
Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine - PSL
Fondateur de la Chaire Économie du Climat

2025 a été la 3e année la plus chaude, pratiquement à égalité avec 2023.
Une décrue limitée du thermomètre en 2025
Comme attendu, la température moyenne à la surface du globe a légèrement reculé en 2025 avec la dissipation de l’épisode El Niño. L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) estime que le réchauffement a atteint 1,44°C relativement à l’ère préindustrielle, contre 1,55°C en 2024. Un recul très limité, 2025 ayant été la troisième année la plus chaude jamais observée, pratiquement à égalité avec 2023.
Le repli du thermomètre a été nettement plus marqué dans les zones tropicales, plus sensibles à la dissipation de l’épisode El Niño que dans les zones tempérées ou polaires. Le continent Antarctique a même battu son record absolu de température l’an passé.

Source : COPERNICUS, Global Climate Highlights 2025
Pour 2026, les centres de recherche sur le climat anticipent une température mondiale toujours en retrait sur 2024, mais proche des niveaux de 2023 et 2025.
Les questions posées par les températures de 2023-2025
Sur les trois dernières années 2023 à 2025, le thermomètre s’est établi nettement au-dessus de la tendance de long terme. D’après COPERNICUS, le programme européen de recherche sur le climat, un tel écart à la tendance n’a été observé que deux fois depuis la fin du XIXe siècle (graphique de haut de page) :
durant l’épisode El Niño, d’une intensité exceptionnelle, de 1877-1878 ;
entre 1940 et 1945.
Les comparaisons sont cependant fragiles car les relevés de températures étaient encore lacunaires au XIXe siècle et ont été fortement perturbés durant la Seconde Guerre mondiale.
Comme l’étudie plus en détail le rapport annuel du Berkeley Earth, l’un des organismes de référence sur le climat, les facteurs habituels de variabilité à court terme du climat n’expliquent que partiellement la pointe récente de température. L’épisode El Niño a été de faible intensité. La diminution des aérosols consécutive à la réduction massive des rejets de soufre par la navigation maritime (une géoingénierie involontaire, fonctionnant à rebours !) et le renforcement cyclique du rayonnement solaire n’expliquent pas le reste.
La tendance au réchauffement des dernières décennies
Parmi les autres facteurs amplifiant le réchauffement, il faut intégrer les rétroactions climatiques qui ont été analysées dans le dernier rapport de l’OMM sur les stocks de gaz à effet de serre dans l’atmosphère :
La poussée récente du stock de CO2 ne provient pas d’une accélération des émissions de carbone fossile ou de la déforestation, mais d’un affaiblissement des puits de carbone naturels, avec notamment moins de carbone séquestré par les forêts. De même, celle de méthane est amplifiée par l’accélération de ses rejets dans les zones humides provoquée par la hausse du thermomètre sous les tropiques.
Ces rétroactions climatiques ont contribué à l’accélération du réchauffement décelable sur les dernières décennies. COPERNICUS comme le Berkeley Earth font le même constat : sur les deux dernières décennies, le réchauffement suit une tendance plus rapide que celle de 0,2°C par décennie qui prévalait depuis 1970. C’est également le constat qu’on peut faire par une simple analyse économétrique de la série des températures mondiales. Les températures observées entre 2023 et 2025 sont nettement supérieures à la tendance linéaire de 0,2°C par an. Mais cette tendance s’est accélérée sur les dernières décennies, pour avoisiner 0,29°C par décennie si on la calcule sur la période 2005 à 2025.
Les implications pour les politiques climatiques sont évidemment majeures. Au rythme des deux dernières décennies, la cible de 1,5°C de l’accord de Paris n’est plus atteinte vers le milieu de la décennie 2030, mais dès 2029. Et la cible de 2°C ? Dans un tel schéma, elle serait touchée dès 2046.

Sources / Notes
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