Les syndicats des énergies renouvelables rassurés après leur rencontre à Matignon

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Les syndicats des énergies renouvelables sont sortis rassurés de leur réunion à Matignon en amont de la possible publication ces prochains jours de la très attendue feuille de route énergétique de la France sur dix ans, objet de profondes divisions politiques.

« Pas de moratoire sur les énergies renouvelables »

La réunion avec le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de l'Économie Roland Lescure "a confirmé un point essentiel : à l'évidence, il n'y aura pas de moratoire sur les énergies renouvelables", se sont félicités le Syndicat des énergies renouvelables (SER), France Renouvelables et Enerplan dans un communiqué commun vendredi. "Cette clarification était attendue et nécessaire pour rassurer les salariés des entreprises du secteur", ont-ils ajouté.

Les trois acteurs indiquent que la filière "a obtenu des garanties du Premier ministre sur la relance des appels d'offres" indispensables au développement de projets. La réunion a également permis de mettre en évidence "un sentiment d'urgence largement partagé, lié au contexte géopolitique international" autour de l'énergie comme les "questions de souveraineté, de sécurité d'approvisionnement et de compétitivité industrielle", soulignent les trois organisations.

Elles appellent à constituer "une véritable équipe de France des énergies, alignée sur des objectifs clairs et ambitieux afin de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles", un geste en direction des partisans du tout-nucléaire qui s'inquiètent d'un développement trop important des énergies renouvelables. "La réunion a été très constructive. Le Premier ministre a été à l'écoute", a déclaré à l'AFP Daniel Bour, le président du syndicat Enerplan, qui représente la filière de l'énergie solaire.

Au tour des acteurs du nucléaire

Sébastien Lecornu n'a en revanche pas donné de perspectives chiffrées concernant les objectifs de production ou de capacités assignés aux différentes filières productrices d'énergie (solaire, éolien, nucléaire, hydraulique...), qui seront rendus publics dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), la feuille de route énergétique de la France jusqu'en 2035.

Les représentants des énergies renouvelables craignaient qu'un moratoire soit mis en place les concernant ou que les volumes de développements prévus ne permettent pas à leurs filières de se maintenir. France Renouvelables s'est inquiété jeudi de l'impact sur l'emploi d'un ralentissement du déploiement du solaire et de l'éolien.

Sébastien Lecornu doit recevoir dans l'après-midi les acteurs de la filière nucléaire : le géant français de l'électricité EDF, sa filiale nucléaire Framatome, le spécialiste français de l'uranium Orano, et à nouveau RTE.

Commentaires

Laval
Les combustibles fossiles ThB, ça sous entend gaz, pétrole, charbon.Et toutes les bonnes résolutions (pour ne pas consommer ou consommer moins) que vous souhaitez c'est idéaliste et ça n'est donc pas réalisable. En la matière il faut rester les pieds sur terre. On nous a annoncé de longue date (avant la fin 2000) la fin des carburants pour les véhicules, par épuisement des ressources. Qu'en est-il aujourd'hui ? En fait c'était pour nous inciter, c'était une bonne résolution, à sortir de cette ressource fossile. Et pourtant......
COCHELIN
Les bonnes résolutions partent d'un bon sentiment. Mais la réalité s'impose, là encore : https://www.franceinfo.fr/environnement/energie/energies-fossiles/le-monde-n-aura-jamais-consomme-autant-de-charbon-qu-en-2025-selon-l-agence-internationale-de-l-energie_7685014.html#:~:text=Climat%20Environnement-,Le%20monde%20n'aura%20jamais%20consomm%C3%A9%20autant%20de%20charbon%20qu,de%20CO2%20d'origine%20humaine.
Laval
Nous sommes d'accord ThB. Mais revenons en France, notre production par énergie fossile est très faible. C'est cela la réalité qui s'impose. Et il est donc inutile de faire des voeux pieux. Passer de 90% à 100 ne changera pas grand chose aux chiffres de l'AIE. La bonne résolution serait de convaincre le reste du monde d'abandonner les énergies fossiles, et en Europe de faire pression sur les pays qui utilisent charbon et lignite, au lieu d'inciter à augmenter les Enri.
COCHELIN
Mais les 90% ne représentent que le secteur électrique, qui ne représente que 1/5 de l'énergie finale consommée en France. Ne vous réjouissez pas trop vite !
Laval
ThB, ma réponse est celle de Cochelin. Votre conclusion n'est pas viable. Vous ne tenez jamais compte de l'instabilité provoquée par les Enri. Les outils disponibles rapidement s'il faut davantage d'énergie, ce serait les centrales à gaz, dont la construction est relativement rapide, mais on ne réglerait pas le problème de l'abandon des combustibles fossiles. C'est pourtant ce que vont faire les Allemands, un spectaculaire retour en arrière.
Laval
ThB, je rajoute que le stockage sur lequel vous comptez n'est qu'une vue de l'esprit, les batteries nont pas de capacité suffisantes, l'hydrogène trop consomateur d'énergie à fabriquer, et les ingénieurs démontrent qu'il n'a aucun avenir. Quand aux STEPs j'y ai travaillé et on connait leurs limites. Il en faudrait plus, mais on se heurte à des contraintes sociales et environementales pour les construire.
ThB
M Laval,

