Un œil sur le « ticket d’entrée » d’EPH en France

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EPH

Le groupe tchèque EPH exploite déjà de nombreuses centrales à charbon en Europe. Ici, le site d'Opatovice en République tchèque. (©EPH)

La Commission européenne a annoncé le 8 mai ne pas avoir d'objection à « la prise de contrôle exécutif » par le groupe tchèque EPH d’Uniper France qui exploite entre autres deux centrales au charbon dans l’hexagone. Rappels des faits.

Un rachat pour pénétrer sur le marché français de l’électricité

En décembre 2018, EPH (Energetický a průmyslový) a annoncé avoir fait une offre pour « acquérir toutes les activités et actifs d’Uniper SE en France ». L’ambition affichée du groupe tchèque est de pénétrer sur le marché français de l’électricité duquel il est aujourd’hui absent.

La DG Concurrence de la Commission européenne ne s’oppose pas à cette opération, jugeant dans sa décision(1) que « la concentration envisagée ne soulèverait pas de problèmes de concurrence en raison de l'absence de chevauchements entre les activités de ces sociétés dans l'Union européenne ».

Connu entre autres pour ses activités dans le charbon (exploitation minière du lignite, centrales à charbon, etc.), EPH souhaite étendre ses actifs de production électrique en Europe avec « un parc de production diversifié » selon Jan Špringl, vice-président d’EPH Power Europe. Le groupe possède et exploite déjà des actifs dans la production et le transport d’électricité dans 7 pays européens (Allemagne, Hongrie, Italie, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni et Slovaquie)(2) et annonce être le 6e producteur d’électricité en Europe.

La société Uniper France est pour sa part « active dans la production d’électricité à partir de sources renouvelables et non renouvelables et dans la distribution de gaz et d’électricité », rappelle la Commission européenne. Elle exploite deux centrales au charbon de 600 MW de puissance installée chacune – Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint Avold (Moselle) – mais aussi deux tranches au gaz (à Saint-Avold)(3), une centrale biomasse (à Gardanne), des parcs éoliens et des centrales photovoltaïques.

À la suite du rachat d'Uniper France, EPH ne disposera que d’une « position très modeste » sur le marché français de la production électrique, tempère Jacques Percebois, professeur émérite à l’Université de Montpellier. Pour le groupe tchèque, cette opération doit constituer « un moyen de mettre le pied dans la production française… une sorte de ticket d’entrée », précise-t-il. Pour rappel, le président du groupe EPH, le milliardaire Daniel Kretinsky, est déjà connu en France pour ses investissements dans des médias, et notamment son entrée au capital du quotidien Le Monde fin 2018.

Deux centrales à charbon, des actifs « échoués » ?

EPH reconnaît la situation « spéciale » d'Uniper France qui exploite 2 centrales au charbon ayant a priori « une durée de vie limitée sur la base de la décision du gouvernement français ». Pour rappel, le gouvernement français a fixé pour objectif de fermer les dernières centrales au charbon dans l'hexagone d’ici 2022 (il est à cette fin envisagé d'imposer un plafond annuel d’émissions en France métropolitaine pour les installations électriques émettant plus de 550 grammes de CO2 équivalent par kWh). En 2018, le charbon a compté pour seulement 1,1% de la production d’électricité en France métropolitaine.

Le groupe EPH est désormais bien connu pour ses rachats de centrales à charbon partout en Europe, faisant le pari de la poursuite de l’exploitation de ces actifs boudés par les énergéticiens mais jugés toujours rentables par le groupe tchèque. En France, Jacques Percebois rappelle que le nouvel acheteur pourrait envisager une conversion de ces centrales à la biomasse comme il l’a fait au Royaume-Uni avec la centrale de Lynemouth(4). Un soutien public est par ailleurs attendu en cas de fermeture imposée de ces centrales (250 emplois directs(5)).

Enfin, Jacques Percebois souligne l’importance des sites mêmes de Gardanne et Saint-Avold : « trouver des sites pour construire des centrales est très difficile (oppositions locales, longueur des procédures) ; en rachetant des centrales existantes, on dispose d'un site et on peut ensuite y construire plus facilement une autre centrale (à gaz par exemple) »(6).

Si la Commission européenne a indiqué ne pas avoir d’objection au rachat d’Uniper France par EPH, cette opération n’est pas encore conclue, souligne Uniper France qui attend encore « une réponse du gouvernement français » dont la date n’est pas connue. De son côté, le groupe EPH ne souhaite pas faire de commentaires sur l'opération tant qu'elle n'est pas finalisée.