Réunion de l'OPEP du 5 juin : vers une nouvelle baisse des prix du pétrole?

Alexandre Andlauer

Analyste financier chez Alphavalue

La production de l’OPEP amenée à augmenter…

Les exportations de pétrole brut de l'Arabie saoudite ont atteint en mars 2015 leur plus haut niveau depuis novembre 2005 : elles se sont élevées à près de 7,9 millions de barils par jour (mbj), contre 7,35 mbj  au mois de février. Le ministre du Pétrole Ali al-Naimi a déclaré que l'Arabie saoudite avait produit environ 10,3 mbj de pétrole brut en mars, soit davantage que son précédent pic de production d’août 2013 (10,2 mbj), à un niveau avoisinant les records du début des années 1980.

En Libye, la production de pétrole n’atteint encore qu’un tiers (0,44 mbj) de son niveau d'avant-guerre. M. Sanallah, le président de la compagnie nationale a ainsi déclaré que la Libye, tout comme l'Irak, chercherait à reconquérir ses parts de marché, sans prendre en compte les quotas de l'OPEP. Enfin, l'Iran pourrait également augmenter sa production de 0,5 mbj en 6 mois mais il faut être plus prudent sur cette évolution. En bref, la production du Moyen-Orient est encore très perturbée mais chaque pays va chercher à augmenter sa production et à obtenir de nouvelles parts de marché.

… tout comme la production américaine en 2015

Aux États-Unis, le nombre de forages est devenu un indicateur obsolète pour suivre la production : les puits de meilleure qualité (des puits moins nombreux mais beaucoup plus productifs), le recours au forage horizontal et les progrès technologiques sont des éléments qui ne sont pas reflétés par le nombre d’appareils de forage. De plus, de nombreux puits « inachevés » (qui doivent encore être fracturés ou abandonnés) brouillent la perception de la production américaine. Ils seraient au nombre de 2 500 aujourd’hui. Sur la base d’une production attendue de 400 barils par jour sur chaque puits, leur production totale pourrait atteindre un pic de 1 mbj.

Près de 60% des coûts ont déjà été réalisés sur ces puits inachevés et leur mise en production semble donc inévitable. Cette mise en production viendra entre autres contrebalancer la baisse rapide du taux d’extraction des puits précédemment exploités.

Prenons l’exemple du Dakota du Nord qui possède environ 880 puits en attente de mise en production à fin mars 2015. Pour maintenir la production de cet État aux alentours de 1,2 mbj, il serait nécessaire d’exploiter 110 à 120 puits « inachevés » supplémentaires chaque mois. Durant les 7 derniers mois de 2015, cela signifie un total de près de 840 puits. Il resterait donc une marge de 40 puits supplémentaires, pour faire progresser la production dans cet État. En d’autres termes, la production américaine pourrait continuer à augmenter en 2015, y compris sans nouveaux forages (d’après cet exemple du Dakota).

Quel sera le futur prix du pétrole ?

Le pétrole de schiste (environ 5% de la production mondiale en 2015) fait des États-Unis les nouveaux « swing producteurs ». Qu'est-ce que cela signifie pour les prix du pétrole? Probablement une volatilité des prix plus importante avec la possibilité d’arrêter et de redémarrer la production beaucoup plus rapidement. Avant que la production de pétrole de schiste ne soit affectée, le prix du pétrole pourrait atteindre un prix de 50 $ par baril et rester à ce niveau durant un certain temps. Quel est ensuite le scénario le plus probable ? Un baril compris entre 50 et 70 $, l'histoire se répétant jusqu'à ce que d'autres pays changent leur stratégie, ce qui n’est pas attendu en 2015, ni même avant 2018.

Et qu’attendre de la réunion de l'OPEP du 5 juin ?

Les pays de l’OPEP sont convaincus que les prix du pétrole vont se redresser. Et leur stratégie concernant la production américaine peut sembler payante (si l’indicateur du nombre de forages était encore pertinent).  Compte tenu de cette conviction et au regard de la situation des pays de l'OPEP, il est très improbable que l’organisation décide de réduire sa production le 5 juin. Les attentes sont en revanche encore fortes chez les investisseurs et une non-décision pourrait être l’étincelle entraînant les prix du pétrole vers un niveau plus bas, d’autant plus que les stocks pour la « driving season » aux États-Unis sont élevés. La croissance de la demande sera insuffisante pour effacer le surplus d’offre toujours présent. Seul un prix du pétrole plus bas à court terme peut équilibrer le marché.

Évidemment, un événement géopolitique serait toujours susceptible de changer la donne. Le marché est très sensible à toute évolution et l’OPEP pourrait très rapidement changer de politique, en 2016 si les prix du pétrole sont plus bas. D’ici à 2020, les prix du pétrole pourraient de nouveau progressivement tendre à la hausse, compte tenu des problèmes de la Russie et du manque d’investissements au Moyen-Orient, sans que la production de pétrole de schiste puisse compenser leur perte de production (sa production maximale attendue étant évaluée à 8 mbj contre 4,4 mbj aujourd’hui).

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