- Connaissance des Énergies avec AFP
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Face à la crise au Moyen-Orient qui percute de plein fouet l'activité économique, Sébastien Lecornu devrait jeudi solliciter davantage les entreprises pour qu'elles aident leurs salariés et élargir les secteurs soutenus, moyennant de nouvelles économies budgétaires pour ne pas creuser davantage le déficit.
Désireux de "changer d'échelle" sans abandonner "personne", le Premier ministre doit annoncer un "nouveau paquet" d'aides lors d'une conférence de presse à 17H, sa première à Matignon depuis sa nomination en septembre, consacrée aux conséquence de la guerre et aux "mesures de soutien à l'activité".
Le Fonds monétaire international a d'ores et déjà revu jeudi à la baisse sa prévision de croissance pour la France - de 0,9% à 0,7%- pour 2026, et prévenu que la réponse du gouvernement à la crise énergétique devrait rester "limitée, temporaire et ciblée", jugeant "insuffisant" le rythme de redressement actuel du pays.
Le gouvernement va très probablement demander une contribution aux entreprises en proposant un renforcement de la prime d'aide aux transports pour les salariés, qui est défiscalisée et passerait de 300 à 600 euros, selon des sources concordantes. Mais cette mesure dépend du bon vouloir des employeurs.
D'autres publics, comme les aides à domicile qui utilisent beaucoup leur voiture pourraient être aidés.
Sébastien Lecornu avait déjà salué la mesure prise par le groupe pétrolier TotalEnergies de plafonner les prix à la pompe dans ses stations-service, à défaut de le faire à son niveau compte tenu des contraintes budgétaires.
- "Juste équilibre" -
Mais comment aider davantage les métiers touchés sans creuser le déficit ou contraindre les dépenses ? Il s'agit de "trouver ce juste équilibre entre soutien au pouvoir d'achat et respect des finances publiques", a résumé mercredi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Energie.
"Nous n'avons aucune marge de manoeuvre budgétaire", a prévenu sur TF1 le président Les Républicains du Sénat Gérard Larcher, pointant un risque de "récession", alors que l'activité en France a connu son plus fort recul depuis cinq ans et demi en mai, selon l'indice PMI Flash.
D'habitude sobre dans sa communication, le chef du gouvernement prendra le temps d'exposer, avec dix ministres à ses côtés, ces aides et l'impact du conflit sur l'économie du pays, après une réunion interministérielle pour caler les derniers arbitrages.
Le conflit au Moyen-Orient a conduit à un blocage du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié.
Une situation qui fait flamber les prix des carburants, renchérit les matériaux dérivés du pétrole comme le plastique, et fait grimper les intérêts de la dette publique, alors que le gouvernement veut tenir le déficit à 5% du produit intérieur brut (PIB) en 2026.
Alors que la croissance est restée atone au premier trimestre, l'exécutif temporise sur les aides qu'il veut toujours "ciblées" et non généralisées, écartant toute baisse de la fiscalité ou blocage des prix des carburants, comme réclamé par les oppositions.
- La chimie "fortement exposée" -
Les aides sectorielles qui concernent actuellement l'agriculture, la pêche, le transport ou le BTP, pourraient être étendues à la chimie, "fortement exposée".
Certaines aides n'ont pas encore été versées, notamment l'indemnité carburant de 50 euros mensuels pour les trois millions de Français modestes dits "gros rouleurs". La plateforme pour en faire la demande ouvrira le 27 mai.
Pour compenser ces dépenses et le coût de la guerre, le gouvernement a déjà annoncé six milliards d'euros de gels ou annulations de crédits sur les dépenses publiques en 2026, dont quatre sur l'Etat et deux dans "la sphère sociale", qu'il envisage désormais de "remettre à jour".
Le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson (LR), a demandé le dépôt "sans délai" d'un budget rectificatif pour apporter une "vraie clarification" sur les économies envisagées.
Le chemin est étroit. L'Etat ne dispose plus à ce stade de "cagnotte" liée à cette inflation, selon le gouvernement: la chute de 30% de la consommation d'essence et de gazole sur les dix premiers jours de mai a effacé le surplus initial de recettes fiscales.
Autre conséquence de l'envolée des prix, le Smic augmentera mécaniquement le 1er juin de 2,4%. Ce qui rend "impératif", aux yeux de la CFDT, l'ouverture de négociations salariales, alors que les entreprises de leur côté craignent de subir un gel des allègements de cotisations sociales à hauteur de deux milliards d'euros.