Le chancelier allemand en tournée dans les pays du Golfe

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le chancelier allemand entame mercredi une tournée dans les pays du Golfe, désireux de nouer de nouveaux partenariats stratégiques avec ces riches fournisseurs en énergie pour mieux s'émanciper des États-Unis de l'imprévisible Donald Trump.

Diversification des coopérations

Accompagné d'une importante délégation de patrons d'entreprises, le dirigeant conservateur Friedrich Merz se rend en Arabie saoudite, au Qatar et aux Emirats arabes unis, qu'il souhaite convaincre de renforcer leurs investissements dans la première économie européenne.

Après l'Inde début janvier, la visite de M. Merz s'inscrit dans un contexte de diversification des coopérations de l'Allemagne, dont l'économie fortement exportatrice est ébranlée par la politique douanière de Washington.

"Nous sommes le plus grand partenaire commercial de la région (du Golfe, ndlr) au sein des pays de l'UE", souligne Andreas Lenz, responsable des questions économiques et d'énergie du groupe parlementaire des conservateurs. "Et cette région est très intéressée par la technologie allemande dans les domaines de l'automobile, de la chimie, mais aussi de la construction mécanique", a-t-il dit mercredi dans un entretien à la chaine allemande Phoenix.

Livraisons de GNL

Première étape, l'Arabie saoudite, où le ministre de l'Environnement Carsten Schneider, fin janvier, puis la ministre de l'Economie, Katherina Reiche, début février, ont précédé le dirigeant allemand.

Berlin s'intéresse notamment au gaz naturel liquéfié (GNL) que le Royaume souhaite massivement développer à l'avenir. L'Allemagne, dont le fournisseur principal en GNL est pour le moment les Etats-Unis, voudrait restreindre sa dépendance à l'égard de ce pays. Elle ne veut surtout pas répéter l'erreur faite avec la Russie auprès de laquelle elle s'approvisionnait en gaz naturel bon marché avant de couper les ponts après l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Deuxième station de Merz, le Qatar, l'un des grands fournisseurs mondiaux de GNL, où l'ancien ministre de l'Économie, l'écologiste Robert Habeck s'était déjà rendu en 2022 pour négocier des contrats de fourniture de cette source d'énergie. L'un des problèmes alors était la courte durée (15 ans) des contrats exigée par Berlin, tandis que le Qatar souhaitait trente ans.

Cette fois, Berlin pourrait se montrer plus conciliant quant à la durée de ces contrats de livraison éventuels. Toutefois, la loi allemande sur la protection du climat, qui impose l'abandon des énergies fossiles d'ici 2045, constitue une limite claire pour Friedrich Merz.

Le Qatar est en outre un actionnaire clé de certaines des plus grandes entreprises allemandes, dont le constructeur automobile Volkswagen, le groupe énergétique RWE et la Deutsche Bank. Friedrich Merz devrait terminer sa tournée par les Emirats arabes unis, l'un des premiers exportateurs de pétrole brut au monde et théâtre mercredi des pourparlers Ukraine-Russie-USA. Il devrait y rester de jeudi tout début de soirée à vendredi après-midi.

« Politique réaliste et pragmatisme »

Illustration récente de la politique d'investissement des Emirats en Allemagne: l'acquisition fin 2024 par la compagnie nationale pétrolière Adnoc d'un des fleurons la chimie allemande, Covestro.

La ministre allemande de l'Économie, Katherina Reiche, qui s'est elle-même déplacée en novembre dernier au Qatar et aux Émirats, avait applaudi à ce rachat, le qualifiant de "signal de la grande confiance envers le site de production allemand".

Au-delà des partenariats économiques, les sujets de friction entre les pays du Golfe et l'Allemagne ne manquent pas. Les Émirats arabes unis sont par exemple considérés comme proches de la Russie, et le rôle de ce pays dans des conflits tels que ceux qui sont en cours en Libye ou au Soudan est jugé très problématique.

L'assassinat du journaliste dissident Jama Khashoggi en 2018 au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul avait aussi mis en lumière la situation déplorable des droits de l'Homme dans le Royaume.

Mais, comme l'a souligné le député conservateur, Andreas Lenz, sur la chaîne Phoenix, avant le départ de Friedrich Merz, l'Allemagne a besoin "en ce moment d'une politique réaliste, (...) de pragmatisme".

Et d'ajouter: "Cela ne doit pas nous empêcher de signaler certaines choses, mais je suis convaincu que pointer du doigt de manière moralisatrice est contre-productif dans ce domaine".

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