La dimension stratégique de la transition énergétique : défis et réponses pour la France, l'Allemagne et l'UE

  • Source : Ifri

La « transition » énergétique bas carbone - « aujourd’hui déployée de façon inégale et à un rythme trop faible pour préserver le climat et la biodiversité » - confronte les économies à de nombreux défis et crée de nouvelles relations de dépendance (métaux critiques, technologies, etc.).

Dans l’étude ci-après publiée le 24 avril par le Centre Énergie de l’Ifri, Marc-Antoine Eyl-Mazegga et Carole Mathieu(1) montrent comment cette transition fait émerger au niveau mondial un « vaste échiquier où les enjeux énergétiques à la fois liés aux hydrocarbures et aux technologies et systèmes énergétiques bas carbone bouleversent les équilibres géopolitiques et géoéconomiques et nourrissent de nouvelles rivalités ». Ils y présentent en particulier les avancées de l'Union européenne (UE) dans « la transition bas carbone » - qui restent actuellement bien en deçà des ambitions de la COP21 - mais aussi les contraintes rencontrées et les risques associés.

Parmi les nombreuses technologies stratégiques de la transition énergétique mentionnées dans cette étude (éoliennes et leurs aimants, prochaine génération de cellules photovoltaïques et onduleurs, nucléaire civil, véhicules thermiques à haute performance ou à batteries, mobilité hydrogène, stockage d’électricité, etc.), les auteurs soulignent l’avance prise par la Chine et les États-Unis dans de nombreux domaines, l'UE ayant jusqu’ici « privilégié le démembrement de ses groupes pour renforcer la concurrence et ouvrir ses marchés, au détriment d’un objectif de leadership technologique ».

Selon cette étude, les Européens disposeraient toutefois d’« un avantage sur les onduleurs de panneaux solaires, sur l’éolien offshore posé et flottant et d’un potentiel sur les batteries solaires de quatrième génération ou les batteries à flux(2)». S’y ajoutent des « solides capacités » dans le nucléaire civil, l’efficacité énergétique ou encore l’hydrogène. Les auteurs appellent ainsi à mettre à profit ces atouts et à « construire des filières industrielles stratégiques, créer des emplois et de la valeur ajoutée sur le territoire européen et éviter une situation de dépendance technologique ».

Concrètement, ils suggèrent un nouveau pacte pour la transition énergétique à l’échelle européenne, incluant un objectif de neutralité carbone (ou « quasi-neutralité ») à l’horizon 2050 en renforçant l’objectif intermédiaire de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 (« vers - 43 à - 45% », au lieu de l’objectif actuel de 40% de réduction des émissions par rapport au niveau de 1990) et en mettant en oeuvre à grande échelle une finance « verte et responsable ».

L’étude préconise par ailleurs « une relance des activités minières responsables » sur les territoires des États membres pour réduire leurs vulnérabilités potentielles liées aux métaux critiques. La Finlande, qui dispose d'une industrie significative dans le raffinage de lithium - « qui pourrait lui permettre de devenir un hub dans les batteries » - fait aujourd'hui figure d'exception. 

Mix électrique européen

Entre 2010 et 2016, les émissions de CO2 par kWh produit dans l'Union européenne n'ont baissé que de 15%. Marc-Antoine Eyl-Mazegga et Carole Mathieu indiquent que « l'expansion des ENR ne s'est pas faite au détriment des centrales thermiques, et en particulier des centrales à charbon ». (©Connaissance des Énergies, d'après Ifri)

Lire l'étude  :
Transition énergétique et géopolitique
Sources / Notes
  1. Marc-Antoine Eyl-Mazzega est le directeur du Centre Énergie de l’Ifri. Carole Mathieu est responsable des politiques européennes de l’énergie et du climat au sein de ce centre.
  2. Les batteries à flux désignent les piles d'oxydoréduction. Présentation de ces différents types de batteries sur le site de l'ESA (Energy Storage Association).