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COP24 : un « mode d’emploi » pour l’accord de Paris

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COP24

La COP24 a pris fin le 15 décembre après près de deux semaines de négociations à Katowice. (©flickr-UNclimatechange)

La COP24 à Katowice s’est terminée le 15 décembre, avec une journée de retard. Cette conférence climat a été marquée par l’adoption des règles d’application de l’accord de Paris conclu il y a 3 ans. État des lieux.

Des règles communes pour comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre

Le « mode d’emploi » (rulebook) adopté par les 197 « Parties » (196 pays - États-Unis compris - et l’Union européenne) à Katowice est un document de 133 pages qui précise entre autres comment seront comptabilisées les émissions de gaz à effet de serre(1) des différents pays. L’adoption de ce mode d’emploi était nécessaire pour rendre « opérationnel » l’accord de Paris qui porte formellement sur la période après 2020(2)

Il est par ailleurs prévu que les Parties soumettent tous les 2 ans un rapport faisant état de leurs actions pour lutter contre le changement climatique (le premier devant être transmis au plus tard fin 2024). Les différents rapports seront soumis à expertise mais ne pourront pas faire l’objet de sanctions. À l’heure actuelle, 165 Parties ont déposé une « contribution » (« INDC » en anglais) auprès des Nations Unies pour faire part de leurs objectifs de lutte contre le changement climatique(3).

L'objectif minimum en matière de financements des pays du Nord à ceux du Sud dans le cadre de la lutte contre les dérèglements climatiques – 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 (décision qui remonte à la COP15 de 2009) – a été réaffirmé à Katowice (le périmètre des financements comptabilisés reste toutefois assez confus). Un nouvel objectif plus ambitieux de financements doit être fixé fin 2020 (lors de la COP26)(4).

Les discussions techniques autour des règles des mécanismes d’échange de quotas d’émission de CO2 doivent par ailleurs se poursuivre lors de la prochaine COP fin 2019 (COP25). Le Brésil a freiné l’adoption de ces règles à Katowice et ralenti l’adoption de l’accord final en Pologne(5).

« Fierté » du président de la COP24, déception des ONG

Lors de la dernière session plénière à Katowice, le président de la COP24, Michal Kurtyka, s’est félicité de l’accord conclu par les 197 Parties, estimant que celles-ci pouvaient être « fières » du « long chemin » accompli.

Les ONG environnementales ont une lecture différente des négociations, à l’image de Réseau Action Climat France qui déplore que « l’inertie de la Présidence polonaise et l’opposition persistante de quelques pays aient limité la portée du texte » final, avec notamment l’absence d’obligation formelle pour les États de rehausser leurs promesses avant 2020 mais aussi le sort réservé au rapport du GIEC sur la trajectoire d’un réchauffement climatique limité à + 1,5°C d'ici la fin du siècle.

Dans un texte indépendant de l’accord central de Katowice, les Parties se limitent en effet à saluer le fait que le rapport « 1,5°C » commandé au GIEC ait été achevé « dans les délais » et appellent « à faire usage des informations » dudit rapport(6). Pour rappel, le groupe d’experts sur le climat juge nécessaire de réduire de près de moitié les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2030(7) pour espérer atteindre cette cible de + 1,5°C(8) (les projections actuelles envisagent une hausse de température de près de 3°C d'ici la fin du siècle, sur la base des contributions annoncées par les États).

Signalons par ailleurs qu’une « note de la Déclaration de Silésie » portée par la Pologne « reconnait la nécessité de prendre en compte les impératifs d’une transition juste pour la population active » (en particulier pour l’industrie charbonnière en Pologne). Cette notion de « transition juste » est critiquée comme un frein à l’action alors même que le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres a réaffirmé que les 5 priorités devaient être « l’ambition, l’ambition, l’ambition, l’ambition et l’ambition »(9).

Notons enfin que la COP24 a été marquée par les prises de parole de Greta Thunberg, une Suédoise de 15 ans venue rappeler l’urgence à agir contre le réchauffement climatique. La prochaine COP aura lieu au Chili en novembre 2019 (après la défection du Brésil qui devait initialement organiser la prochaine conférence climat). Les Nations Unies organiseront en amont un grand sommet climatique à New York en septembre 2019.

Sources / Notes
  1. En suivant le guide du GIEC (la version de 2006 doit être révisée l’an prochain, avec notamment une révision à la hausse du pouvoir de réchauffement global du méthane).
  2.  Pour entrer en vigueur en 2020, l’accord de Paris devait en outre avoir été ratifié, accepté ou approuvé par 55 Parties au minimum comptant pour au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (article 21), ce qui est chose faite.
  3. Portail des Nations Unies.
  4. Pour la période post-2025. Un rapport doit par ailleurs être réalisé par l’ONU tous les deux ans dès 2020 sur le niveau de ces financements. Rappelons que l’ONU a évalué à 55 milliards de dollars en 2016 les financements des pays du Nord à ceux du Sud relatifs à la lutte contre le changement climatique (c'est à dire à l'« atténuation » des émissions de gaz à effet de serre et à l' « adaptation » au changement climatique).
  5. Article 6 du « rulebook ».
  6. Cette formulation fait suite à l’opposition de l’Arabie saoudite, des États-Unis, du Koweït et de la Russie de « saluer » la publication du rapport .
  7. Par rapport au niveau de 2010.
  8. Par rapport aux températures de l’ère préindustrielle. Le GIEC insiste sur les différences d’impacts entre un monde subissant un réchauffement de 1,5°C et 2°C d’ici la fin du siècle. Pour rappel, les émissions mondiales de CO2 liées à la consommation d’énergie fossile et à l’industrie pourraient augmenter de 2,7% en 2018 selon les dernières estimations du Global Carbon Project.
  9. « Ambition dans les réductions d’émissions. Ambition dans l’adaptation. Ambition dans le financement. Ambition dans la coopération technique. Ambition dans l’innovation technologique. »