- Connaissance des Énergies avec AFP
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Le conflit au Moyen-Orient pèse sur les perspectives de ralentissement du commerce mondial de marchandises et met en danger la sécurité alimentaire mondiale, a averti jeudi l'OMC.
Dans ses prévisions annuelles, l'Organisation mondiale du commerce met en garde contre le fait que ce conflit, qui fait flamber les prix de l'énergie et ravive les craintes d'une crise économique majeure, pourrait réduire la croissance du commerce mondial de marchandises à 1,4% cette année, contre 4,6% en 2025.
"La hausse durable des prix de l'énergie pourrait accroître les risques pesant sur le commerce mondial, avec des répercussions potentielles sur la sécurité alimentaire et des pressions sur les coûts pour les consommateurs et les entreprises", a averti jeudi la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala.
En outre, la guerre au Moyen-Orient "menace la sécurité alimentaire mondiale", a-t-elle alerté, devant la presse à Genève, appelant à maintenir ouvertes les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Le conflit, déclenché par les frappes israélo-américaines sur l'Iran fin février, a franchi une étape en visant massivement des sites de production, en plus du stockage et du transport du pétrole et du gaz.
Et le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième de la production de pétrole mondiale mais aussi du gaz naturel liquéfié, est quasi paralysé par Téhéran.
Les prévisions de l'OMC propose deux principaux scénarios, tant l'incertitude sur la durée du conflit est élevé.
- Normalisation du commerce -
Même dans le scénario de référence, sans hausse soutenue des prix de l'énergie, la croissance en volume du commerce mondial de marchandises devrait ralentir cette année, pour s'établir à 1,9%, contre 4,6% en 2025.
Ce scénario repose sur légère baisse de la croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial, tombant de 2,9% en 2025 à 2,8% en 2026 et 2027.
Selon l'OMC, le commerce de marchandises devrait ainsi "se normaliser" cette année - guerre au Moyen-Orient ou pas -, après une croissance plus forte que prévu en 2025, portée par l'essor des échanges de produits liés à l'intelligence artificielle (IA).
Les échanges commerciaux en 2025 ont également été soutenus par "une demande résiliente sur les marchés émergents, par des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes dans les économies avancées et, au cours du premier semestre, par une anticipation des importations (...) en prévision de l'imposition prévue de droits de douane réciproques par les Etats-Unis".
Le volume du commerce mondial de marchandises devrait ensuite progresser de 2,6% en 2027, selon ce scénario. Quant au volume des services, ils devraient croître de 4,8% en 2026 et de 5,1% en 2027.
"Ces prévisions reflètent la résilience du commerce mondial, qui est soutenu par les échanges de produits de haute technologie et de services numériques, par l'adaptation des chaînes d'approvisionnement et par l'absence de représailles douanières", selon Mme Okonjo-Iweala.
Mais la guerre au Moyen-Orient pèse sur ce scénario de référence, alors que "le trafic dans le détroit d'Ormuz a chuté de 138 navires marchands par jour à presque zéro", selon l'OMC.
- "Fardeau économique" -
Dans son second scénario, l'OMC explique que si les prix du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) devaient rester élevés tout au long de l'année, la prévision de croissance du PIB mondial pour 2026 "serait amputée de 0,3 point de pourcentage".
Ce scénario repose sur un cours moyen annuel du baril de pétrole d'environ 90 dollars et sur un prix moyen annuel du gaz naturel d'environ 16 dollars par million de BTU (British thermal unit, une unité de mesure anglo-saxonne), a expliqué aux journalistes le nouvel économiste en chef de l'OMC, Robert Staiger.
Le volume des échanges de marchandises ne progresserait alors que de 1,4%. Le commerce des services connaîtrait aussi une croissance plus modérée de 4,1% en 2026.
Dans ce cas de figure, les régions importatrices nettes de combustibles, comme l'Asie et l'Europe, subiraient les plus fortes baisses de la croissance des importations de marchandises par rapport au scénario de référence, selon l'OMC.
Mais les membres de l'OMC peuvent contribuer à "atténuer l'impact" de la guerre "et à alléger le fardeau économique pesant sur les populations du monde entier" en appliquant des politiques commerciales prévisibles et en renforçant la résilience des chaînes d'approvisionnement, assure la directrice générale de l'organisation.