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Focus sur les 2 seuls réacteurs nucléaires en construction aux États-Unis

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Centrale nucléaire de Vogtle

Installation du générateur de vapeur au sein du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Vogtle. (©Georgia Power)

Aux États-Unis, la poursuite de la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires au sein de la centrale de Vogtle (État de Géorgie) a été votée fin septembre 2018. Présentation.

98 réacteurs nucléaires en service, seulement 2 en construction

Le parc nucléaire américain est aujourd’hui constitué de 98 réacteurs nucléaires « opérationnels » d’une puissance cumulée de 99,3 GW(1), répartis entre 59 centrales. Il s’agit du plus grand parc nucléaire au monde devant celui de la France (58 réacteurs en service). Au cours des vingt dernières années, seul un nouveau réacteur nucléaire a toutefois été mis en service aux États-Unis (Watts Bar 2 dans le Tennessee(2)).

La construction de deux nouveaux réacteurs - les premiers de 3e génération (AP1000 de technologie Westinghouse) aux États-Unis – constituent ainsi un événement important pour l’industrie nucléaire américaine. Ces réacteurs sont édifiés au sein de la centrale de Vogtle, située à Waynesboro (près d’Augusta en Géorgie), qui compte déjà deux réacteurs à eau pressurisée connectés au réseau depuis près de 30 ans (1987 pour Vogtle 1, 1989 pour Vogtle 2).   

Disposant chacun d’une puissance installée de 1 117 MW, les futurs réacteurs Vogtle 3 et Vogtle 4 pourraient produire l’équivalent des besoins annuels en électricité de 500 000 foyers américains selon les estimations de l'exploitant (Southern Company)(3). Le projet a toutefois connu de nombreuses difficultés et retards, rappelant ceux rencontrés par l’EPR en Europe (Flamanville en France, Olkiluoto en Finlande) : la date de mise en service des réacteurs, désormais envisagée en novembre 2021 (Vogtle 3) et novembre 2022 (Vogtle 4), a déjà été repoussée de près 5 ans et le budget du projet a très fortement augmenté (aujourd’hui estimé à près de 27 milliards de dollars).

Parc nucléaire americain
Deux des 50 États américains (l’Illinois et la Pennsylvanie) disposent à eux seuls de plus d’un cinquième de la puissance nucléaire installée dans le pays. (©Connaissance des Énergies, d’après EIA)

Vote sur la poursuite de la construction

Début 2012, le projet de Vogtle 3 & 4 a reçu une autorisation de construction de l’autorité de sûreté américaine (NRC, pour Nuclear Regulatory Commission), la première accordée depuis plus de 30 ans aux États-Unis. Un autre projet de construction de 2 réacteurs AP 1000 a également reçu une autorisation mais il a été interrompu à l’été 2017 en Caroline du Sud (réacteurs 2 et 3 de la centrale de V.C. Summer).

Comme leurs homologues de Caroline du Sud, les partenaires du projet de Vogtle 3 & 4 (Georgia Power, Oglethorpe Power, Municipal Electric Authority of Georgia et Dalton Utilities) ont été confrontés à de nombreux « défis » selon leurs termes : faillite de Westinghouse, répartition des dépassements de coûts entre les parties prenantes, incidence de ces surcoûts pour la JEA (Jacksonville Electric Authority) qui a conclu un contrat d’achat d’électricité pour une période de 20 ans, etc. 

En dépit de ces difficultés, le consortium en charge du projet de Vogtle 3 & 4 a voté fin septembre 2018 pour la poursuite de la construction des réacteurs, les parties prenantes reconnaissant « qu’il y aura encore des défis tout au long des opérations »(4). Les experts du secteur soulignent que les difficultés sont, comme en Europe, aussi liées à une perte de compétence (contrairement à la dynamique en Chine, où 13 réacteurs sont en cours de construction).

Quel avenir pour le parc nucléaire américain ?

Aux États-Unis, la filière nucléaire est en particulier confrontée à des difficultés économiques dans le contexte d’une hausse modérée de la demande d’électricité et face à la concurrence accrue d’un gaz naturel peu coûteux et des énergies renouvelables, rappelle l’agence américaine en charge de l’énergie (EIA) qui qualifie « de plus en plus difficile la compétitivité des producteurs nucléaires sur les marchés de l'électricité ». 

Dans le New Jersey, la centrale d’Oyster Creek (mise en service en décembre 1969) a été définitivement arrêtée mi-septembre 2018(5). Cela porte à 6 le nombre de réacteurs nucléaires arrêtés aux États-Unis au cours des cinq dernières années. Cette fermeture intervient surtout plus d’une décennie avant qu’expire la licence d’exploitation du réacteur, une décision similaire ayant été prise en ce qui concerne les réacteurs de Pilgrim et Three Mile Island (dont l’arrêt est prévu en 2019) ainsi que de Palisades (en 2022).

Arrets de réacteurs nucléaires aux etats-Unis
À l’heure actuelle, il est prévu d’arrêter 12 réacteurs d’ici à 2025 sur les 98 tranches que compte le parc nucléaire américain. (©Connaissance des Énergies, d’après EIA)

Selon les estimations de l’EIA, la puissance installée du parc nucléaire américain pourrait baisser à hauteur de 79 GW à l’horizon 2050 (scénario de référence), contre près de 99 GW à l’heure actuelle. Une très forte hausse du prix des combustibles fossiles ou l’application d’un prix du carbone élevé (25 $/ tonne de CO2 en 2020, prix renchéri de 5% par an par la suite) pourrait toutefois totalement inverser ces perspectives, indique l’EIA(6)

Scénarios mix électrique américain
Selon l’EIA, la puissance installée du parc nucléaire américain pourrait augmenter de plus de 50% d’ici à 2050 avec une taxe carbone de 25 $ par tonne de CO2 appliquée au secteur électrique à partir de 2020 et augmentant de 5% par an. (©Connaissance des Énergies, d’après EIA)

Précisons que les États-Unis misent aujourd’hui principalement sur le développement de « petits réacteurs modulaires » (SMR pour small modular reactors). En novembre 2015, la Maison Blanche avait lancé un programme GAIN (Gateway for Accelerated Innovation in Nuclear) visant à soutenir les efforts des start-ups dans le domaine des technologies nucléaires « avancées ».

Pour rappel, l’énergie nucléaire a compté, en 2017, pour un cinquième de la production d’électricité des États-Unis selon les dernières données de l’AIEA.


Le gaz naturel et le charbon ont compté à eux deux pour 61,8% de la production électrique des États-Unis en 2017. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)