Hitachi suspend ses projets nucléaires en Grande-Bretagne

  • AFP
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Le géant industriel japonais Hitachi a annoncé jeudi le gel de son projet de construction de réacteurs nucléaires en Grande-Bretagne, trop difficile à financer.

Hitachi, qui est aussi un fournisseur d'autres technologies de production d'électricité, précise néanmoins qu'il va encore accompagner la politique énergétique de la Grande-Bretagne et continuer de discuter du volet nucléaire avec le gouvernement britannique.

Au moment où ce dernier rencontre de grosses difficultés relatives à la décision de sortir de l'Union européenne (Brexit), Hitachi ajoute que le gel du projet connu sous l'appellation Wylfa Newydd n'entame pas ses engagements sur le sol britannique, où il a une grosse activité, notamment dans le domaine ferroviaire.

Hitachi, qui avait dit trancher le sort de Wylfa Newydd d'ici à la fin de l'année 2019, a accéléré le calendrier car le maintien de ce projet lui coûte plusieurs milliards de yens (dizaines de millions d'euros) par mois.

Il a précisé jeudi devoir enregistrer une dépréciation d'actifs de 300 milliards de yens (2,4 milliards d'euros) compte tenu du fait que des travaux préparatoires de ce chantier avaient déjà été engagés.

Par conséquent, il ramené à 100 milliards de yens au lieu de 400 milliards son estimation de bénéfice net pour l'exercice 2018/2019 qui sera clos le 31 mars prochain.

- Effet Fukushima -

Le géant nippon avait racheté en 2012 aux énergéticiens allemands E.ON et RWE le britannique Horizon Nuclear Power, pour construire deux réacteurs.

Le groupe a engagé ensuite des discussions avec l'Etat britannique, l'Etat japonais et d'autres potentiels partenaires, mais sans trouver d'accord financier satisfaisant, explique-t-il jeudi dans un communiqué.

"Nous avons jugé qu'il fallait plus de temps pour trouver un schéma de financement et modèle d'exploitation. Jugeant du point de vue des critères d'une entreprise privée, nous avons donc décidé de geler le projet", a-t-il justifié.

Selon les informations parues précédemment dans la presse, l'Etat britannique avait accepté de financer, via des prêts, les deux tiers du projet dont le coût est évalué à 3.000 milliards de yens (24 milliards d'euros), la part restante revenant à l'Etat et à des entreprises japonaises.

Mais même si le gouvernement nippon était prêt à aider, les entreprises japonaises sollicitées sont réticentes et Hitachi ne se voit pas assumer seul le risque financier, la Grande-Bretagne ayant aussi refusé d'élever sa part.

Le gouvernement japonais tente tant bien que mal de promouvoir les technologies nucléaires nippones à l'étranger. Mais les efforts du Japon en faveur de ses industriels n'ont guère porté leurs fruits pour le moment, en raison de répercussions fortes de l'accident atomique de Fukushima sur le coût de sûreté des autres installations. Ce drame a déjà réduit comme peau de chagrin leurs chances de construire à court terme de nouveaux réacteurs dans l'archipel.

- Toshiba et MHI aussi -

À l'instar des autres entreprises du monde nucléaire, "nous voyons bien que les circonstances actuelles sont plus difficiles qu'auparavant, notamment du fait du développement des énergies renouvelables", avait expliqué il y a quelques semaines un porte-parole de Hitachi.

Toshiba et Mitsubishi Heavy Industries (MHI) ont aussi ou vont renoncer à d'autres projets nucléaires à l'étranger. Toshiba a notamment liquidé NuGen, une société détenue en Grande-Bretagne et qui devait y construire trois tranches sur le site de Moorside, dans le comté de Cumbrie (nord-ouest de l'Angleterre).

Mitsubishi Heavy Industries (MHI) serait aussi, selon la presse, sur le point de renoncer au projet de construction de réacteurs en Turquie en partenariat avec le français Engie, en raison de coûts de sûreté qui flambent.

"Nous avons remis à la Turquie une étude de faisabilité qui est actuellement en cours d'examen par le gouvernement et le ministère de l'Energie, mais nous ne pouvons pas en dire davantage à ce stade", a indiqué à l'AFP un porte-parole du groupe japonais.

MHI, aidé par le gouvernement nippon, avait remporté en 2013 avec le français Framatome (ex-branche réacteurs d'Areva désormais passée sous le contrôle d'EDF) un contrat pour quatre tranches nucléaires basées sur des réacteurs de moyenne puissance co-développés entre MHI et Areva sous l'appellation Atmea.

Devait ainsi émerger à Sinop, sur les bords de la mer Noire, une centrale nucléaire de 4.400 mégawatts. Les discussions avec la partie turque étaient déjà si compliquées qu'en mars 2018, la maison de commerce Itochu, initialement impliquée, a jeté l'éponge.

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