Face à la flambée du pétrole, Trump n'a pas beaucoup de leviers

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Grand promoteur des hydrocarbures, élu entre autres sur la promesse d'une essence bon marché, Trump promet désormais aux Américains que la flambée des prix provoquée par le conflit au Moyene-Orient ne sera qu'un court et mauvais moment à passer.

Mais le président américain n'a pas beaucoup de leviers pour influencer réellement les cours du brut - qui ont bondi de plus d'un tiers depuis le début de la guerre - et les prix à la pompe.

Les outils à sa disposition

La Maison Blanche "continue à passer en revue toutes les options crédibles" pour faire face à la hausse des prix du pétrole et donc de l'essence, a déclaré lundi une porte-parole.

Donald Trump, qui a quelque peu regarni les réserves stratégiques d'or noir américaines (SPR, Strategic Petroleum Reserve), dispose désormais de 415 millions de barils, de quoi faire le plein de plus de 600 millions de berlines une fois le pétrole raffiné.

Il pourrait y puiser pour tenter de faire baisser les cours.

Le gouvernement américain a fait quatre prélèvements majeurs dans l'histoire récente: à la fin de la première guerre du Golfe, après l'ouragan Katrina, après la révolution libyenne et pendant la présidence de Joe Biden.

Washington a aussi promis d'escorter les navires marchands tentant de passer par le détroit d'Ormuz, un point de passage vital pour le pétrole, "dès que ce sera raisonnable".

L'administration Trump a par ailleurs dégagé 20 milliards de dollars pour la réassurance des navires dans le Golfe, dans l'espoir d'encourager un trafic quasiment à l'arrêt.

Autre piste: lever les sanctions sur les hydrocarbures russes. Les Etats-Unis ont déjà autorisé pour un mois la livraison de pétrole russe sous sanction vers l'Inde.

Leurs limites

"Il n'y a vraiment aucun substitut à la reprise des exportations de pétrole et de gaz depuis le Golfe", assène dans une interview avec l'AFP Clayton Seigle, chercheur au Center for Strategic and International Studies, pour qui Donald Trump n'a "pas totalement mesuré" l'impact de l'offensive contre l'Iran.

La Maison Blanche n'a pas signalé jusqu'ici d'intention de puiser de manière imminente dans les réserves stratégiques.

Au niveau international, les ministres des Finances du G7 se sont dits "prêts" à puiser si besoin dans les réserves stratégiques, mais en jugeant que le moment n'était pas encore venu.

"Une libération des réserves stratégiques peut contribuer à atténuer certaines perturbations de l'approvisionnement, mais cela ne suffit clairement pas pour compenser la perte de 20 millions de barils de pétrole par jour dans le détroit d'Ormuz", souligne Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates, interrogé par l'AFP.

Le paradoxe pétrolier américain

Donald Trump, avec son slogan "Drill, baby, drill" ("Fore bébé, fore") se présente comme le champion de l'industrie pétrolière et se vante régulièrement de garantir la "prédominance énergétique américaine".

Le production de pétrole des Etats-Unis évolue aujourd'hui à un niveau record et le pays est un exportateur net. Mais cela ne le met pas totalement à l'abri du choc d'offre mondial.

Les Etats-Unis importent en effet aussi de grosses quantités de brut et parmi la centaine de raffineries du pays, un nombre important sont conçues pour traiter un certain type de pétrole, venu de l'étranger, différent de l'or noir extrait sur le territoire national.

Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), 12% des importations de pétrole aux Etats-Unis venaient du Golfe en 2022, l'essentiel des achats à l'étranger provenant du Canada.

L'exemple Biden

En 2021 et 2022, Joe Biden a été confronté à une forte hausse du prix du carburant, sous l'effet conjugué du rebond économique mondial après la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine.

Donald Trump ne s'est pas privé pendant sa campagne d'accabler le président démocrate pour la hausse des prix à la pompe.

Jay Woods, analyste de Freedom Capital Market, explique dans une note que la hausse de l'essence est "la taxe la plus lourde pour les consommateurs américains", dans un pays organisé autour de la route.

Joe Biden avait réagi en effectuant en 2022 la plus grosse remise en circulation de barils issus des réserves stratégiques de l'histoire du pays: plus de 180 millions écoulés en 6 mois.

Selon les calculs du Trésor, cette manoeuvre, associée à des engagements similaires d'autres pays, avait permis de réduire les prix à la pompe de 17 à 42 cents par gallon (3,78 litres), le volume de référence aux Etats-Unis.

Le démocrate avait accusé les géants du secteur pétrolier, en particulier les raffineurs, de profiter de la situation.

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