Le réseau électrique belge soumis « à rude épreuve » cet hiver

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Parc nucléaire belge

En Belgique, seul un des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Doel devrait être en service en novembre 2018. (©Electrabel-Rudy de Barse)

En Belgique, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité Elia a annoncé le 26 septembre ne pas pouvoir garantir « que la sécurité d’approvisionnement sera assuré à tout moment sans plan de délestage » cet hiver en raison de l’indisponibilité de la quasi-totalité du parc nucléaire. Explications.

6 des 7 réacteurs nucléaires belges bientôt à l’arrêt

Le parc nucléaire belge, exploité par la filiale d’Engie Electrabel, se compose de 7 réacteurs(1) répartis entre 2 centrales : Doel (4 réacteurs de 3 GW de puissance cumulée) à 15 km d’Anvers en Flandre et Tihange (3 réacteurs de 3,2 GW de puissance cumulée) à 30 km de Liège en Wallonie. Ce parc joue un rôle central dans l’équilibre du réseau électrique belge puisqu’il compte pour près de la moitié de la production nationale d’électricité(2).

Or, Electrabel a annoncé le 21 septembre devoir prolonger de plusieurs mois l’indisponibilité de ses réacteurs Tihange 2 (jusqu’au 1er juin 2019) et Tihange 3 (jusqu’au 2 mars 2019)(3), en raison des inspections et analyses en cours sur la dégradation du béton de bâtiments situés en zone « non nucléaire ». Le réacteur de Doel 4 reste indisponible pour des raisons similaires jusqu'au 15 décembre.

Le réacteur Doel 1 est fait quant à lui l'objet d'un programme d'inspections suite à « une fuite de faible importance dans le circuit d'eau de refroidissement de secours » découverte en avril 2018. Le réacteur « jumeau », Doel 2, a été mis à l'arrêt de façon préventive (aucune fuite n'a été signalée sur cette tranche).

À l’heure actuelle, cinq réacteurs nucléaires sont ainsi à l’arrêt en Belgique. Avec le remplacement du combustible usé au sein du réacteur Tihange 1 prévu du 20 octobre au 29 novembre prochain, seul un des sept réacteurs nucléaires belges (Doel 3) devrait encore être en service en novembre.

Répartition des réacteurs nucléaires belges
Les réacteurs du parc nucléaire belge ont été connectés au réseau électrique entre 1974 et 1985. (©Connaissance des Énergies)

Novembre, « mois le plus critique » pour le réseau électrique belge

Face à cette indisponibilité en partie « inattendue » et « d’une ampleur inédite » (écart de 3 000 MW de capacités par rapport aux prévisions d’Elia), l’équilibre du réseau électrique belge sera mis « à rude épreuve » cet hiver selon les termes du gestionnaire de réseau. Elia estime entre 1600 à 1700 MW le besoin « en capacité supplémentaire pour garantir la sécurité d’approvisionnement cet hiver »(4).

La ministre belge en charge de l’énergie, Marie-Christine Marghem, tient Electrabel comme « entièrement responsable » de cette situation, accusant l’exploitant de « ne pas avoir planifié des travaux ou de l'entretien de manière suffisamment intelligente pour […] avoir la production suffisante à l'abord de l'hiver ». La ministre a jugé la situation « bien pire qu’en 2014 », année durant lesquelles des coupures temporaires d’électricité avaient été programmées.

Pour le mois de novembre, jugé « le plus critique », Elia indique que la sécurité d’approvisionnement n’est « pas garantie » malgré les différentes options à l’étude, y compris en prenant en compte les capacités d’importation depuis les pays voisins (jusqu'à 5 000 MW), notamment depuis la France. Le gestionnaire de réseau précise ainsi « ne pas exclure d’activer le plan de délestage » durant cette période.

L'avenir du parc nucléaire belge en questions

Parallèlement aux annonces sur la disponibilité des réacteurs nucléaires belges, des rumeurs ont circulé sur une proposition d’Engie de céder à EDF ce parc de réacteurs (ainsi qu’une participation de 49% dans la Compagnie nationale du Rhône) lors d’un entretien entre les dirigeants des deux groupes, Isabelle Kocher et Jean-Bernard Lévy. Cette information publiée par le Canard Enchaîné, a été démentie par la directrice générale d’Engie qui a réaffirmé à cette occasion que la Belgique constituait un « pays stratégique pour le groupe ».

Engie a estimé ces jours-ci l’impact cumulé, depuis le début de l’année, des révisions de calendrier d’indisponibilité de ses réacteurs nucléaires belges « à environ 600 millions d’euros au niveau de l’EBITDA et du résultat net récurrent part du Groupe »(5). Selon sa filiale Electrabel, « le taux de disponibilité des centrales nucléaires belges est attendu à 52% sur 2018 » malgré les mises à l'arrêt cette année, et à 74% en 2019.

Pour rappel, le futur du parc nucléaire belge a fait l’objet de plusieurs revirements en Belgique. Une loi prévoyant l’arrêt progressif des réacteurs de ce parc au bout de 40 ans d’exploitation a été votée en 2003 (en vue de la fermeture des dernières tranches en 2025). Cette loi a été depuis amendée à plusieurs reprises, la durée d’exploitation des plus anciens réacteurs Tihange 1, Doel 1 et 2 ayant d'ores et déjà été prolongée de 10 années supplémentaires.

Sources / Notes
  1. Ces réacteurs sont tous de type « REP », c’est-à-dire à eau pressurisée comme les réacteurs nucléaires en France.
  2. 49,9% en 2017.
  3. Electrabel précise dans son communiqué du 21 septembre que « ces dates sont les meilleures estimations au regard des informations connues à ce jour et pourront être modifiées en fonction des optimisations de planning, du résultat des inspections futures, de l’avancement des travaux et des injonctions des autorités ».
  4. Les critères légaux du LOLE (« Loss of Load Expectation »), calcul statistique indiquant le nombre d’heures durant lesquelles les capacités électriques peuvent ne pas couvrir la demande (3 heures pour des circonstances habituelles et 20 heures dans les situations extrêmes), ne seront pas respectés selon le gestionnaire de réseau.
  5. Communiqué d’Engie du 26 septembre 2018.