Nucléaire : le seul candidat à la reprise de la start-up Naarea se désiste

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le seul candidat à la reprise de la start-up nucléaire Naarea a annoncé mercredi à l'AFP le retrait de son offre à la veille de la décision du tribunal des activités économiques de Nanterre, faisant craindre une liquidation judiciaire pour l'entreprise française spécialisée dans les mini-réacteurs.

Menace d'une liquidation judiciaire

Ce candidat, le groupe polonais et luxembourgeois Eneris, "a informé ce jour" le tribunal "de sa décision de retirer son offre de reprise des activités de la société Naarea", selon un communiqué adressé à l'AFP.

"La société a justifié sa décision par courrier" et "laisse le soin au tribunal d'examiner les arguments présentés en amont de sa décision sur la procédure de redressement de l'entreprise Naarea", ajoute sans plus de précisions la société fondée par l'entrepreneur franco-polonais Artur Dela, basée au Luxembourg.

Présentée le 7 janvier, son offre prévoyait un financement "immédiat de 5,5 millions d'euros répartis en prix de cession et premiers fonds propres", un "budget initial pour 2026 de 21 millions d'euros" et la reprise de 107 salariés, soit 65% de son effectif, avait indiqué son porte-parole à l'AFP après l'audience.

Son désistement, à la veille de la décision du tribunal, fait désormais planer la menace d'une liquidation judiciaire pour la jeune pousse prometteuse de fabrication de mini-réacteurs nucléaires, l'une des premières à avoir été soutenue par l'État français.

Dans l'attente d'un « signal de l'État »

Fondée en 2020, Naarea avait levé 90 millions d'euros de financements, dont 10 millions d'euros d'argent public du plan d'investissements France 2030. Son projet vise à développer un mini-réacteur nucléaire à sels fondus et neutrons rapides capable de produire de l'électricité, mais aussi de la chaleur décarbonée pour l'industrie, à partir des combustibles d'uranium usés.

En dépit de l'intérêt stratégique pour ces projets de mini-réacteurs de type SMR et AMR (pour "small modular reactors" et "advanced modular reactors"), cette filière peine à décoller en Europe, notamment faute de financements privés et publics suffisants.

Comme les autres entreprises innovantes du nucléaire actives en France - une dizaine soutenues par la France - Naarea disait attendre un "signal de l'État", et donc un nouveau soutien financier pour accompagner sa phase de développement et rassurer les investisseurs privés, avait-elle expliqué à l'AFP en septembre. Plombée par ses problèmes de trésorerie et une dette de 15 millions d'euros, Naarea avait été placée en redressement judiciaire le 3 septembre.

Commentaires

ThB
Cela ne vous rappelle rien au pays de la ligne Maginot, du Concorde, des EPR et maintenant des SMR ?

Petit rappel, Thomas Pikmal (le directeur financier démissionnaire) en 2016 n’a plus de solutions à proposer concernant le projet Hinkley Point.
Mais il dresse ce constat :
« Fin 2015, EDF avait déjà investi 58 % de son patrimoine dans la technologie EPR. Avec Hinkley Point, cette part allait monter à 70 % ».
Il lâche alors cette phrase terrible :
« Mais qui investirait 70 % de son patrimoine sur une technologie dont nous ne savons toujours pas si elle fonctionne ? Si une telle personne aussi bien informée sur la face cachée du nucléaire ne vous incite pas à être méfiant, je ne pourrais pas mieux vous éclairer.
APO
Les EPR marchent ! Et que dire du modèle énergétique Allemand !? Les paroles du chancelier Merz : "Je souhaite que les prix de l'énergie sur le marché soient acceptables et ne soient pas subventionnés en permanence par le budget fédéral. Nous ne pouvons pas continuer ainsi à long terme. Et je le dis ici, de manière claire : La sortie du nucléaire a été une grave erreur stratégique. Nous sommes actuellement engagés dans la transition énergétique la plus coûteuse au monde. Je ne connais aucun autre pays qui rende les choses aussi difficiles et coûteuses que l'Allemagne. Si vous devez le faire, vous auriez au moins dû laisser la dernière centrale nucléaire allemande en service il y a trois ans, afin de disposer au moins de la capacité de production d'électricité dont nous disposions jusqu'alors. Nous entreprenons donc la transition énergétique la plus coûteuse au monde. Je ne connais aucun autre pays qui rende les choses aussi difficiles et coûteuses que l'Allemagne. Nous avons hérité d'un problème que nous devons corriger : nous n'avons tout simplement pas assez de capacité de production d'énergie. Nous devons faire mieux, et vite. Les centrales électriques doivent être construites (centrales à gaz)."
ThB
La décision d’abandonner la production d’électricité nucléaire, notamment pour des centrales situées à proximité de la Russie, ne relève pas forcément d’une erreur, mais pourrait bien s’avérer un atout stratégique à long terme.
La question reste de savoir si les avantages et les risques (en particulier en cas de conflit) ont été correctement évalués.