Concernant les batteries, l'idée qu'elles puissent soutenir la transition n'est plus une vue de l'esprit, mais une réalité industrielle. L'amélioration de leur efficacité est constante :

- Densité énergétique : Elle a été multipliée par trois en dix ans. On estime que la densité des cellules lithium-ion augmente de 4 % à 7 % par an.
- Chute des coûts : Le prix du kWh stocké a chuté de près de 90 % depuis 2010, rendant le stockage à grande échelle économiquement viable pour la première fois de l'histoire.
- Rendement "Round-trip" : Les batteries actuelles affichent un rendement phénoménal de 85 % à 95 % (l'énergie récupérée par rapport à l'énergie injectée), ce qui les place loin devant toute autre solution de stockage chimique.

Sur l'hydrogène, vous avez raison : son rendement global reste médiocre (environ 30-35 % sur la chaîne complète). Cependant, il ne doit pas être vu comme un concurrent direct de la batterie, mais comme un outil complémentaire pour l'équilibrage du réseau lors des pics de production excédentaires, là où le stockage massif de longue durée devient nécessaire.

Quant aux STEP (Stations de Transfert d'Énergie par Pompage), bien que les contraintes sociales et environnementales soient réelles, il est urgent de faire preuve de pédagogie. Le coût de l'inaction face au réchauffement climatique (déplacements de populations et crises économiques) sera infiniment plus lourd que l'impact local de ces infrastructures. Faire comprendre où se situe l'intérêt général est aujourd'hui une priorité absolue.

Il est regrettable que dans notre pays, marqué par une certaine inertie façon "Ligne Maginot", on préfère parfois des projets de prestige à court terme, comme pour les JO de 2030 construire une patinoire à Nice, la ville la plus chaude de France, au mépris des infrastructures existantes, plutôt que de porter une vision constructive et sobre de l'avenir.
L'égoïsme électoral ne doit plus primer sur la résilience énergétique.
Laval
Sur les batteries ThB, je ne suis pas d'accord, les ingénieurs et scientifiques que je connais disent que c'est loin d'être suffisant pour faire face au soutien du réseau. Sur votre conclusion, je suis tout à fait d'accord vis à vis des hommes politiques. Je voudrais vous faire lire le document suivant, très bonne analyse, très détaillé. Dites moi ce que vous pensez de la conclusion. https://www.senspo.fr/editorials/la-modulation-nucleaire-fait-elle-gagner-de-largent-a-edf-autopsie-dun-mythe
Cochelin
Concernant l'usage de batteries, même en Allemagne ce stockage n'est que marginal dans leur mix électrique, malgré leur capacités installées fin 2025 de 16,4 GW : https://allemagne-energies.com/tag/stockage-de-lenergie/#:~:text=Fin%202025%2C%20une%20puissance%20de,(RWTH%20Aachen%20University%202026). Concernant la modulation du parc nucléaire, une étude apporte quelques éclaircissements sur les conséquences tant techniques que financières : https://www.edf.fr/sites/groupe/files/2026-02/2026_02_16_ETUDE_MODULATION.pdf
Laval
Monsieur COCHELIN, je vous fais suivre cette étude détaillée, qui refléte bien nos discussions et dont la conclusion est sans appel. https://www.senspo.fr/editorials/la-modulation-nucleaire-fait-elle-gagner-de-largent-a-edf-autopsie-dun-mythe
COCHELIN
M. ThB Vos interventions vous font plaisir mais ne nous apportent rien de nouveau que la plupart d'entre nous ne connaissent. Votre phrase :"Le coût de l'inaction face au réchauffement climatique (déplacements de populations et crises économiques) sera infiniment plus lourd que l'impact local de ces infrastructures". L'impact sur le climat que vous décrivez serait dérisoire aux regards des conséquences environnementales et sociétales si ces projets se développaient à grande échelle.
ThB
M COCHELIN,

Je comprends votre point de vue, cependant, l'argument du "coût de l'inaction" n'est pas une simple formule, mais une réalité documentée par de nombreux rapports économiques (comme ceux du GIEC ou de l'OCDE).
Si le développement à grande échelle pose des questions de soutenabilité locale qu'il ne faut pas occulter, l'inaction climatique globale nous expose à des ruptures systémiques bien plus irréversibles.

