Bolloré redistribue 4,2 milliards de dividendes en attendant de nouveaux investissements

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le groupe Bolloré, contrôlé par la famille du milliardaire Vincent Bolloré, va verser un dividende exceptionnel de 4,2 milliards d'euros, une première d'un tel montant pour le groupe fondé il y a plus de 200 ans, qui veut prendre son temps avant d'envisager de nouveaux investissements.

Sur ce montant, environ 3,3 milliards d'euros vont être reversés à des sociétés dans le périmètre du groupe ainsi qu'à son actionnaire majoritaire à 71,6%, la Compagnie de l'Odet, holding familiale des Bolloré.

Devant ses actionnaires réunis pour l'assemblée générale du groupe à La Défense, Cyrille Bolloré, PDG du groupe Bolloré et fils du milliardaire breton, a justifié le choix de "redistribuer une partie de (la) trésorerie, plutôt que d'investir tous azimuts".

"On a des idées de redéploiements, on a des souhaits aujourd'hui, mais nous pensons une fois de plus que ce n'est pas encore le moment", a expliqué Cyrille Bolloré, en évoquant notamment l'incertitude économique liée au conflit au Moyen-Orient.

Pourquoi ce dividende exceptionnel? Il résulte de la vente en 2022 et 2024 de Bolloré Africa Logistics et Bolloré Logistics pour un montant global d'environ 10 milliards d'euros. Bolloré Africa Logistics, cédé à l'armateur italo-suisse MSC, est en lien avec le dossier qui vaut à Vincent Bolloré d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour corruption d'agent public étranger.

Dans cette affaire dite des "ports africains", la justice soupçonne le groupe Bolloré d'avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Euro RSCG (devenue Havas) pour décrocher frauduleusement la gestion des ports de Lomé (Togo) et Conakry (Guinée), au bénéfice de Bolloré Africa Logistics.

Bolloré Logistics, entité qui réunissait les activités de la branche transports du groupe Bolloré, a elle été vendue en 2024 à l'armateur français CMA CGM.

Cette distribution d'un dividende exceptionnel de 1,50 euro par action du groupe Bolloré, qui sera effectuée le 25 juin, est permise par un report des exercices antérieurs, tenant compte de ces cessions.

Dans le détail, la Compagnie de l'Odet, dont Vincent Bolloré est le PDG, conservera 1 milliard de dividendes et reversera quelque 2,3 milliards à d'autres sociétés dans le périmètre du groupe.

Par le jeu des participations croisées, le groupe Bolloré recevrait "un retour de cash de 2,3 milliards d'euros", de quoi "soutenir de possibles investissements de croissance externe et un éventuel renforcement dans ses participations cotées, particulièrement dans les médias : Canal+, LHG (Louis Hachette Group) et Havas", pronostiquait le cabinet d'analyse Oddo dans une note le 18 mars.

- "Pas de projet politique" -

Le groupe réalise 97% de son chiffre d'affaires (2,9 milliards d'euros au total) dans l'industrie et la logistique pétrolière (Bolloré Energy). Il s'est notamment illustré dernièrement dans ce domaine en s'offrant en 2024 une participation au capital du florissant distribueur d'énergie Rubis, aujourd'hui estimée à plus de 6%.

Par le biais de participations, il est aussi actif dans le secteur de la communication, le principal moteur de sa rentabilité. Il possède ainsi 30,4% du capital de Canal+, Louis Hachette Group et Havas, ainsi que 29,3% de Vivendi et 18,4% d'Universal Music Group. Soit les quatre entités issues de la scission de Vivendi fin 2024, au coeur d'un feuilleton judiciaire.

Cyrille Bolloré a d'ailleurs insisté sur la nécessité de "garder une partie de notre trésorerie (...) au cas où" la justice ouvrirait la voie à une indemnisation des petits actionnaires s'estimant lesés par ce découpage contesté. La cour d'appel de Paris doit se prononcer le 8 juillet sur le sujet.

"La justice peut être surprenante", a-t-il relevé.

En attendant, le PDG de Bolloré a appelé à "l'apaisement" à propos de la tribune anti-Bolloré dans le cinéma qui a dénoncé "l'emprise de l'extrême droite", imputée à Vincent Bolloré. Canal+ est le premier financeur du cinéma français.

"Non, il n'y a pas de projet politique", a-t-il souligné devant ses actionnaires, en contestant toute idée d'un "projet néo-fasciste" tel que prêté par certains à la famille Bolloré et son groupe.

Le PDG a également profité de cette grand'messe des actionnaires pour recommander à Universal Music Group (UMG) de "rejeter" l'offre non engageante faite par la société d'investissement américaine Pershing Square, considérant qu'elle n'était "pas bénéfique".

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