- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'exploitant d'une centrale nucléaire au Japon a reconnu avoir présenté aux autorités des données sous-estimant potentiellement les risques sismiques, à l'heure où l'archipel relance son parc nucléaire près de 15 ans après la catastrophe de Fukushima.
Le mouvement sismique maximal « peut-être sous-estimé »
La centrale nucléaire de Chubu Electric Power Co. à Hamaoka (centre), située dans une région exposée au risque de "méga-séisme", fait actuellement l'objet de contrôles de sûreté réglementaires en vue de redémarrer deux réacteurs. Mais le président de l'opérateur, Kingo Hayashi, a déclaré tard lundi que le niveau du mouvement sismique maximal en surface que la centrale pourrait subir lors d'un tremblement de terre "a peut-être été sous-estimé".
"Cet incident pourrait affecter gravement le processus d'examen (de sûreté) et miner la confiance des communautés locales et des autres parties prenantes dans notre activité nucléaire, et potentiellement en ébranler les fondements mêmes", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse convoquée en urgence.
Le Japon a fermé tous ses réacteurs nucléaires après le triple désastre (séisme, tsunami et catastrophe nucléaire) de Fukushima en mars 2011, alors que la population exprimait son inquiétude.
Mais l'archipel, pauvre en ressources, veut réduire sa forte dépendance aux combustibles fossiles, atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et répondre à la demande croissante d'électricité liée à l'intelligence artificielle, ce qui l'a poussé à entamer un retour progressif à l'atome civil.
Crainte d'un méga-séisme dans la fosse de Nankai
Au total, 14 réacteurs ont ainsi déjà été remis en service après la mise en place de normes de sécurité strictes. Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du monde, devrait ainsi reprendre ses activités plus tard ce mois-ci, sous réserve de l'approbation finale de l'Autorité nationale de régulation nucléaire. L'estimation de "mouvement sismique maximal en surface" est cruciale pour la conception parasismique des centrales nucléaires.
En septembre 2023, le régulateur japonais avait approuvé l'estimation établie par Chubu Electric. Mais en février 2025, l'Autorité a reçu de la part d'un lanceur d'alerte une information selon laquelle l'entreprise "aurait pu utiliser des données différentes de celles présentées" au gendarme du nucléaire, a indiqué mardi à l'AFP Keiichi Watanabe, un responsable du régulateur.
Depuis, l'autorité a mené sa propre enquête avant, fin décembre, de suspendre son processus d'examen de sûreté pour la centrale de Hamaoka. La question "sera discutée lors de réunions ouvertes au public", la première dès ce mercredi, a-t-il précisé.
La centrale de Hamaoka est dans une zone susceptible d'être touchée par un séisme survenant dans la fosse sous-marine de Nankai, là où la plaque océanique de la mer des Philippines "s'enfonce" lentement sous la plaque continentale sur laquelle repose le Japon. Tokyo estime qu'un méga-séisme dans la fosse de Nankai, suivi d'un tsunami, pourrait tuer jusqu'à 298 000 personnes et causer jusqu'à 2 000 milliards de dollars de dégâts.