Je vous rejoins sur le fait que l'impact local doit être minimisé. C'est pourquoi la question n'est plus seulement de savoir s'il faut agir, mais de définir une chronologie cohérente.

Ma vision s'appuie sur trois piliers :
- La sobriété immédiate : À l'image des efforts de réduction de consommation engagés en Allemagne, c'est le levier le plus rapide.
- Le déploiement des ENR et du stockage : Seules solutions capables d'être mises en œuvre à court terme pour répondre à l'urgence.
- Le socle nucléaire à long terme : Compte tenu des délais de construction (minimum 20 ans), l'atome ne peut être qu'un complément futur, idéalement plafonné à 50% pour garantir la flexibilité du réseau et une exploitation à pleine capacité.

C'est cette approche globale qui permet, selon moi, de réconcilier les enjeux environnementaux locaux et la trajectoire climatique mondiale.
COCHELIN
Les efforts couteux que consentira la France n'auront que très peu d'effets sur les enjeux environnementaux locaux et la trajectoire climatique mondiale.
ThB
M COCHELIN,

Le volume de modulation des parcs solaires et éoliens en 2025 lors d’épisodes de prix spot négatifs a doublé par rapport à l’année précédente, atteignant environ 3 TWh dont 1,3 TWh de production éolienne terrestre et 1,6 TWh de production solaire. À l’issue d’évolutions réglementaires, les capacités solaires et éoliennes ont d’avantage contribué à l’équilibrage en temps réel du système électrique en 2025. La modulation de la production renouvelable contribue à l’équilibre du système électrique mais sa mise en oeuvre doit désormais être pilotée pour assurer une gestion sûre de l’équilibre offre- demande au plus près du temps réel.(extrait RTE)
Les chiffres publiés par RTE pour l'année 2025 marquent un tournant : avec 3 TWh de production éolienne et solaire modulés (soit un doublement en un an), les énergies renouvelables ne sont plus seulement des énergies fatales, mais deviennent de véritables leviers d'équilibrage du réseau.

Cette évolution confirme un changement de paradigme bénéfique pour l'exploitation du parc d'EDF :
- Préservation du parc nucléaire : Traditionnellement, le parc nucléaire français assurait seul le suivi de charge lors des baisses de demande ou des pics de production. En faisant porter une partie de cette modulation par l'éolien et le solaire, on limite les cycles de variation de puissance sur les réacteurs.
- Réduction des coûts de maintenance : Comme vous le soulignez, la modulation thermique (nucléaire et gaz) accélère la fatigue mécanique des composants et augmente les coûts d'entretien. Le transfert de cette contrainte vers les EnR, dont le coût marginal de modulation est quasi nul, représente une optimisation économique majeure.
- Efficacité économique : En s'effaçant lors des épisodes de prix négatifs, les EnR évitent au système de produire à perte tout en garantissant la sûreté de l'équilibre offre-demande.

En conclusion, l'intégration du pilotage des renouvelables est un levier clé pour prolonger la durée de vie de nos actifs pilotables et réduire les coûts d'exploitation globaux du système électrique.
COCHELIN
Vous semblez sous-estimer ici les impacts industriels, socio-organisationnels, humains et économiques d'une modulation croissante imposée par un développement excessif des énergies renouvelables variables : https://www.csecedfsa.fr/actualites/0-1314/etude-sur-la-modulation-du-parc-nucleaire-ce-qu-il-faut-retenir
ThB
M COCHELIN,

Votre analyse semble privilégier une vision syndicale interne (CSEC EDF) au détriment des scénarios prospectifs de RTE, qui est pourtant le garant de l'équilibre du réseau.
Remettez-vous en cause l'indépendance et l'expertise technique de notre gestionnaire de transport ?

