Le fonds souverain de la Norvège en questions

  • AFP
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La Norvège, où se tiennent des législatives lundi, possède le plus gros fonds souverain au monde, un bas de laine colossal de près de 1 200 milliards d'euros dans lequel les responsables politiques sont priés de se servir avec retenue.

Comment un pays de 5,4 millions de personnes est-il devenu si riche ?

En étant moins cigale que fourmi. Le pétrole de la mer du Nord est perçu en Norvège comme une manne quasi providentielle qui appartient à tous les Norvégiens, y compris aux générations futures. Si on l'exploite aujourd'hui, c'est pour transformer cette rente pétrolière en une rente financière susceptible de durer, y compris quand la planète en aura fini avec les énergies fossiles.

Le fonds, qui s'appelle officiellement le "Fonds de pension gouvernemental global", a été créé en 1990 mais il faut attendre mai 1996 pour que le gouvernement l'abonde avec un modeste chèque de 1,981 milliard de couronnes (moins de 305 millions de dollars à l'époque). Il recueille aujourd'hui tous les revenus pétroliers publics : taxes, gains découlant des participations directement détenues par l'État dans les gisements d'hydrocarbures, dividendes versés par Equinor, compagnie publique à 67%.

C'est "open bar" pour la classe politique ?

Absolument pas. En 2001, la Norvège a décidé que le fonds pouvait servir à des fins budgétaires, mais dans un cadre bien défini. Le gouvernement n'est autorisé à utiliser que le rendement estimé du fonds, sans toucher au gâteau lui-même, qui doit rester intact.

Initialement fixé à 4%, le rendement estimé a été ramené en 2017 à 3% avec le soutien de la plupart des partis politiques car ce chiffre (après inflation et coûts de gestion) est jugé plus réaliste pour les futures performances des investissements financiers. Jusqu'à présent, le fonds a affiché en moyenne des gains nets annuels de 4,6%.

Depuis 2016, le gouvernement y puise davantage qu'il n'y place en raison de la baisse de ses revenus pétroliers. Si Oslo a donc de facto cessé d'épargner, le bas de laine continue de grossir, les gains de ses placements dépassant les ponctions nettes des responsables politiques.

En période exceptionnelle, comme cette année du fait de la pandémie de Covid-19, l'État est tout de même autorisé à faire de petits écarts pour autant qu'il retourne dans les clous quand la situation se normalise : en 2021, le gouvernement prévoit ainsi de ponctionner 3,7% de la valeur du fonds, soit quelque 39 milliards d'euros.

Comment gérer tant d'argent ?

C'est la banque centrale norvégienne qui est chargée de gérer le fonds. Celui-ci est surtout investi en actions (72,4% à la fin du 2e trimestre) : avec des participations dans près de 9 000 groupes, il contrôle en moyenne presque 1,5% de chaque entreprise cotée dans le monde. Il possède aussi beaucoup d'obligations (25,1% de son portefeuille) et, dans une moindre mesure, des placements dans l'immobilier (2,4% des actifs) et, depuis récemment, dans des projets d'énergies renouvelables non cotés.

Tous ces investissements sont réalisés hors de Norvège pour éviter une déstabilisation de l'économie nationale. Ils obéissent à des règles éthiques dictées par le ministère des Finances. Sont notamment bannis les entreprises coupables de violations graves des droits de l'Homme ou de graves dommages environnementaux, les fabricants d'armes "particulièrement inhumaines", les producteurs de tabac ou encore les sociétés tirant une grande part de leur activité de l'exploitation du charbon.

Des dizaines de groupes, dont des géants comme Airbus, Boeing, British American Tobacco ou encore Vale, sont ainsi privés de ses investissements, et d'autres sont sous observation.

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