Guerre au Moyen-Orient: les voyageurs se tournent vers l'Europe, note le patron de Ryanair

  • Connaissance des Énergies avec AFP
  • parue le

La guerre au Moyen-Orient provoque un regain d'intérêt des voyageurs aériens pour l'Europe, ce qui dope l'activité de Ryanair au moins à court terme, a expliqué jeudi à l'AFP son patron Michael O'Leary.

Espérant une accalmie des cours du pétrole, des fluctuations desquels la première compagnie aérienne européenne est bien protégée, M. O'Leary, interrogé à Bruxelles en marge d'un rassemblement de l'association Airlines for Europe (A4E), a par ailleurs répété que son entreprise ne souhaitait plus augmenter sa présence en France en raison d'une fiscalité jugée excessive.

QUESTION: La guerre au Moyen-Orient a-t-elle bouleversé vos prévisions pour la haute saison touristique ?

REPONSE: Ce qui est intéressant, c'est que la situation liée à l'Iran a dopé les déplacements [en Europe] pendant la période des vacances de Pâques. Les deux premières semaines d'avril sont solides. Pour moi, les gens qui voulaient auparavant soit aller au Moyen-Orient soit survoler la région pendant les vacances changent d'avis et reviennent au Portugal, en Espagne, dans le sud de la France, en Italie, en Grèce.

Je ne suis pas certain que cela va se poursuivre jusqu'à l'été, mais actuellement nous constatons une augmentation des demandes de vacances en famille en Europe.

Quand la guerre sera terminée, et nous pensons qu'elle durera peut-être encore quatre, cinq ou six semaines, les compagnies du Golfe vont recommencer à fonctionner. Leur secteur touristique sera en morceaux, et les prix vont chuter massivement, subventionnés par les hôtels et les infrastructures touristiques du Moyen-Orient. Cela mettra vraiment le secteur européen du voyage sous pression. Combien d'Européens voudront retourner à court terme dans le Golfe ? Je ne sais pas.

Q: Ryanair est l'une des compagnies les mieux protégées contre les fluctuations des cours du pétrole via des contrats à terme, dits de "couverture". Quand le kérosène cher va-t-il devenir un problème pour vous ?

R: C'est déjà un problème maintenant. Nous sommes couverts à 80% jusqu'en mars 2027, à seulement 67 dollars le baril. Mais nous devons toujours payer 20% de notre kérosène à 180 dollars. Donc cela va devenir un défi pour nous à partir d'avril et mai, même si nous pouvons l'absorber. Mais vu les prix à plusieurs trimestres, le marché lui-même pense que ça ne va pas durer très longtemps et que les prix vont retomber. S'ils restent élevés, cela représentera un problème pour toutes les compagnies en Europe, elles vont appliquer des surcharges et les prix des billets vont augmenter.

Q: Vous avez décidé de réduire la voilure en France en raison de l'augmentation de la pression fiscale sur l'aérien en 2025. La stabilité décidée pour 2026 peut-elle vous faire changer d'avis ?

R: Pour la France, ce serait compliqué de faire peser davantage de contraintes sur le secteur que celles qui existent déjà. La fiscalité française sur le secteur aérien est ridiculement élevée, les services de navigation aérienne ridiculement chers. Et franchement, cela ne nous intéresse pas de croître en France à l'heure actuelle.

Si nous avons le choix d'aller en Suède, en Slovaquie où ils ont aboli les taxes sur l'aviation (...) pourquoi volerions-nous en France où elles augmentent toujours ? L'aérien français est toujours à moins de 100% de ses volumes de trafic d'avant Covid, alors que l'Espagne, la Grèce et l'Italie sont à 120 ou 125%. A terme, il y aura un nouveau gouvernement en France, et à terme, peut-être la France deviendra-t-elle plus compétitive. Mais je ne compte pas dessus.

tq/uh/yk

Ajouter un commentaire