- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'Inde multiplie depuis quelques jours les efforts pour tenter de faire sortir du détroit d'Ormuz bloqué par l'Iran une vingtaine de ses navires, notamment ceux qui sont chargés des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) vitales à son activité économique.
Ce goulet d'étranglement par lequel transite un cinquième du volume mondial d'hydrocarbures est de facto fermé au trafic maritime par Téhéran, en réponse à l'offensive militaire engagée fin février par les Etats-Unis et Israël.
Quatrième importateur mondial de GNL et même deuxième acheteur mondial de gaz utilisé pour la cuisson, l'Inde se fournit largement dans les pays du Golfe.
La guerre qui fait rage a mis en péril ses approvisionnements et contraint son gouvernement à restreindre les livraisons de gaz à certains secteurs, dont la restauration et l'industrie chimique.
Deux bateaux libérés
Le Premier ministre Narendra Modi a fait savoir qu'il avait pris langue avec le président iranien Massoud Pezeshkian pour tenter de libérer "ses" bateaux, soulignant notamment "l'importance de maintenir un trafic sans entrave de l'énergie et des marchandises".
En réponse, l'ambassadeur d'Iran à New Delhi, Mohammad Fathali, a confirmé que son pays avait autorisé deux navires battant pavillon indien à franchir le détroit d'Ormuz avec à leur bord un total de 92.700 tonnes de GNL.
Le premier d'entre eux, le Shivalik, a réussi à rallier lundi le port indien de Mundra (ouest), suivi mardi par le second, le Nanda Devi, qui a rejoint les quais de celui de Kandla, dans le même Etat indien du Gujarat.
Ces deux bateaux sont la propriété d'une entreprise publique, la Shipping Corporation of India.
Discussions
Le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, a depuis annoncé qu'il poursuivait ce dialogue avec son homologue iranien Abbas Araghchi.
Les deux responsables "sont convenus de rester en contact", a rapporté M. Jaishankar à l'issue d'une "longue conversation (...) portant sur les derniers développements du conflit en cours" au Moyen-Orient.
Lors d'un entretien accordé cette semaine au Financial Times, le chef de la diplomatie indienne a assuré qu'il n'existait aucun "accord général" avec l'Iran sur la libre circulation des navires indiens dans le détroit.
"Les mouvements de chaque bateau sont spécifiques", a-t-il indiqué au quotidien britannique.
Certains médias ont suggéré que l'Iran négociait en échange du passage des navires indiens le retour de trois navires bloqués en Inde en février dans le cadre des sanctions imposées par Washington à Téhéran.
Des sources gouvernementales indiennes ont formellement démenti lundi ces informations auprès de l'AFP, les qualifiant de "sans fondement".
Le ministère indien des Affaires extérieures a par ailleurs indiqué à la presse qu'il ne discutait pas avec les Etats-Unis de l'éventuel déploiement de navires de guerre pour rétablir la circulation dans le détroit d'Ormuz.
Donald Trump a sollicité à cette fin l'aide militaire de plusieurs pays.
Délicat équilibre
Traditionnellement, l'Inde s'efforce d'entretenir un équilibre diplomatique délicat au Moyen-Orient.
Depuis des années, New Delhi a patiemment renforcé son partenariat avec Israël, notamment en matière de défense, d'agriculture ou de technologie. Ce fut encore le cas fin février lors d'une visite officielle de M. Modi.
En même temps, le pays le plus peuplé du monde est resté proche de l'Iran. Il a notamment massivement investi dans le port de Chabahar, d'où partent les camions qui ravitaillent l'Afghanistan, afin de concurrencer celui de Gwadar au Pakistan.
Dès le début du conflit, Narendra Modi a tenté de maintenir cette symétrie en appelant "toutes les parties à faire preuve de retenue", ajoutant que "la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les Etats doivent être respectées".
Mais, face aux pressions américaines notamment, cette position semble de plus en plus difficile à tenir.
"Le poids sur les importations d'énergie que la guerre de Trump et (du Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu contre l'Iran fait peser sur l'Inde (...) illustre combien une véritable neutralité et une politique étrangère indépendante sont cruciales aux intérêts du pays", a résumé l'analyste Brahma Chellaney.