Frappée ou privée de débouchés, l'industrie pétrolière du Moyen-Orient prise au piège de la guerre

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Infrastructures frappées, exports à l'arrêt, stockages saturés: la stratégique région pétrolière du Golfe se retrouve paralysée par les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient qui imposent de ralentir voire d'arrêter la production. Et à l'issue du conflit, le redémarrage sera complexe.

Quelles sont les infrastructures touchées?

Depuis le début du conflit, plusieurs infrastructures énergétiques des pays du Golfe ont subi des attaques et le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement 20% de la production mondiale de pétrole, cause des problèmes majeurs d'approvisionnement, en particulier pour l'Asie.

Au 13 mars, au moins 33 attaques visant des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ont été recensées par l'AFP.

Sur ces frappes, parfois interceptées ou n'ayant pas atteint la cible, 13 ont été réalisées par les Etats-Unis ou Israël en Iran, et 20 ripostes ont été attribuées à l'Iran dans sept pays du Golfe.

Ces frappes ont ciblé essentiellement des gisements et complexes pétroliers ou gaziers comme ceux de Ras Tanura en Arabie saoudite, Ras Laffan au Qatar ou encore la zone industrielle où est située l'importante raffinerie de Ruwais aux Émirats Arabes Unis, fermée mardi par précaution.

Pourquoi s'arrêtent-elles ou ralentissent-elles?

Les infrastructures peuvent être endommagées par des attaques de drones. Ces installations, par nature sensibles au risque d'incendie, peuvent aussi arrêter ou restreindre leurs activités de manière "préventive", comme la compagnie pétrolière nationale du Koweït qui a annoncé réduire sa production.

L'autre raison est liée à la quasi-paralysie des exports dans le détroit d'Ormuz, qui crée un goulet d'étranglement.

Seuls l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis peuvent diriger une partie de l'or noir moyen-oriental en s'appuyant sur des oléoducs qui contournent le détroit, mais aux capacités limitées

Conséquence: les stockages de pétrole, de gigantesques cuves, sont pleins. "C'est le principal enjeu du moment", résume auprès de l'AFP un acteur du secteur pétrolier.

"Comme il n'y a pas de bateaux pour vider ces bacs et exporter le produit, les installations sont obligées de s'arrêter", même si elles sont opérationnelles, ou de restreindre leur activités, explique cette source.

"À mesure que l'offre de brut est davantage bloquée dans le Golfe, les raffineurs pourraient bientôt être contraints" de réduire "leur cadence", souligne Pankaj Srivastava, expert commodités chez Rystad Energy dans une note.

Les pays du Golfe ont vu leur production pétrolière fondre (brut et produits pétroliers comme le condensat) de 30 millions de barils par jour (hors Oman) en 2025 à 20 millions actuellement, selon l'Agence internationale de l'énergie. Les plus importantes pertes concernent l'Irak, le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

Les flux transitant dans le plus stratégique corridor pétrolier du monde sont tombés à moins de 10 % de leur niveau d'avant-crise, selon l'AIE.

Redémarrer, en combien de temps?

La reprise de l'exportation d'hydrocarbures ne dépend pas seulement d'un arrêt des hostilités, mais aussi d'aspects techniques. "Le redémarrage d'une raffinerie ou d'une installation de traitement après un arrêt forcé est un processus progressif", explique à l'AFP Kelly Xu, analyste commodités chez Alpine Macro.

Le redémarrage des raffineries, "selon la manière dont elles ont été arrêtées, peut prendre, une, deux semaines pour revenir à plein débit", précise l'acteur du secteur pétrolier. Dans le cas des puits de pétrole, "ça peut reprendre plus vite car il suffit de rouvrir une vanne".

Pour autant, les opérateurs pétroliers devront avoir attendu que les stockages soient vidés sur les bateaux, pour "rouvrir les vannes".

Les exploitants doivent aussi "garantir l'intégrité des équipements et la sécurité des opérations", relève Kelly Xu. "En fonction de l'ampleur des dommages ou des arrêts préventifs, cela peut prendre plusieurs jours à plusieurs semaines pour que la production revienne à plein régime".

Ce n'est pas tout. "En l'absence de cessez-le-feu complet", l'AIE souligne que les transporteurs maritimes devront "pouvoir s'appuyer sur des mesures de sécurité robustes" pour reprendre les flux, ce qui peut inclure un dispositif d'escorte.

Compte tenu du nombre de navires bloqués, l'AIE estime en outre qu'un "dispositif de gestion du trafic" pourrait s'imposer pour faciliter l'écoulement du trafic, par exemple avec des créneaux de passage.

Et une fois les flux maritimes rétablis, "il faudra plusieurs jours à plusieurs semaines, pour résorber l'arriéré de pétroliers de part et d'autre du détroit", affirme l'organisation.

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