de la consommation d'électricité : C'est la part moyenne de l'éclairage public dans la consommation électrique totale d'une commune française selon l'ADEME.16 % de leur consommation d'énergie totale (tous vecteurs confondus : chauffage, carburant, électricité).
31 % de leur facture d'électricité globale.
2. Chiffres à l'échelle nationale
Consommation annuelle : environ 5,6 TWh (térawattheures) par an, ce qui représente environ 1,2 % de la consommation d'électricité nationale.
Parc de luminaires : la France compte environ 9 à 11 millions de points lumineux.
Émissions de CO₂ : ce secteur émet annuellement environ 670 000 tonnes de CO₂.

Curieusement, après toutes ces années et tous ces travaux dits publics, la mairie socialo-écolo qui a ruiné Paris, n'a toujours pas transformé le parc de lampadaires en éclairage LED avec poteaux recouverts de photovoltaïque organique avec volants d'inertie pour le stockage…
L'Élysée montre le mauvais exemple en se chauffant au gaz, au lieu de transformer les ardoises de ses toits en radiateurs pouvant produire du froid pendant l'été, et en plus, Mac Néron fait la morale, tout en voulant renouer avec Poutine.
Effectivement, la géographie ne change pas plus que les fossoyeurs du monde.
La consommation du « chauffage public » (communément appelé réseaux de chaleur) connaît une croissance record en France. En 2024, le volume de chaleur livré a atteint un sommet historique de 28,3 TWh (32,3 TWh après correction climatique), soit une hausse de 9,3 % par rapport à l'année précédente.
Voici les chiffres clés représentatifs de ce secteur :
Poids dans la consommation énergétique
Part du chauffage : le chauffage représente environ 67 % de la consommation totale d'énergie d'un foyer français.
Contribution des réseaux : bien que les réseaux de chaleur ne couvrent encore qu'une part minoritaire de la demande totale (comparé au gaz ou à l'électricité), ils constituent un levier majeur de la transition avec plus de 1 000 réseaux actifs sur le territoire.
Coût à l'usage : le chauffage urbain reste l'une des solutions les plus compétitives, avec un prix moyen compris entre 0,05 € et 0,08 € par kWh.
Stabilité : contrairement au gaz ou à l'électricité, ses tarifs sont moins volatils car ils dépendent moins des marchés mondiaux de l'énergie.
L'on peut aussi se demander où sont les roues à aubes dans les campagnes et que fait l'association des maires pour que les communes produisent l'énergie qu'elles consomment ?

Encore une fois, il y a une présidentielle en 2027 et toutes ces questions doivent être sur la table !
Freudon Saké
Note : J'ai essayé de faire le plus court possible.

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