
L'Ademe a publié le 6 janvier dernier « une prospective sur l’évolution de la consommation des data centers en France jusqu’en 2060 ». Avec de nombreux scénarios aux trajectoires bien différentes.
D'une division par 2 à une multiplication par 7
En 2024, la consommation d'électricité des data centers dans le monde s'est élevée à 415 TWh (soit un niveau proche de la demande annuelle d'électricité en France), rappelle l'Ademe en préambule. Et cette consommation, qui ne constitue qu'une partie de la consommation d'électricité liée aux usages numériques, est appelée à fortement augmenter.
L'Ademe a étudié pas moins de 5 scénarios avec deux horizons de temps (2035 et 2060) pour esquisser les besoins d'électricité possibles des centres de données implantés en France dans le futur. Sans surprise, les conclusions sont très variées d'une trajectoire à une autre : « les consommations d’électricité française des datacenters en 2060 vont d’une division par 2 par rapport à aujourd’hui, à une multiplication par un facteur 7 ».
Et le degré d'incertitude est très important concernant la période post-2035, reconnaît l'Agence : « cette prospective de très long terme est sujette à précautions, les prévisions sectorielles pour les centres de données s’arrêtant généralement à une perspective de 5 à 10 ans ».
Les 5 scénarios
Outre un scénario tendanciel (marqué par l’adoption massive de nouveaux usages et la diversification de l’offre de services numériques, principalement liée à l’IA, la blockchain, avec le développement de très grands data centers dits « hyperscale »), l'Ademe retient :
- un scénario « Génération Frugale » basé sur la sobriété, avec « une dénumérisation de certains usages actuels du numérique, en particulier les usages les plus gourmands et ceux qui contraignent les usagers à l’adoption du tout numérique », conjointement à la mise en place de politiques environnementales contraignantes comme un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données en France ;
- un scénario « Coopérations Territoriales », dans lequel les projets de centres de données sont développés en concertation avec les territoires et encadrés par des normes qui limitent leur implantation (sans aller jusqu'à un moratoire) ;
- un scénario «Technologies Vertes », dans lequel les politiques publiques incitent à l’implantation de centres de données sur le territoire français, à la fois pour des questions de souveraineté numérique, mais aussi en valorisant le mix électrique français, décarboné à près de 95% (alors que les usages numériques français reposent à l'heure actuelle majoritairement sur des data centers situés à l'étranger dans des pays au mix plus carboné) ;
- un scénario « Pari Réparateur », dans lequel « le pari est fait que les innovations technologiques nous permettraient de conserver notre mode de vie à travers une compensation de ses impacts ».
Les prévisions du scénario tendanciel
Dans son scénario tendanciel, l'Ademe estime que, « si aucune politique de transition écologique n’est mise en place, la consommation électrique des centres de données risque d’être multipliée par 3,7 rien que sur le territoire français, et multipliée par 4,4 si on tient compte de la consommation électrique des centres de données à l’étranger pour répondre aux usages des Français ».
À l'horizon 2035, la consommation électrique des data centers pour les usages français pourrait, selon ce scénario, s'élever à un peu plus de 105 TWh (dont environ 36,7 TWh pour des data centers situés en France), soit approximativement la consommation annuelle d'électricité des Pays-Bas.

L'Ademe explore également dans son étude le potentiel technique de récupération de la chaleur « fatale » émise par les équipements IT des centres de données, qu'elle estime à 12,94 TWh en 2035 dans son scénario tendanciel. Ce potentiel est considéré comme « un levier intéressant à mobiliser pour optimiser l’usage de l’énergie » mais « son intérêt est à mettre en regard du niveau de sobriété, du total de la consommation d’énergie en valeur absolue et de sa faisabilité », nuance l'Ademe.
Un levier central de l'électrification souligné par RTE
Dans le Bilan prévisionnel publié par RTE en décembre 2025, la trajectoire de décarbonation rapide nécessaire pour respecter nos objectifs prévoit que l'électrification s'appuiera principalement sur 4 piliers : les transports (+ 17 TWh entre 2024 et 2030), la production d'hydrogène (+ 15 TWh), l'industrie (+ 13 TWh) et... les data centers (+ 10 TWh).
Le gestionnaire de réseau souligne toutefois que « la consommation effective du numérique demeure cependant difficile à bien anticiper, les datacenters déjà raccordés n’utilisant par exemple à date que 20% de leur puissance contractuelle de raccordement ».
Pour rappel, la consommation d’électricité en France métropolitaine (corrigée des effets météorologiques et calendaires) a encore avoisiné 449 TWh en 2025 (comme en 2024), soit toujours 6% de moins environ que les niveaux annuels de la période 2014-2019.

