Flambée des prix à la pompe: le gouvernement temporise malgré la pression

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Astreint à la discipline budgétaire, le gouvernement de Sébastien Lecornu renonce pour l'instant à prendre des mesures pour atténuer la nouvelle flambée des prix à la pompe, causée par l'intensification des attaques au Moyen-Orient contre les installations énergétiques.

L'exécutif n'envisage pas à ce stade de baisser les taxes sur les carburants, s'attelant à pallier dans un premier temps les difficultés de trésorerie des secteurs touchés.

Quand bien même le pouvoir d'achat est, selon les sondages, une des préoccupations majeures des Français qui doivent voter dimanche pour le second tour des élections municipales.

"Le scénario d'une baisse des taxes" qui représentent 50 à 55% du prix à la pompe "n'est pas envisagé à l'heure où on se parle", a affirmé sur BFMTV la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également chargée de l'énergie.

"En revanche, on entend les difficultés par exemple sur la trésorerie" de différents secteurs comme les transporteurs ou les pêcheurs, a-t-elle ajouté.

Une réunion déjà prévue sur l'énergie s'est tenue en fin de matinée à Matignon autour de Sébastien Lecornu et plusieurs ministres, dont Maud Bregeon, Serge Papin (Commerce) et Roland Lescure (Economie).

- Réunions à Bercy -

Selon l'entourage du Premier ministre, il s'agissait d'un "point d'étape" en vue de "poursuivre les efforts pour contenir les hausses" de prix, "lisser les évolutions", et "mobiliser les filières pour identifier les solutions collectives de protection de la trésorerie des entreprises les plus fragiles".

Le chef du gouvernement a "demandé des choses" à ses ministres pour parer à toute éventualité sur le "volet militaire", a ajouté la même source à l'issue de la réunion sans plus de détails.

D'autres rendez-vous étaient prévus au ministère de l'Economie dans l'après-midi avec les distributeurs puis des industriels, même si les impacts "directs" sur l'industrie française restent "limités", selon le ministère.

Le gouvernement est très contraint dans sa marge de manoeuvre d'un point de vue budgétaire.

"Nous n'avons plus les moyens du +quoi qu'il en coûte+" comme pendant la pandémie de Covid, alors que le gouvernement s'est engagé à réduire son déficit public à 5% du Produit intérieur brut (PIB), a souligné Maud Bregeon, en rappelant avoir fait "le choix" dans le budget 2026 de "ne pas augmenter" les impôts des ménages.

Elle a cependant fait valoir que la France était, grâce à son parc nucléaire, "davantage protégée" que ses voisins, dont certains ont pris des mesures pour limiter la hausse des prix des carburants.

L'Italie a adopté un décret visant à réduire, pendant 20 jours, de 25 centimes par litre le prix du carburant, tandis que la Grèce envisage un "plafond sur les marges bénéficiaires" des acteurs de la filière afin d'éviter la spéculation. Berlin étudie une taxe sur les "surprofits " des groupes pétroliers.

- "Immobilisme" -

Le gouvernement doit aussi faire face à une pression politique, à l'image de Marine Le Pen qui lui a demandé jeudi soir "de ne pas temporiser mais d'agir dès maintenant". La patronne des députés RN réclame de sortir la France "des mécanismes européens de fixation des prix de l'énergie, limitant ainsi l'impact des prix du gaz sur ceux de l'électricité" et de baisser "les taxes sur le carburant".

Des propositions récurrentes que l'exécutif a déjà écarté en les jugeant "démagogues" et dispendieuses.

Le Parti socialiste et les Ecologistes demandent pour leur part des aides pour les plus fragiles.

La patronne de la CGT Sophie Binet a dénoncé jeudi devant la presse "l'immobilisme" du gouvernement, après avoir écrit à M. Lescure pour demander une table-ronde sur "l'encadrement des prix" de l'énergie.

Si la crise "devait durer", le gouvernement est "prêt à faire évoluer les dispositions déjà prises", avait assuré le Premier ministre la semaine dernière en recevant les partis politiques sur le conflit.

Le rendez-vous jeudi à Matignon avait été annoncé avant de nouvelles frappes contre les installations énergétiques au Moyen-Orient, qui s'ajoutent au blocage du détroit d'Ormuz, par où circule d'ordinaire 20% du pétrole et du gaz mondiaux.

La compagnie publique du Qatar a fait notamment état jeudi de "dommages considérables" sur le complexe gazier de Ras Laffan, après de nouvelles attaques de missiles sur ce site-clé.

Emmanuel Macron a dénoncé une "escalade inconsidérée", et appelé avec le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures civiles, notamment énergétiques.

Ces pays se sont aussi dit "prêts à contribuer" à sécuriser le détroit d'Ormuz.

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