Par ailleurs, le démantèlement futur de ces installations, s’il doit intervenir, représentera un défi colossal, tant sur le plan technique que financier. Dans le contexte géopolitique actuel, la prudence et la prospective s’imposent : mieux vaut anticiper ces coûts et ces risques plutôt que de les subir.
Agnès Verdier
J'abonde dans votre sens ThB, la situation géopolitique est devenue tellement incertaine qu'il vaut mieux ne pas miser sur le nucléaire, qui pourrait constituer une cible de choix ! Et de toute façon trop long à mettre en oeuvre pour répondre à l'urgence climatique, et beaucoup trop onéreux.
APO
Que ensez-vous de l'évolution du contenu en CO2 de l'électricité Allemande entre 2024 et 2025 !? La France est 10 fois moins émettrice que l'Allemagne et voit même ses émissions décroitre... En Allemagne cela stagne ! Comment l'expliquez-vous face à l'urgence climatique !?
Agnès Verdier
Les émissions allemandes ont énormément baissé, et ce de manière sensible et durable depuis plus de trente ans. Il n'est pas pertinent de se focaliser sur une période d'un ou deux ans. https://www.cleanenergywire.org/factsheets/germanys-energy-consumption-and-power-mix-charts
APO
Quand on part de très haut, c'est parfois facile de descendre ses émissions... Par contre, le faire continuellement c'est parfois compliqué avec des effets de seuil...
Ernst Flugg
Encore une start up qui fait pschiiiit,en ayant pourtant siphoné les aides publiques de manière massive.
ThB
L’évolution du contenu en CO2 de l’électricité allemande : relativisons !

L’Allemagne et la France sont souvent comparées sur leur transition énergétique, mais une analyse pertinente doit tenir compte de leur contexte économique et de leur consommation réelle.

1. Un PIB allemand bien plus élevé, mais une consommation électrique inférieure.
Le PIB allemand (4 305 milliards d’euros en 2024) dépasse largement celui de la France (2 920 milliards d’euros).Logiquement, une économie plus active devrait consommer plus d’électricité, car la production de biens et de services est énergivore. Pourtant, les Allemands consomment moins d’électricité par habitant que les Français:

- Allemagne : 2 927 milliards de kWh pour 83,44 millions d’habitants → 35 077 kWh/hab/an
- France : 2 744 milliards de kWh pour 68,37 millions d’habitants → 40 132 kWh/hab/an

Écart : plus de 5 000 kWh par habitant et par an en faveur de l’Allemagne. À l’échelle nationale, cela représente un gouffre financier et écologique :

- Coût estimé : 1 500 €/habitant (tarif bleu EDF) × 68,37 millions = 102,6 milliards d’euros par an.
- Opportunités perdues : cette somme colossale pourrait financer des plans de transition énergétique, la justice, l’éducation, la défense, etc.
2. Moins consommer, c’est moins polluer

Si la France consommait autant que l’Allemagne, on pourrait :

- Diviser par deux le nombre d’EPR à construire, économisant ainsi 50 milliards d’euros (base Flamanville).
- Réduire la part du nucléaire de 70 % à 30 %, pour envisager une sortie totale.
3. Relativisons aussi l’empreinte carbone des modes de production
L’énergie grise (celle nécessaire à la construction et au démantèlement des infrastructures) varie selon les sources :

EPR : ~14 Wh/kWh produit
Éolien terrestre : ~15-25 Wh/kWh
Éolien offshore : ~20-30 Wh/kWh
Solaire PV : ~40-80 Wh/kWh
Gaz naturel : ~8-10 Wh/kWh

Conclusion : L’Allemagne montre qu’une économie puissante et moins favorisé géographiquement peut consommer moins d’énergie par habitant, réduisant ainsi son impact écologique et ses dépenses. La France a tout intérêt à s’inspirer de cette sobriété énergétique pour accélérer sa transition et libérer des budgets pour d’autres priorités.

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