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Brexit : l’électricité et les risques d’un « no deal »

  • Source : Ifri

À l’heure actuelle, le Royaume-Uni dispose de trois interconnexions électriques avec des pays de l’Union européenne (France, Irlande, Pays-Bas). Le scénario d’un Brexit « dur », sans accord d’ici à fin mars 2019, ne mettrait pas fin aux échanges d’électricité avec ce pays mais il suscite de fortes inquiétudes après deux décennies d’efforts pour harmoniser les règles de fonctionnement au niveau européen.

« En matière d’énergie, et d’électricité en particulier, les négociations sur le Brexit ne feront que des perdants », estiment Carole Mathieu, Steve Pye et Paul Deane(1) dans cette étude en anglais publiée le 15 octobre par le Centre Énergie de l’Ifri. Ils y exposent leur vision du système énergétique européen dans le contexte d’une coopération restreinte entre le Royaume-Uni et une Union européenne à 27, en soulignant notamment les risques associés à un fonctionnement sous-optimal des marchés de l’électricité en Europe (coûts en hausse, moindre utilisation des interconnexions avec le Royaume-Uni, etc.).

Si l’on prend en compte les infrastructures en cours de construction et les projets approuvés par les autorités compétentes, les capacités des interconnexions électriques du Royaume-Uni devraient doubler d’ici à 2023 (et atteindre 9 800 MW à cet horizon, contre 4 GW à l’heure actuelle), soulignent les chercheurs(2). En revanche, les projets en phase initiale de développement devraient rencontrer des difficultés, « en particulier si la contribution des interconnexions à la sécurité d’approvisionnement est questionnée, où s’il n’est pas possible de maintenir des conditions de concurrence acceptables entre production domestique et électricité importée ».

L’étude de l’Ifri décrypte également la situation spécifique de l’Irlande, unique pays européen ayant une frontière terrestre avec le Royaume-Uni, qui a développé un marché de gros de l’électricité avec son voisin nord-irlandais (Single Electricity Market) et qui dépend fortement du Royaume-Uni pour son approvisionnement en énergie. Dans ces conditions, le projet d’une nouvelle interconnexion reliant l’Irlande et la France mériterait « une plus grande attention, dans la mesure où un bénéfice net semble se dégager pour les deux pays et que la connexion de l’Irlande au reste du marché intérieur s’en trouverait garantie ».

Les auteurs souligent par ailleurs que, bien que Londres affirme vouloir conserver des objectifs ambitieux dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, « toute prise de distance avec la législation européenne est de nature à générer de l’incertitude qui pourrait réduire la marche du progrès en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

Interconnexions électriques du Royaume-Uni
La principale interconnexion électrique de la Grande-Bretagne la relie à la France (« IFA », capacité de 2 000 MW) . (©Connaissance des Énergies, d’après Ifri)

Lire l'étude :
Brexit : l’électricité et les risques d’un « no deal »
Sources / Notes
  1. Carole Mathieu est responsable des politiques européennes de l’énergie et du climat au Centre Énergie de l’Ifri. Paul Deane est chercheur associé au Centre MaREI à l’University College de Cork en Irlande et Steve Pye est chercheur associé principal à l’ Energy Institute de l’University College London.
  2. Depuis le référendum favorable au Brexit, deux projets d’interconnexions ont été approuvés par les autorités d’autres pays européens : la France en février 2017 (avec le projet « IFA2 ») et le Danemark en octobre 2017 (« Viking Link »).