Mobilité électrique : aux États-Unis, le secteur compte sur le développement des bornes de recharge

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Pour stimuler l'adoption des voitures électriques aux États-Unis, où les ventes de ces modèles ont pendant longtemps connu une croissance timorée, les opérateurs comptent de plus en plus sur le réseau de bornes de recharge. Afin de surmonter la peur, courante, de tomber en panne de jus électrique, le président américain Joe Biden a fait de la construction de ces alternatives aux stations essence une priorité.

Dans le New Jersey, où, comme dans de nombreux États américains, la voiture est reine, les autorités ont récemment réservé 5,4 millions de dollars pour construire des points de recharge électrique dans 27 sites particulièrement fréquentés, comme des centres commerciaux et des stations-services.

Problème : si elles sont indispensables pour accélérer la transition vers le tout-électrique, ces bornes publiques ne seront peut-être pas beaucoup utilisées car les automobilistes branchent généralement leur voiture à domicile ou sur leur lieu de travail.

"Les recharges dans des lieux publics sont vraiment destinées à faire le plein de temps en temps", explique Peg Hanna, responsable au sein des services de protection de l'environnement du New Jersey. Ben Rich confie ainsi qu'il recharge habituellement sa Tesla à la maison mais qu'il utilise des bornes publiques quand il voyage. "Les gens ont besoin de savoir qu'ils pourront recharger s'ils en ont besoin", remarque ce professeur de physique et de sciences de l'environnement à Montclair, dans le New Jersey. Autrement, "ils ne voudront pas se séparer de leurs voitures à carburant."

Nouvel élan

Les ventes de voitures électriques ne représentaient encore que 2,5% aux États-Unis au premier trimestre, selon le cabinet spécialisé Cox. Mais plusieurs initiatives ont fleuri ces derniers mois, à commencer par l'annonce du numéro un de l'automobile aux États-Unis, General Motors, de ne plus commercialiser que des modèles électriques d'ici 2035. Ford prévoit de présenter officiellement le 19 mai une version électrique de son populaire pick-up F150.

Et Joe Biden, qui a promis 500 000 bornes de recharge pendant sa campagne, a prévu des fonds pour leur construction dans son grand programme d'infrastructure. "La question n'est plus de savoir 'si' mais 'quand'" les recharges électriques vont débarquer massivement", remarque Jonathan Levy, responsable commercial de l'entreprise EVgo. La question est même de savoir "à quel point cela peut être plus rapide", ajoute-t-il.

Fondé en 2010, EVgo propose des bornes particulièrement puissantes qui permettent de réduire le temps de charge. Le groupe, qui prévoit d'entrer à Wall Street cette année, a déjà construit 800 sites dans 65 villes américaines.

Convaincre les automobilistes

Des temps de recharge plus rapide permettent à un automobiliste de faire le plein d'électricité pendant ses courses ou un déjeuner au restaurant. Mais cela prend toujours plus de temps que les quelques minutes nécessaires pour remplir son réservoir d'essence ou de diesel.

Côté budget, les montants varient en fonction des modes de recharge (chez soi ou dans une borne publique) des opérateurs et des types de bornes, mais les coûts sont globalement inférieurs aux dépenses en carburant.

Pour Pasquale Romano, les automobilistes vont prendre le pli, s'habituant à charger leurs voitures à la maison comme ils rechargent leur smartphone. Faire le plein de carburant "est très désuet", assure le patron de ChargePoint, une société qui gère des bornes de recharge et qui est entrée au New York Stock Exchange début mars.

Pour l'instant, certains sites restent peu fréquentés. Ainsi, un point de recharge EVgo dans une zone commerciale de la ville de Selden, dans la banlieue de New York, a été utilisé moins de deux fois par jour en mars, selon Daren Moss, de la société de gestion de centres commerciaux Brixmor Property Group.

Mais la croissance de la demande va être "exponentielle" dans les années à venir, prévoit-il. "Fournir ce service aide à attirer des clients." Même si le point de recharge électrique installé dans sa station-service à Brick, dans le New Jersey, est peu employé, Jesse Georgaklis anticipe aussi une réelle évolution. Il reconnaît l'importance de préserver l'environnement pour la génération de son fils.

Mais il s'inquiète aussi pour l'avenir de sa petite entreprise, créée par son grand-père en 1947. "Par quoi va-t-on remplacer tout le business lié à l'essence ?", s'interroge-t-il. "Entre le gars qui me l'envoie et celui qui le met dans son réservoir, il y a beaucoup d'emplois et d'argent en jeu."

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