Sur le fond, je vous rejoins sur le déséquilibre du mix :
avec un socle nucléaire à 70 % face à seulement 23 % d'énergies renouvelables, nous sommes loin d'une complémentarité saine. Prôner encore plus de nucléaire dans ce contexte ressemble fort à la recette du "pâté d'alouette" : un cheval d'atome pour une plume de renouvelable. Est-ce là votre vision d'un mix énergétique équilibré et résilient ?
Cochelin
Ce n'est pas une vision syndicale mais de l'établissement EDF : file:///C:/Users/Cochelin%20DANIEL/Downloads/2026_02_16_ETUDE_MODULATION.pdf Et qu'est-ce qu'une " vision d'un mix énergétique équilibré et résilient ?" Dans quel pays trouve-t-on ce modèle pertinent ? Il n'y a pas de réponse précise. Chaque pays a son modèle, et le moddèle français a fait ses preuves depuis longtemps avec un contenu carbone très bas,un réseau robuste et fiable et un coût du KWh faible pour les consommateurs.
Goldorak
@THB : vous oubliez que 1Mwh de vent ou de soleil et 1Mwh de nucléaire n'ont pas la même valeur. Avec les renouvellables en mode non gérés (comprendre sans stockage conséquent), on aura un prix du nucléaire encore plus haut pour la bonne et simple raison qu'il devra moduler pour éviter le blackout et ne pas produire en continu. si vous produisez 60% du temps au lieu de 80%, votre prix augmente (et je parle même pas du cout de la modulation en lui même). L'urgence n'est pas sur le dévellopement des ENR à grande échelle, l'urgence est déjà d'utiliser l'existant en déplaçant par exemple les utilisations ou en stockant les surplus. L'ajout de solaire dans le réseau n'apporte rien actuellement. Quel est le cout de l'effacement solaire ? Pour moi, il devrait etre de 0€ car il s'agit de surproduction (rien ne justifie une compensation à l'heure actuelle, il n'y a pas de besoin).
COCHELIN
Vous avez raison, et les avis (contestés par la filière des ENR) du CEREME vont dans ce sens : https://piebiem.webnode.fr/l/ppe3-programmation-pluriannuelle-de-l-energie-le-cereme-demande-un-moratoire-sur-les-enr/
ThB
M Goldorak,

Je vous invite à relire ce que j'ai déjà écrit dans ce forum,
"L'abondance est, par nature, bien plus simple à gérer que le déficit, c'est un principe qui dépasse largement le cadre énergétique. Si certains pays redoutent aujourd'hui le blackout, c’est avant tout pour avoir privilégié la capacité de production au détriment des infrastructures de régulation (STEP, batteries, volants d'inertie, air comprimé). Ces technologies de stockage présentent pourtant l’avantage crucial d’une réactivité quasi instantanée".
Cependant, au-delà du stockage, un autre levier majeur existe : l’ajustement de la consommation sur l’offre.

Historiquement, le contrôle de l'énergie est indissociable du contrôle politique. Ce monopole favorise des dérives où la préservation des privilèges de caste l'emporte souvent sur l'intérêt général et l'urgence climatique.
COCHELIN
Contenu carbone de l'électricité en Allemagne plus de dix fois celui de la France à l'année. 363g de en Allemagne contre 21g en France. https://allemagne-energies.com/bilans-energetiques/#:~:text=L'intensit%C3%A9%20carbone%20de%20la,plus%20%C3%A9lev%C3%A9e%20qu'en%20France.
Laval
Cochelin, nous sommes bien d'accord sur les émission de CO2, qui sont des valeurs estimées car non mesurables. Les prix des mWh eux sont réels et donnés par RTE. J'ai écris 155, c'est déjà un scandale, alors qu'à l'heure actuelle c'est 192 !!!
Studer
Les trois arguments utilisés par le lobby des énergies solaire et éolienne (souveraineté, de sécurité d'approvisionnement et de compétitivité industrielles) dans l'article, ont totalement erronés : - Souveraineté ? Les panneaux solaires sont pratiquement chinois à 100 %, et les terres rares des moteurs des éoliennes très majoritairement chinois - Sécurité d'approvisionnement ? C'est une plaisanterie quand on sait que l'approvisionnement est fonction de la météo, et que quand celle-ci s'en mêle, le blackout devient possible (cf. l'Espagne avec ses excès brutaux de solaire) - Compétitivité industrielle ? Les règles de la concurrence sont distordues quand on subventionne une énergie (solaire et éolienne) et pas une autre (nucléaire et hydraulique). Et il n'y a qu'à voir l'Allemagne où le kWh est presque deux fois plus cher qu'en France, avec en outre des émissions de CO2 dues à la production d'électricité 10 fois supérieures, car le charbon et le gaz sont nécessaires pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables.
ThB
M Studer,

La question de notre indépendance énergétique ne peut occulter notre héritage technique. Le recours historique aux licences Westinghouse pour nos réacteurs REP, tout comme le dossier Alstom-GE, rappelle que la souveraineté est un combat industriel permanent.

Sur le volet des renouvelables, la synergie saisonnière entre vent et soleil est un atout, mais elle ne règle pas la question de la stabilité du réseau à court terme. L'enjeu n'est plus seulement de produire, mais de maîtriser le triptyque « stockage, pilotage de la demande et flexibilité ». C’est là que se situe aujourd’hui le véritable saut technologique à accomplir.

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